Propos recueillis par Marie-Hélène Merlini
Pourquoi parler du bunchy top ?
Aude Perron : Quand j’ai pris connaissance de cette histoire, il y a un an et demi, j’ai eu envie de traiter ce sujet. Car je suis très sensible à tout ce qui porte sur des enjeux socio-économiques et le bunchy top (BT) en fait partie, cela ne fait aucun doute !
La situation est-elle si dramatique en Calédonie ?
Le virus progresse tous les jours, tout particulièrement à la saison chaude. Il est entré par Nouméa, il y a douze ans, est apparu à Poindimié en 2003, à Koné en 2010, à Ouégoa l’an dernier. Il a donc véritablement pris racine sur la Grande-Terre. Quand le BT est arrivé sur le territoire, il y a eu un branle-bas de combat important, avec beaucoup de communication pour l’éradiquer. Aujourd’hui, la maladie est généralisée* et nous devons apprendre à vivre avec.
A l’apparition de la maladie, pourquoi ne pas avoir sollicité l’aide de pays voisins concernés par le virus ?
Il est vrai que le BT est présent dans de nombreux pays d’Afrique, d’Asie et d’Océanie. Cette liste n’est peut-être pas exhaustive. L’Australie connaît le problème depuis le milieu des années 1920. D’ailleurs, des experts australiens sont venus sur le Caillou pour partager leur expérience. Cependant si, en Calédonie, la lutte pour éradiquer la maladie s’est soldée par un échec, le jeu en valait certainement la chandelle. Il fallait tenter, coûte que coûte, de contenir et d’étouffer le virus.
Sur le terrain, que se passe-t-il ?
Nous avons filmé un producteur du Mont-Dore qui, en mars 2011, a trouvé des pieds de bananier atteints par le virus. Pour lui, il ne fait aucun doute que la maladie provient d’un foyer d’infection situé à quelques kilomètres à vol d’oiseau de sa parcelle. Aujourd’hui, personne n’a encore dessouché ces bananiers malades qui ont tout le loisir de propager le virus… L’important est donc de dessoucher et de ne pas transporter de rejets, car ils peuvent être porteurs de la maladie (même si les signes ne sont pas encore visibles).
Trouve-t-on encore de la banane locale ?
Aujourd’hui encore, on ne trouve que de la banane locale en Calédonie. Cependant, en raison du BT, il pourrait être de plus en plus difficile de trouver certaines
variétés au magasin, au marché, sur le bord de la route, et de ce fait, leur prix pourrait augmenter.
Pourquoi être allée à Fidji ?
Pendant une semaine, en novembre dernier, nous avons suivi Sophie Tron, la coordonnatrice de la lutte contre le BT chez Arbofruits. De façon générale, même si nous avons dû nous plier à de nombreuses formalités, notamment en raison du régime en place, nous avons été très bien accueillis et le tournage s’est très bien passé. J’ai trouvé les Fidjiens ouverts et chaleureux. Ils se sont prêtés facilement au jeu de la caméra.
Après un siècle de bunchy top, où en est la production là-bas ?
Jusque dans les années 60, Fidji produisait et exportait de la banane. Aujourd’hui, en raison de deux maladies, le BT mais aussi la cercosporiose noire, l’archipel ne produit plus que quatre mille tonnes de bananes par an, pour sa propre consommation. La maladie est répandue partout, mais la concentration est faible. On peut l’expliquer par le fait que les champs de bananes sont bien entretenus : on se débarrasse des vieux bananiers et l’on replante sans cesse. Cela limite l’installation du BT. De plus, Fidji jouit d’un climat beaucoup plus pluvieux que le nôtre : les fortes précipitations empêcheraient le puceron de se déplacer d’un bananier à l’autre. En Calédonie, nous ne pouvons pas nous appuyer sur de telles conditions climatiques.
Les solutions préconisées à Fidji seraient-elles viables ici ?
Justement, une méthode expérimentée dans une pépinière de Wainebuka (province du Tailevu) est une solution pour la Calédonie. A partir d’un seul bulbe, une dizaine de rejets sains peuvent être produits. C’est une méthode que n’importe qui peut mettre en place chez lui, un grand producteur ou une personne qui cultive un peu de banane comme moyen de subsistance. De plus, c’est une méthode qui est très peu coûteuse.
Peut-on parler de fléau ?
On peut certainement parler de fléau car le BT avance sans relâche*. S’il est si difficile à éradiquer, c’est parce qu’il s’agit d’une maladie collective contre laquelle il n’existe pas de traitement. Pour limiter les dégâts, tout le monde doit lutter dans le même sens.
* Une fois le bananier infecté par le puceron vecteur du BT, il ne produit plus et ses rejets sont également malades.
Photo : Papaye Production
« Nous devons apprendre à vivre avec le bunchy top », Coco TV, 8 juillet 2012

