Profession : « privé »

Il existe autant que six agences de détectives privés en Calédonie. À quoi ressemblent leurs mandats ? Qui sont leurs clients ? Qui les contrôle ? Rencontre avec l’un de ces hommes de l’ombre. 

Par Aude Perron

C’est dans un petit immeuble à bureaux de Nouméa que se trouve l’agence du détective privé Alex B. Cependant, dans le couloir du premier étage, impossible de savoir derrière quelle porte elle se cache. On l’aura compris : dans ce métier, il faut jouer de discrétion. C’est d’ailleurs pourquoi seule une agence a accepté de nous rencontrer parmi les six qui existent en Calédonie. Cette agence, c’est celle d’Alex B. qui, depuis plus de 20 ans, roule sa bosse dans le métier : d’abord à Paris où il s’est exilé pendant une douzaine d’années, puis en Calédonie, à son retour en 2000. Et depuis tout ce temps, pour le commun des mortels, Alex B. n’est qu’un simple moniteur de plongée…

Si les détectives ou agents privés de recherche savent faire un peu de tout, entre les filatures, les recherches d’adresse ou de biens immobiliers à l’étranger, les enquêtes de pré-embauche ou sur des vols, les contrôles d’emploi du temps, Alex B. confie que la majeure partie de sa clientèle l’embauche pour des cas d’adultère : « La loi sur le divorce en Métropole ne s’applique pas ici. Les clients cherchent des preuves pour faire une demande de séparation. » Alors plusieurs fois par mois, le voilà planqué quelque part dans Nouméa, devant un domicile conjugal pour observer ce qui se passe, relever des allers et venues et prendre des photos qui laisseront peu de place au doute.

Peu importe le mandat ou l’origine des demandes, Alex B. doit souvent d’appuyer sur ses contacts et surtout, sur son réseau d’indicateurs. Ces méthodes pour mener à bien des enquêtes – et d’autres moins orthodoxes encore ! – peuvent donc faire sourciller : « J’avoue que parfois, les moyens qu’il faut employer et le fait que je travaille toujours à charge, comme un avocat par exemple, me donnent des cas de conscience », souligne Alex B. 

Alors qui veille au grain sur cette profession ? En Métropole, les agents privés de recherche sont soumis à la loi du 18 mars 2003 pour la sécurité intérieure. « Là, les détectives sont passés au crible » Malheureusement, cette loi n’est pas appliquée en Calédonie. Il n’y a donc pas de préfecture ou autre pour juguler les installations et faire respecter le code déontologique propre à la profession. Tout ce qu’il faut pour s’installer, c’est une patente. Cette accessibilité explique en partie pourquoi il existe autant que 6 agences sur le Caillou pour une aussi faible population.

Pour l’instant, cependant, Alex B. n’a pas peur d’avoir moins de travail en raison d’une concurrence accrue. Bien au contraire, son téléphone portable n’a de cesse de sonner pendant l’entrevue. Et il songe à lever le pied en confiant le gros du travail, à savoir les filatures, à un associé, pour ne conserver que les enquêtes. « J’ai des surveillances à peu près chaque soir. Il faut apprendre à manger et à dormir sur commande pour faire ce métier car on ne connaît jamais l’heure à laquelle la journée va se terminer. C’est difficile d’avoir une famille dans ces circonstances », admet le détective.

Profession : « privé », Objectif, avril-mai 2012, p. 36.

Photo : DR

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