Cette semaine et la suivante, des techniques de chasse sont expérimentées, avec notamment la venue de deux gardes nature néo-zélandais. Dernière ligne droite du programme Icone avec des chasses avec projecteur ou tir depuis un hélicoptère.
Par Aude Perron
Les premiers chasseurs se dirigent vers l’hélico, déposent les sacs et les armes dans le panier et grimpent. Suivront quatre autres rotations de chasseurs, dont une jeune femme, prêts à passer la nuit dans la chaîne en traquant le cerf au projecteur. Nous sommes sur les hauteurs de Haut-Coulna, à Hienghène, et mercredi, en fin d’après-midi, une vingtaine de chasseurs des tribus environnantes est larguée par petits groupes pour tester le tir de nuit avec projecteur.
C’est une des techniques de régulation à l’essai dans le cadre du programme Icone (Initiative pour le contrôle des ongulés sauvages en province Nord en faveur de l’environnement), mis en place sur 2011-2013. Le but : apporter à la collectivité des éléments de cadrage pour une stratégie provinciale de lutte contre le cerf et le cochon. Zones ciblées : la réserve du Mont-Panier, à Hienghène et la forêt en hauteur de Ouengo, à Voh (le massif des Lèvres, à Touho, qui a été le théâtre de quelques tests au début d’Icone).
Depuis le début du programme, plusieurs techniques sont testées en parallèle dans différents endroits, contre le cerf et/ou le cochon : approche, piégeage, battues avec chiens et tir de nuit. L’opération de régulation de cette semaine et la suivante mettra l’accent sur les deux dernières, auxquelles s’ajoute le tir en hélicoptère par un chasseur professionnel ! A problème extrême, solution extrême ? « Ce n’est pas extrême, nuance François Tron, de Conservation International (CI) et coordonnateur d’icône. C’est juste que ce n’est pas habituel. Chaque technique a ses avantages dans un environnement en particulier. Dans les niaoulis et les fourmis électriques, vaut mieux être en hélico qu’au sol et l’hélico est bien pour couvrir une grande surface très rapidement. Mais jamais il ne remplacera un chasseur au sol. Quant au tir de nuit, c’est bien pour valoriser la viande qui peut rester fraiche en attendant d’être donnée. »
Tuer d’accord, mais pas sans valoriser la viande : c’était une des conditions implicites pour fédérer les tribus sur ces opérations. C’est l’association Dayu Biik qui s’est chargée de la mise en œuvre du projet sur Hienghène : organisation matérielle, logistique, connaissance du terrain et bien entendu, adhésion des coutumiers et des chasseurs. « Nous avons essayé d’associer les gens au maximum dans le programme », confie Jonas Tein, président de l’association.
Parmi ces gens ralliés à la cause, se trouve Joseph (*) qui a chassé au sol les deux dernières nuits et qui semble malgré tout en pleine forme : « Quand tu vois du cerf, tu n’es jamais fatigué », lâche-t-il, en souriant. Lui et son équipe ont aperçu six cerfs, mais aucun n’a pu être tué. En fait, sur la vingtaine de chasseurs et sur deux nuits, seuls trois cerfs ont été abattus. Un maigre résultat. « Au moins, ça s’est bien passé. Il n’y a pas eu d’accident, tout le monde est en santé », fait-il remarquer.
Cela, les chasseurs le doivent certainement en partie à Fédération de la Faune et de la Chasse de Nouvelle-Calédonie (FFCNC), partenaire du programme (mise en œuvre sur Ouengo et appuis techniques sur Hienghène). « C’est dans l’organisation des chasses que l’on intervient et dans les aspects de sécurité, surtout pour les battues où il faut respecter un angle de tir, par exemple », explique Pascal Fort, directeur de la FFCNC. En ce moment, il accompagne, entre autre, Scott Theobald, un des deux garde-natures du New Zealand Department of Conservation (NZDOC) sur le territoire pour les deux semaines de régulation. Ce dernier vient fournir de l’expertise « créancer » les chiens ici, soit les spécialiser sur un gibier (race, dressage, relation maître-chien, etc.)
Son collègue kiwi du NZDOC, le garde-nature Mark Beardsley, lui, est sur le territoire pour faire de la régulation et c’est lui qui a testé la technique de tir en hélico. De retour de son opération sur Ouengo jeudi matin, le chasseur professionnel fait le résultat des courses : 41 cerfs repérés, 11 abattus, 7 carcasses récupérées (et données). 25 % de taux de réussite, le Kiwi n’est pas satisfait. « La forêt est dense ici. A partir de 50 %, on peut commencer à parler d’efficacité d’une technique, confie-t-il. Je crois tout de même que le tir par hélico peut marcher ici. Il faut du temps car l’échelle de travail est grande. Mon but, ce n’est pas de venir ici chaque année. C’est de bâtir des compétences pour les Calédoniens fassent par eux-mêmes. »
Légende : Une vingtaine de chasseurs a été déposée dans la chaine pour faire du tir de nuit.
Le programme Icone
Icône est un programme pluriannuel sur 2011-2013. Commandité par la Province Nord, coordonné par CI, il réunit plusieurs partenaires dont Dayu Biik, la FFCNC, le Conservatoire des Espaces Naturels (CEN) et enfin, le NZDOC. À travers la régulation des nuisibles, plusieurs enjeux sont traités : biodiversité, protection des bassins versants et du littoral, approvisionnement en eau douce, sécurité alimentaire, etc. Coût : 78 millions de francs. Vers avril prochain, le bilan du programme sera dressé et présenté à la Province qui décidera de la suite à donner.
Une opération ultra-encadrée
Tester la technique du tir par hélicoptère avec un chasseur professionnel a nécessité une certaine organisation en amont, il va sans dire. Les démarches impliquent les partenaires d’Icone, mais également Helicocean, la Direction de l’Aviation civile et la gendarmerie, entres autres. Un arrêté gouvernemental a été pris le 26 novembre dernier.
Photo : A. P.
Un hélico contre les cerfs, Les Nouvelles Calédoniennes, 6 décembre 2013.

