Les déchets dans la tempête

Jeudi soir dernier, cinq associations environnementales regroupées en collectif ont invité le public à entendre les différents acteurs ou spécialistes de la problématique des déchets. Les débats ont parfois été houleux.

Par Aude Perron

Signe que le sujet est chaud, la réunion, pourtant menée au pas de charge, a duré trois heures. Etaient présents la Province, un médecin, le Comité environnemental de KNS et, surprise, le Sivom. Surprise car la gestion du syndicat mixte sur cette question (ainsi que celle de l’eau) est régulièrement décriée par les usagers et donne souvent lieu à des débats houleux dans les conseils municipaux. « C’est tout à l’honneur du Sivom d’être venu, a admis Laurent Campos, de l’association Amu Keje. Je ne croyais pas qu’ils allaient venir même si j’espérais. »

Le débat était constructif, dans l’ensemble, mais pimenté par moments et illustrait bien les pierres d’achoppement qui existent sur la question. « En 2007 (NDLR : avant la création du Sivom), il y a eu soupçon de présence de plomb dans l’eau, a soulevé un membre du public, Luc Tournabien (élu de la commune de Pouembout). Pourquoi des analyses n’ont toujours pas été faites ? C’est choquant. Vous en êtes responsable », a-t-il lancé à l’adresse du directeur du Sivom, Antonio Ilalio. La remarque était faite suite à l’intervention du docteur Pascale Domingue, du service d’action sanitaire de prévention de la Province, sur les nombreux risques à la santé que représentent les déchets et les mises à feu dans les dépotoirs : fumées, biogaz , mais aussi lixiviats, ces liquides résultant de la percolation de l’eau à travers un dépotoir et qui polluent les nappes phréatiques de métaux lourds et de substances organiques indésirables (bactéries, etc.)

« Vous n’êtes pas empoisonnés, a protesté Antonio Ilalio. Notre délégataire, Aquanord, fait le suivi et fait des analyses quand il y a de la turbidité. Il n’y a pas lieu de s’alarmer. » « On ne va pas mourir de diarrhée, mais d’un cancer ! » a ironisé Pascale Domingue. « Demain, je vous fais une analyse de la nappe », a répondu le directeur du Sivom, pour calmer le jeu.

Pour sa part, Agnès Marchand, de Koné Avenir, a rappelé le problème des mises à feu au dépotoir de Koné : « J’habite à Filao. Je suis juste en dessous des fumées quand ça brûle. On en respire constamment. Et que dire de l’hôtel Koniambo qui est à côté du dépotoir. Quelle image ! Comment se fait-il qu’il y ait des solutions partout ailleurs en Calédonie et qu’on n’en trouve pas ici ? » Ces solutions, c’est le clôturage des dépotoirs (« comme dans n’importe quelle commune ») pour réduire les mises à feux, c’est aussi le tri sélectif à l’instar des communes du Grand Nord, mais aussi les installations de stockage des déchets (ISD), comme à Canala et à Touho, permettant la fermeture des dépotoirs communaux. Mais si l’ISD de Pouembout se fait attendre, une partie de l’explication se trouve entre KNS et la Province qui ne se sont pas encore mis d’accord sur la gestion des déchets de l’industriel, fait remarquer Antonio Ilalio. 

Numa Leconte, de la Confédération citoyenne environnementale de Voh (CCEV), a dit être déçu de ne compter dans le public aucun élu. « Du coup, je ne peux pas poser mes questions. » En attendant, le collectif propose une prochaine rencontre fixée, pour le moment, au 15 février prochain, en espérant que les absents soient plus nombreux à prendre la mesure du problème sur VKP.

Photo : A. P.

Les déchets dans la tempête, Les Nouvelles Calédoniennes, 4 décembre 2013.

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