Une année de service public au profit des Loyaltiens

Le 13 juillet, Air Loyauté fêtera son premier anniversaire en tant que véritable transporteur domestique. Retour sur le démarrage de ces liaisons interîles et perspectives d’avenir avec son directeur, Michel Malécot.

Par Aude Perron

C’est une toute petite bougie, mais c’est un anniversaire qui se fête. Ce mois-ci, la compagnie Air Loyauté souligne la première année de ses liaisons interîles au départ de Lifou et à destination d’Ouvéa, de Maré, ainsi que de Tiga (en triangulaire). Il y a encore un an, en effet, le transporteur se concentrait sur deux activités : le transport régulier en sous-traitance pour Air Calédonie et les évacuations sanitaires. « Tout le monde voulait ces liaisons, mais c’était une véritable demande ou un caprice ? On partait dans l’inconnu », se souvient Michel Malécot, directeur de l’opérateur aérien, arrivé en septembre 2013.

Au lancement du service, 8 000 passagers sont envisagés, une estimation basée sur « la fourchette basse », soit un taux de remplissage de 40 %, tous vols confondus. Finalement, en un an, ce sont 11 200 usagers qui sont enregistrés sur 1 430 vols interîles effectués. « C’était un véritable besoin, reconnaît Michel Malécot. On fait un vrai travail de compagnie aérienne et on a une vraie mission de service public. »

La fin des nuages ?

Sans surprise, le chiffre d’affaires de l’exercice clôturé le 31 mars dernier – 800 millions de francs – a été boosté par les 310 millions de revenus des huit premiers mois de l’activité interîles. Mais pas que. L’activité de sous-traitance pour Air Calédonie y est aussi pour quelque chose puisqu’en octobre dernier, l’opérateur a pu revaloriser son tarif horaire. Et si chaque pôle est « financièrement équilibré », l’avenir paraît en partie sécurisé par la reconduction, en septembre dernier, du marché des évacuations sanitaires pour les six prochaines années, avec une proposition de tarif horaire revalorisée, elle aussi. Nul doute, du chemin a été parcouru depuis l’époque d’Aviazur (lire nos repères). Pour autant, l’année écoulée n’a pas été de tout repos avec des mouvements qui ont conduit à des grèves (voir Repères).

Celle de novembre dernier a bloqué Lifou, le hub d’Air Loyauté, clouant les avions au sol pendant trois semaines, puis dix jours en mars. « Ces troubles ont été liés au lancement de l’activité, croit Michel Malécot. Aujourd’hui, les choses sont stabilisées ; il n’y a pas de raison de craindre de nouveaux mouvements, même si personne n’est à l’abri. » Toutefois, le directeur admet que la compagnie ne peut plus se développer avec la configuration actuelle : moins de cinquante employés et une flotte de trois Twin Otter vieillissants remplis à 60 %, soit près du maximum (les vols de 19 places étant commercialisés à douze passagers pour tenir compte des bagages).

A l’heure des choix

« On est à la limite partout. Un nouveau Twin serait une bénédiction et entièrement justifié. Il améliorerait la régularité du service car nos avions nécessitent beaucoup d’entretien », confie Michel Malécot qui précise que 250 millions de francs partent en frais de maintenance chaque année. Mais un avion en plus, c’est vingt personnes de plus. Bref « une autre structure d’entreprise », ajoute-t-il.

Ce qui semble plus réaliste à court terme, c’est la rénovation de l’instrumentation de bord de la flotte, dont les défauts sont responsables de 50 % des pannes immobilisantes. « L’an prochain, nous devrions être en mesure de dégager les 130 millions nécessaires pour ces rénovations », prévoit Michel Malécot. Moins de pannes, espère-t-on, et peut-être même bientôt du fret. Des infrastructures au sol existent, mais à l’usage exclusif d’Air Calédonie. « Ça peut se discuter. Nous ne voulons rien enlever à Air Calédonie. Nous sommes complémentaires. »

Quelle image avez-vous… des liaisons interîles d’Air Loyauté ?

André Hmae, agent provincial à Maré

« Je prends cette liaison une fois par mois pour des réunions et des commissions. Maintenant c’est direct, ça change tout. On est moins stressé, on perd moins de temps. On part le matin et on rentre le soir ! C’est une bonne initiative qui facilite la mobilité des îliens car le prix me semble respecter leur niveau de vie. C’est important, notamment en cette période de mariages. »

Julie Wejieme, technicienne agroalimentaire à Lifou

« Je vais une fois par mois à Maré et à Lifou pour le suivi de la qualité dans des écoles. C’est une bonne chose pour le désenclavement des îles et un gain de temps et d’argent. Mais ce qui agace, ce sont les grèves répétées, la suppression des vols à la dernière minute et le non-respect des horaires. C’est dommage car cela reste un moyen rapide de communication familiale ou professionnelle. »

Audrey Boinot, commerciale à Nouméa

« Avant, je devais faire des allers-retours entre Nouméa et chaque île. Désormais, je pars à Maré ou à Ouvéa, puis je me déplace d’une île à l’autre avec Air Loyauté. Ce déplacement mensuel est bien plus économique et rapide : de 75 000 à 39 000 francs. Malgré tout, il faut encore faire des ajustements car entre les grèves et les pannes, partir dans les îles est un vrai challenge à chaque fois ! »

Philippe Boury, artisan à Ouvéa

« J’emprunte deux fois par mois les vols interîles pour voir mes amis à Lifou et prospecter de nouveaux chantiers. J’ai bien connu l’époque où on devait passer par Nouméa avec de longues attentes entre les correspondances. A présent, avec Air Loyauté, c’est un réel plaisir, même si le prix du billet reste un peu élevé par rapport aux revenus des gens des îles. »

11 200 passagers 

ont été enregistrés en un an de liaisons interîles au départ de Lifou.

Repères

Un Phénix nommé…

Air Loyauté est née des cendres d’Aviazur. En 2005, ce dernier est en faillite, ayant perdu son unique marché, celui des évacuations sanitaires. La Société de développement des Îles (Sodil) sauve Aviazur avec l’ambition de développer l’activité interîles. En 2011, Air Loyauté récupère le marché des Evasan et acquiert deux Beechcraft 200. En 2015, elle ouvre ses lignes interîles.

50 jours de grève

Deux grèves ont perturbé les rotations depuis la mise en service. La première a bloqué Lifou et donc toutes les lignes pendant trois semaines en novembre, puis dix jours en mars. En cause, notamment : un licenciement jugé abusif. La deuxième a perturbé la desserte d’Ouvéa uniquement. En avril, le groupement de droit particulier local (GDPL) d’Ouloup, à Ouvéa, a bloqué l’aérodrome pendant 20 jours pour exiger la transformation de deux CDD en CDI.

Qui voyage ?

50 % des usagers voyagent pour le travail. 56 % vont vers Ouvéa, 34 % vers Maré (impacté depuis avril par les travaux sur la piste qui ont réduit le service à quatre rotations par semaine) et 10 % vers Tiga.

Exercice 2015-2016

Liaisons interîles : 310 millions ; Affrètement (rotations au départ de Magenta vers Touho, Koumac-Bélep et Tiga pour le compte d’Air Calédonie) : 230 millions ; Evasan : 230 millions ; Transports de corps et de fonds : 30 millions.

Photo : Archives LNC

Une année de service public au profit des Loyaltiens, Les Nouvelles Calédoniennes, 8 juillet 2016.

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