La poète bretonne Yolande Oria s’est inspirée du destin tragique du France II, échoué à hauteur de Téremba, pour son dernier recueil de poèmes.
Par Aude Perron
C’est une histoire calédonienne peu connue que Yolande Oria racontera demain soir à Nouméa, au Musée maritime. La femme de lettres d’origine bretonne est sur le Caillou pour le lancement, ici, de son plus récent recueil de poèmes : France II, un voilier pour rêver.
Il s’agit du premier ouvrage à se consacrer au navire, construit entre 1912 et 1913, à Bordeaux. Un cinq-mâts d’envergure dont la mission était d’amener du charbon depuis l’Écosse jusqu’en Nouvelle-Calédonie et d’en revenir chargé du nickel de Thio. Mais, en 1922, lors d’un quatrième voyage, il quitte Thio en remontant par la côte Ouest et là, faute de vent, les courants le poussent sur le récif où il s’échoue, au niveau de Téremba. Il y restera logé pendant vingt ans, son étrave affleurant, jusqu’à la guerre du Pacifique, où les Américains le couleront par le fond.
Un naufrage « avec douceur »
L’idée de mettre en mots le destin du France II est venue à Yolande Oria au détour d’une conversation avec un ami. « En tant que Bretonne, j’étais prédisposée à m’émouvoir de cette histoire », explique l’auteure. Pendant plus d’un an, elle rassemble tout ce qui concerne le voilier en s’adressant notamment au Musée maritime de Nouvelle-Calédonie et à la bibliothèque Bernheim. Bien peu de documents existent, mais cela n’est finalement pas plus mal pour laisser libre cours à son imagination. Car Yolande Oria le rappelle : « Je ne suis pas historienne. »
Pour illustrer son recueil, elle a fait appel à Caroline Degroiselle, rencontrée l’an dernier lors d’une exposition à Paris. La prolifique peintre calédonienne s’enferme un mois et demi dans son atelier et se prend au jeu : au lieu des quelques toiles qui lui sont commandées, elle en fait une vingtaine, toutes très inspirées. Notamment celle du navire comme déposé au fond de l’eau, dans un écrin de gorgones et de lumière. « Le naufrage du France II n’est pas dû à un orage ou à un accident. Cela s’est fait avec douceur ; il n’y a pas eu de blessés. Alors j’ai imaginé l’épave dans un linceul joyeux, au milieu des coraux et des poissons », confie l’artiste.
Pour la soirée, la violoniste Marine Thollot improvisera librement sur la lecture de Yolande Oria. Un accompagnement qui allait de soi pour la poète qui a « à cœur de faire s’entrechoquer la musicalité des mots ». Le public aura donc le droit à une communion artistique et à un moment d’intimité : « La poésie, c’est spécial, pose Yolande Oria. L’idée, c’est de partager avec un public restreint : on peut regarder les gens dans les yeux. »
Demain, jeudi 12 mai, à partir de 18 heures, au Musée maritime, avenue James-Cook, Nouville.
Photo : A. P.
Une croisière en mots, en images et en musique, Les Nouvelles Calédoniennes, 11 mai 2016.

