Du 15 au 18 août dernier, les Bélémas ont accueillis plus de 80 touristes dans le cadre du Week-end découverte de l’archipel. De quoi démontrer un certain potentiel des Bélep en la matière, pour assurer une rentrée d’argent et brises l’isolement.
Par Aude Perron
« Bélep, ça se mérite ! » C’est une des impressions que retiendra Mathieu Dunias de son séjour touristique à Bélep, organisé par le GIE Tourisme Province Nord. Pour ce résident de Nouméa, il faut d’abord faire les 375 kilomètres de route jusqu’à Koumac puis ajouter quatre heures en bateau. Bref, Bélep, cela ne se fait pas sur un coup de tête. « Mais une fois là-bas, nous avons eu une sensation de découverte profonde, en raison de l’aspect sauvage de l’endroit et du contact avec la population, confie-t-il. Nous avons été traités comme des chefs. »
Et c’est là, un des objectifs de ces fameux Week-end Découverte (WED), concept crée en 2003 par le GIE Tourisme Province Nord : faire la démonstration que les communes du Nord sont accueillantes et organisées et qu’elles possèdent des attractions naturelles et des activités à offrir aux touristes. Autre objectif et non le moindre : montrer aux populations de la commune d’accueil et des tribus qu’elles sont en mesure d’offrir une prestation touristique de qualité, en s’organisant et en s’appuyant sur leurs traditions.
Pour cela cependant, il a fallu travailler en amont pendant trois mois et mettre en place la logistique du transport car l’archipel ne compte une dizaine de véhicules, tout au plus. « Nous avons mobilisé le conseil des anciens, les associations, la MFR, précise Donatienne Daiye, présidente du Comité des fêtes, à la mairie de Bélep. Au début, les gens pensaient qu’ils ne seraient pas à la hauteur car ils n’ont jamais hébergé de touristes. Mais tout le monde a joué le jeu : les jeunes ont nettoyé les sentiers et préparé des danses et les mamans ont fait des bougnas. J’ai été surprise et émue par la participation de la population. »
Cet effort, Carine Nonghai, de Pouébo, l’a ressenti également. Elle peut même comparer puisqu’elle a participé à onze WED sur les 17 organisés par le GIE (un pour chaque commune). « Il y a eu beaucoup d’initiatives, souligne-t-elle, précisant qu’elle a participé à trois activités parmi celles proposées, allant de la pêche aux anguilles, à une ballade spirituelle en passant par la fabrication du pain traditionnel. Les gens de Bélep ont bien aménagé les lieux d’accueil et mis beaucoup de leur potentiel de l’avant. » « On nous demandait souvent : est-ce que ça vous va ?, se souvient Mathieu Dunias. Que faut-il faire de plus pour attirer des touristes ? J’ai trouvé qu’il y avait une réelle volonté de briser l’isolement. »
Donatienne Daiyé est ravie. « Je savais que nous étions capables d’organiser ce Week-end Découverte. Nous avons réussi. Et nous avons fait la démonstration aux jeunes que Bélep a du potentiel. Que l’on peut monter de petites activités économiques et vivre de savoir-faire. »
Légende : Entre randonnées, sorties de pêche et visite d’une ancienne mine, neuf activités sur deux jours étaient proposées aux touristes.
Trois questions à Jacqueline Riahi, directrice du GIE Tourisme Province Nord
Le WED est-il la meilleure formule pour remplir vos objectifs ?
Pour sensibiliser la population locale au développement touristique et en même temps, casser la perception négative que les touristes ont du Nord et satisfaire leur goût d’authenticité, oui ! Mais c’est du travail. On arrive dans un endroit vierge, avec des populations qui n’ont pas d’expérience avec le touriste. Celui-ci a payé pour une prestation, donc il va être regardant. Nous avons dû faire un gros travail auprès des prestataires sur la sécurité, l’hygiène et la ponctualité, notamment. Nous les avons responsabilisés.
Le concept des WED a dix ans cette année. Quel bilan tirez-vous?
Les dix-sept communes de la province ont organisé leur Week-end Découverte, Bélep étant la dernière à avoir accueilli le concept. Déjà, ce sont des retombées pour les communes puisque l’événement rapporte environ 1 million de francs. Il a rapporté 1,4 million à Bélep. En moyenne, chaque WED a attiré 200 personnes. A Ouégoa, nous avons même eu 300 participants. Sur l’ensemble des communes, on peut dire que nous avons créé une dynamique et que maintenant, le terrain est préparé pour recevoir des touristes. Mais si personne ne prend cette balle au bond, cette dynamique va retomber.
Quelle est la suite des choses ?
Nous restons en soutien aux communes qui veulent organiser leur fête, comme l’a fait Canala, par exemple, avec sa Fête de la mandarine qui a été lancée suite au WED. Il y a encore besoin de professionnaliser les prestataires. En 2007, le GIE est devenu un organisme de formation agréé. Nous avons formé des guides pédestres et des mamans qui tiennent une table d’hôte. Il faut en finir avec le « tourisme de cueillette », avec le « coup de chasse, coup de pêche, coup de tourisme » ! On ne fait pas un coup avec le touriste !
Photo : D. R.
Une forte volonté d’accueil, Les Nouvelles Calédoniennes, 28 août 2013.

