La fin des non-dits

L’exposition Caledoun, qui a voyagé une semaine en Algérie en juin dernier, est à Koné jusqu’à mercredi prochain. Trois visites commentées sont prévues ce samedi.

Par Aude Perron

Une quarantaine de personnes étaient présentes, lundi, au vernissage de l’exposition Caledoun, organisé par l’Association des Arabes et des Amis des Arabes, la mairie de Koné, soutenu par le gouvernement et l’aire Ajië-Arho. Caledoun, c’est le nom donné au Caillou par les quelque 2106 Maghrébins, principalement des Algériens, qui ont été déportés sur le Caillou, entre 1864 et 1897. L’exposition a pour but de faire connaître l’histoire de cette communauté qui a pris racine et a prospéré sur le territoire. Une histoire notamment marquée par le bagne calédonien, mais aussi une certaine ironie, a rappelé, Jean-Pierre Aïfa, maire de Bourail : « Nos ancêtres ont subi la colonisation en Algérie, puis sont devenus acteurs de cette même colonisation une fois en Calédonie » sur des concessions rurales de l’Administration Pénitentiaire.

Pendant la coutume, Christophe Sand, commissaire de l’exposition et lui-même descendant de transporté algérien, a tenu a souligner la présence des coutumiers et particulièrement celle de Déwé Gorodey, membre du gouvernement, chargée de la culture, de la citoyenneté et de la condition féminine, « une ministre de culture kanak », qui a impulsé Caledoun. Il a rappelé l’importance d’une telle manifestation, pour la reconnaissance et la réhabilitation de ces ancêtres bagnards et de leurs descendants, dans le contexte de la construction d’une communauté de destin.

Avant que les 38 larges panneaux de l’exposition ne débarquent salle Au Pitiri, Caledoun s’est promenée : à Paris, où elle a été mise en place dans le cadre de l’Année des outre-mer français, fin 2011, puis Bourail et Nouméa. Elle était en Algérie, du 20 au 27 juin dernier, qu’accompagnait une délégation de Calédonie. « Le but était de compléter là-bas une exposition sur le 50e anniversaire de l’indépendance de l’Algérie, explique Bernard Salem, président de l’Association des Arabes et des Amis des Arabes. Les gens de la délégation ont découvert l’Algérie et les atrocités qui ont été faites là-bas. Ils ont mieux compris les blocages qui existent entre certaines communautés. »

Pour ce descendant de transporté algérien qui en est à sa 5e année à la présidence de l’Association, l’aventure n’est pas encore terminée : un livre, Caledoun, vient tout juste d’être édité à 3000 exemplaires qui devraient arriver de Métropole sous peu. « C’est toute l’exposition, mais aussi la liste des 2106 déportés, lieu de naissance présumé, matricule, condamnation. Ils y sont tous. » 

En attendant, les familles arabes de la zone VKP, les Menaouer, les Aresky, les Ali Ben El Hadj et autre Bentoumi, mais aussi le grand public, sont invités à cette exposition, jusqu’au 4 septembre prochain. Samedi, trois visites guidées avec Christophe Sand et Louis-José Barbançon, commissaire scientifique de l’exposition, sont prévues. Mardi soir, le documentaire « André Saïd, une mémoire en partage » de Désiré Menrempon et Sabine Jobert (26mn), ainsi que les témoignages de Jean-Pierre Aifa et Christophe Sand, recueillis par le réalisateur Jacques-Olivier Trompas, seront également présentés. 

Photo : A. P.

La fin des non-dits, Les Nouvelles Calédoniennes, 28 août 2013

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