La maladie de la rouille des Myrtacées est présente un peu partout sur le territoire et a été signalée chez certains pépiniéristes du Nord. Il semble qu’il faut apprendre à vivre avec.
Par Aude Perron
C’est par hasard qu’Elodie Birot, technicienne au Comité organisateur du salon de l’horticulture (COSH), est tombée dessus hier. En formation dans une pépinière de Poindimié, le groupe découvre un plant juvénile infecté de spores jaunes orangées : très certainement la fameuse rouille des Myrtacées, qui provoque la déformation des feuilles jusqu’au dépérissement de la plante ou de l’arbre. « C’est vraiment vilain », dit-elle, en montrant des photos.
Le champignon s’attaque aux plantes de la famille des Myrtacées : les eucalyptus, goyaviers, pommes roses, sans oublier les niaoulis, dont les populations sont réparties partout sur le territoire. Une véritable menace pour l’endémisme. En effet, les Myrtacées constituent la famille végétale la plus importante du pays et on dénombre 257 espèces indigènes dont 254 sont endémiques, peut-on lire sur le document d’information publié par la Nouvelle-Calédonie.
Ni une ni deux, la technicienne prend une photo qu’elle transmet au SIVAP qui est sur le pied de guerre depuis l’identification de la maladie, en mars dernier, à Farino. Mais il semble déjà trop tard pour éradiquer le champignon car les spores étant extrêmement volatiles, des foyers de la maladie ont été recensés un peu partout sur la Grande Terre, en milieu naturel et en pépinière.
Une pépinière du nord qui a préféré témoigner anonymement vient d’ailleurs d’en faire les frais, avec l’apparition de la rouille des Myrtacées en mai dernier. Mille deux cents plants ont été détruits. Quant aux plants qui pouvaient être sauvés, ils ont été traités selon un protocole strict. Pour minimiser les risques de contamination, la pépinière s’est mise en quarantaine pendant trois mois. Trois mois où les commandes se sont annulées ou été mises en stand-by : « Certains clients m’ont demandé d’arrêter de planter, d’autres de produire. Il y en a même un pour lequel je ne peux plus produire jusqu’en 2015 ! Actuellement, on est mal », confie la gérante, en appréciant toutefois le soutien de l’APICAN.
Impossible de se retourner, en effet : « La plupart des plantes que j’utilise pour la revégétalisation sont des Myrtacées. Et la revégétalisation : je ne fais que ça ! Je pourrais faire sans Myrtacées. C’est faisable, mais c’est plus difficile. Elles ont un bon taux de croissance, ce sont des espèces pionnières. Il faut reproduire la biodiversité. »
Aujourd’hui, la rouille a disparu et des plants sains s’apprêtent à sortir de ses serres. Mais la pépiniériste reste sur ses gardes. Attitude partagée par Elodie Birot qui prépare déjà le Salon de l’horticulture, en octobre prochain, à Pouembout. « Nous réfléchissons à interdire aux horticultrices d’exposer des Myrtacées. Il faut éviter tout risque de contamination. »
Légende : Se propageant par le vent, les oiseaux, les vêtements, la rouille des Myrtacées est une menace pour l’endémisme.
Photo : D.R.
Avis de contamination, Les Nouvelles Calédoniennes, 28 août 2013.

