Valérie Vattier : « Je suis prête à naviguer, mais il n’y a pas de vent »

L’exposition temporaire sur la Seine, au Musée maritime, a été de nouveau prolongée, sans date limite cette fois. Doit-on y voir le signe d’un plébiscite du public ? Pas exactement, selon Valérie Vattier : une des subventions de l’établissement culturel a été diminuée de moitié.

Propos recueillis par Aude Perron

Les Nouvelles calédoniennes : Votre exposition sur la corvette de guerre La Seine, qui devait prendre fin dimanche dernier, est prolongée sans date limite. Pourquoi ?

Valérie Vattier : Il est vrai que « Le secret de La Seine », qui a commencé en novembre 2014, devait durer jusqu’au mois d’août dernier. L’exposition a été prolongée une première fois jusqu’à dimanche dernier car nous étions un peu juste au niveau des subventions. Pour 2016, le gouvernement a réduit de moitié l’aide de 12 millions qu’il nous accordait. Avec 6 millions en moins, je ne peux pas remonter une nouvelle exposition. C’est une somme importante pour une association : nous n’avons pas de fonds de roulement et ne pouvons pas nous permettre d’être dans le rouge. Alors nous reconduisons de nouveau « La Seine ». C’est toujours mieux que de laisser vide tout un étage du musée !

Quel bilan tirez-vous de cette exposition ?

Nous avons eu de bons retours parmi les 12 600 personnes qui ont visité le musée en 2015. Non seulement parce que l’histoire racontée (la mission ultra-secrète du bateau de guerre français, NDLR) est présentée à la manière d’une énigme, mais aussi pour la découverte de cette histoire tout simplement. Elle est croustillante. En Calédonie, nous avons de la difficulté à parler de l’histoire coloniale, pourtant il y a des moments importants qui structurent la suite de l’histoire du pays.

Cette exposition a-t-elle encore une utilité ?

Normalement, une exposition temporaire doit durer six mois maximum. Un musée doit en proposer deux par année. On en est loin. L’exposition reste au moins utile pour les touristes, qui constituent plus de 43 % de nos visiteurs. Quant aux scolaires, ils viennent pour le musée dans son ensemble.

Comment expliquez-vous cette baisse de subventions ?

Je n’ai pas eu de justification. Depuis 2008, nous fonctionnons avec le même niveau de subventions. En 2013, nous avons rénové et agrandi le musée, nous avons plus de surface, plus de charges, mais pendant ce temps, le gouvernement réduit son aide. Ceci n’est pas sans conséquences car proposer la même chose au public entraîne une baisse de la fréquentation. Nous l’avons vu en 2015, où nous avons enregistré environ 1 000 visiteurs en moins par rapport à 2014. Nos partenaires pourraient aussi penser qu’il ne se passe rien au musée et ne plus nous suivre. Nous voulons éviter la baisse de notre notoriété. On a l’impression d’être sur le fil.

Comment envisagez-vous cette année 2016 ?

C’est un peu morose. J’ai l’impression d’être dans un bateau avec mon équipage. Je suis prête à naviguer, mais il n’y a pas de vent. Nous devons revoir notre stratégie pour rester attractif. Il faut continuer de montrer que l’on existe et que l’on se bat. Quant à l’activité de conservation du musée, nous avons une restauratrice qui restera en CDD, faute de pouvoir lui offrir quelque chose de permanent, comme nous l’avions envisagé au départ. La conservation est une mission fondamentale du musée. Y toucher, c’est mettre en péril le patrimoine maritime de la Nouvelle-Calédonie.

Bio express

Diplômée de l’Université de Rouen en géographie et formée dans le développement du patrimoine culturel, Valérie Vattier occupe successivement plusieurs fonctions dans le domaine de la culture (centre culturel Tjibaou, Festival des Arts du Pacifique, direction de la Culture de la province Sud) avant de prendre la direction du Musée de l’histoire maritime de Nouvelle-Calédonie, en 2003. En 2005 et 2008, elle participe aux expéditions menées à Vanikoro (îles Salomon) sur les épaves de l’expédition Lapérouse. En 2007, elle organise l’exposition « Les Feux de la mer », consacrée à la signalisation maritime en Nouvelle-Calédonie. De cette exposition, naîtra le livre Le Phare Amédée, lumière de Paris et de Nouvelle-Calédonie, coécrit avec Vincent Guigueno (Grand Prix du festival du livre insulaire de Ouessant, médaillé de l’Académie de marine). En 2008, elle collabore à la grande exposition sur Lapérouse au musée de la Marine, à Paris. En 2010, elle est faite chevalier de l’ordre du Mérite maritime.

Photo : Jacquotte Samperez

Valérie Vattier : « Je suis prête à naviguer, mais il n’y a pas de vent », Les Nouvelles Calédoniennes, 2 mars 2016.

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