Le chanteur martiniquais Yaniss Odua, accompagné des musiciens de Artikal Band, est en Calédonie pour être la tête d’affiche du Reggae Month. Ce soir et samedi, il présentera son nouvel album, Moment Idéal.
Propos recueillis par Aude Perron
Les Nouvelles calédoniennes : Vous êtes en pleine promotion de votre 3e album, Moment Idéal sorti en 2013. Comment se passe la tournée ?
Yannis Odua : On approche des 300 dates de concert partout dans le monde. Il y a quelques titres qui marchent très bien comme Rouge Jaune Vert ou Chalawa. Cet album, c’est le premier en auto production totale. Quand on travaille avec des producteurs, il y a des attentes. Moment Idéal, que j’ai enregistré en Jamaïque, c’est l’album que j’ai toujours voulu faire. On s’est fait plaisir. J’avais envie de transmettre un peu de ma culture musicale (il est originaire de la Martinique, NDLR) dans certains morceaux : la rumba de Rumbaton, le côté West Indies de Music Is My Life, ou les paroles créoles de Madinin’Africa. On ne savait pas si le public allait adhérer.
L’an dernier, Raging Fyah occupait la tête d’affiche du Reggae Month et cette année, c’est vous. Quel effet cela vous fait ?
Je ne savais pas que l’on occupait cette place-là ! C’est un honneur. Je suis déjà venu en Calédonie, en 2004, pour un concert au parc Fayard. Déjà à l’époque, j’avais été impressionné par le nombre de personnes venues partager cette vibration : il y avait plus de 1 000 personnes. Les gens étaient descendus de Brousse. C’était fou, on n’a pas oublié. On vient de loin, mais on a en commun la vibration et des textes où l’on se reconnaît. Le reggae, c’est la voix du peuple.
Vous comptez déjà 24 ans de carrière. Quels en ont été les moments les plus forts ?
Quand je suis monté sur scène pour la première fois, j’avais 10 ans. C’est mon cousin (le chanteur de dancehall Daddy Harry, NDLR), que j’avais l’habitude d’aller écouter, qui m’a fait monter et m’a tendu le micro. Je connaissais ses chansons par cœur. J’ai sorti mon premier album quatre ans plus tard. Pourtant, la musique n’a jamais été un rêve pour moi. D’abord, on ne choisit pas la musique, c’est elle qui nous choisit. Et chaque jour, je la remercie. C’est comme ça que je peux atterrir ici alors que je viens d’un village de pêcheurs en Martinique. L’autre moment fort, c’est en 2001, quand j’ai mis les pieds en Afrique pour la première fois. Quand on fait du reggae, c’est un passage un peu obligé. J’étais invité par Tiken Jah Fakoly pour un featuring, Y’en a marre, qui, en plus, a été clippé. Quand il a fait appel à moi, j’ai cru que c’était une plaisanterie.
Vous chantez du reggae en français. C’est un acte militant ?
On peut dire cela. C’est volontaire, en tout cas, pour que davantage de monde comprenne. Je pourrais faire des chansons en anglais, mais après il faut pouvoir répondre aux médias anglophones et jusqu’à maintenant, je n’étais pas assez à l’aise pour ça. Mais je viens juste d’écrire un nouveau morceau en anglais, et j’ai traduit Rouge Jaune Vert : ça donne Red Gold Green. Je vais en chanter un couplet aux concerts, ça marche plutôt bien.
On dit de vous que vous êtes un artiste durable. Qu’en pensez-vous ?
Mon deuxième album s’appelle Yon Pa Yon, ce qui veut dire petit à petit en créole. C’est un peu ma philosophie de vie : construire peu à peu pour que ce soit solide. C’est comme ça qu’on va laisser des choses derrière nous.
Qu’aimeriez-vous laisser ?
Une ligne de conduite, des valeurs, car cela se perd : le respect d’autrui, l’amour partagé, et l’union plutôt que l’individualisme.
J’ai aussi envie de dire qu’il ne faut jamais oublier sa propre culture dans cette mondialisation de la musique. Sans racines, un arbre ne tient pas longtemps.
Le Reggae Month en six dates
Ce soir, 19 heures, au MV Lounge : Yaniss Odua, Sunny Dread, Ti Lion, DJ Boz
Vendredi 22 avril, 21 heures, à L’Endroit : Sunny Dread, Jornick Joelick, DJ Boz, Tonton Sam Selekta
Samedi 23 avril, 19 heures, grand deck du Kuendu Beach : Yaniss Odua & Artikal Band, I & I, Lion Rock
Jeudi 28 avril, 21 heures, à la Bodega : Mighty Treez, DJ Skor16
Vendredi 29 avril, 21 h 30, au JP’S : I & I
Samedi 30 avril, 21 heures, au Bohème : DJ Green, Tonton Sam Selekta, Jornick Joelick et invités (open mic)
Photo : Thierry Perron
Yanniss Odua : « Sans racines, un arbre ne tient pas longtemps », Les Nouvelles Calédoniennes, 21 avril 2016.

