6 dossiers à suivre au Canada en 2009

Commerce vous présente les principaux enjeux nationaux et internationaux qui influenceront les projets et la performance des entreprises en 2009.

Par Aude Perron

1. Haro sur l’offre de pétrole

Avec un prix du baril coincé en deçà de 50 $ US, l’industrie des sables bitumeux est enlisée. Et cela risque de durer car, selon les plus récentes prévisions du Fonds monétaire international (FMI), l’économie mondiale se repliera de 1,3 % en 2009 et croîtra d’un modeste 1,9 % en 2010. Et qui dit peu de croissance de l’activité mondiale, dit moins de demande d’énergie. C’est pourquoi chez Desjardins, on table sur un baril de pétrole qui terminera l’année entre 50 et 60 $ seulement. « Mais encore à 60 $, c’est en dessous du niveau d’équilibre qui justifie des investissements par les pétrolières. Quand il y aura reprise de l’économie, ce ralentissement dans le développement de nos capacités futures risque de nous rattraper », avertit Matthieu D’Anjou, économiste senior chez Desjardins.   

Mais le problème de la baisse des investissements en exploration se pose moins dans la région des sables bitumineux, signale Tim Markle, le porte-parole du Ministère de l’Énergie de l’Alberta : « L’exploration n’est pas un enjeu ici car il n’y a pas besoin d’explorer : on sait où sont les réserves. » En revanche, les investissements des pétrolières dans leur propre expansion ont été reportés. L’Association canadienne des producteurs de pétrole table même sur un recul des investissements de 30 % cette année. Tim Markle demeure cependant optimiste : « Il est certain qu’à court terme, cela ne sera pas aussi effervescent que ce que l’on a connu. Mais les prix sont en train de se stabiliser et vont rebondir. » 

2. Panier d’épicerie : surveiller la Chine

Le prix des céréales ne devrait pas connaître, comme en 2007-2008, une flambée sans précédent qui avait engendré des émeutes à travers le monde. Mais, si les prix des aliments ont enregistré un creux au début 2009, ils semblent de nouveau sur une pente ascendante. En effet, les Etats-Unis ont annoncé des intentions d’ensemencement en deçà des prévisions, ce qui a poussé les prix à la hausse. « Il faut maintenant surveiller le prix du pétrole, fait remarquer Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins. S’il grimpe, cela va accroître la demande pour les biocarburants. » Et, du coup, augmenter les coûts de production des cultures céréalières car le pétrole est utilisé dans la machinerie agricole ainsi que dans la fabrication des engrais chimiques et pesticides.

Un facteur peut influencer drastiquement le prix des aliments en 2009 : le rebond  de la Chine. « Si son plan de relance fonctionne et que la croissance chinoise repart, cela aura un impact à la hausse sur le prix des céréales : les industries vont gonfler la demande en énergie et les consommateurs vont se remettre à manger des protéines », estime Maurice Doyon, professeur au Département d’économie agroalimentaire et des sciences de la consommation de l’Université Laval. C’est exactement ce qui est en train de se produire : grâce à un plan de quelque 586 G $, les investissements chinois ont retrouvé leur niveau d’avant la crise et Goldman Sachs table maintenant sur une croissance à 8,3 % en 2009, au lieu de 6 %.

Alors, si les producteurs de céréales et de viande ainsi que les transformateurs ont un répit, cela pourrait ne pas durer. 

3. Les forestières ne sont pas sorties du bois

Les dernières années ont été rudes pour les forestières : quatre ans de litige qui ont mené à l’entente canado-américaine sur le bois d’œuvre en avril 2006, conjugué à un dollar canadien qui ne cessait de se renforcer avec la croissance économique canadienne. Mais comme une tuile n’attend pas l’autre, aujourd’hui, c’est l’effondrement du marché de l’habitation américain qui frappe de plein fouet. Depuis l’automne 2006 où ce dernier a commencé à se faire sentir, le prix par mille pieds-planche a chuté de 33 %. Qui veut encore exporter ? « On le fait à perte, reconnaît Michel Vincent, économiste au Conseil de l’industrie forestière du Québec. Mais nous sommes obligés d’exporter sinon cela va diminuer les quotas auxquels nous aurons droit l’an prochain. Tout ce qu’on peut espérer, c’est que le marché reprenne et que les prix remontent le plus vite possible. »

La reprise est effectivement la seule planche de salut de l’industrie car personne ne vole à son secours présentement : ni les banques qui prêtent à des taux dissuasifs, ni les investisseurs qui redoutent perdre leur argent, ni même Ottawa. « Le gouvernement Harper a refusé de venir en aide à Abitibi-Bowater, qui vient de se placer à l’abri de ses créanciers, de peur que cela soit interprété comme une subvention », souligne Carl Grenier, membre de l’Observatoire des États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM. Si Domtar est en meilleure posture que son rival, il a accusé une perte de 45 M $ US au premier trimestre 2009. Qui s’en sortira alors ? Il faudra regarder du côté des entreprises qui ont d’autres débouchés, comme Chantiers Chibougamau, au Québec, dont les produits se retrouvent dans la construction non-domiciliaires.

4. Casse-tête pour les pièces automobile

Les constructeurs automobiles américains sont acculés au pied du mur. Le Canada n’échappe pas à cette déconfiture. Comment s’en sortent les fabricants de pièces automobiles ? Seront-ils entraînés dans cette tourmente ? Certains oui, comme en témoigne le triste sort de Montupet, en Montérégie, qui a fermé ses portes en décembre suite à la perte d’un contrat de GM, puis d’un autre de Chrysler.

Mais ce ne sera pas le sort de tous, fait valoir Joëlle Noreau, économiste principale au Mouvement Desjardins : « Ceux qui sont diversifiés vont s’en sortir, comme IPL, à Saint-Damien, qui fabrique des pièces de plastique pour l’industrie automobile, mais également des bacs d’entreposage. » 

Qu’en est-il des distributeurs ? UAP ne connaît pas trop la crise. Sa division NAPA distribue des pièces d’auto par le biais de 600 magasins à travers le Canada et ses revenus sont en croissance en Ontario, au Québec et dans les maritimes. « Si nos parts de marché augmentent, c’est en raison des stratégies que nous avons mis en place, mais c’est aussi parce qu’en raison de la crise, les gens sont davantage portés à entretenir leur voiture, explique Robert Hattem, président et chef de l’exploitation de UAP. À long terme, je m’attends juste à ce qu’on vende de moins en moins de pièces d’auto américaines. »

5. Environnement : l’agenda d’Harper ou d’Obama?

Manon Laporte, PDG d’Enviro-Accès, à Sherbrooke, est inquiète. Selon le plan « Prendre le virage vert » du gouvernement Harper, d’ici 2010, les grandes industries (électricité, pétrole, produits chimiques, pâtes et papiers, mines, etc.) devront réduire de 18 % par rapport au niveau de 2006 leurs émissions de gaz à effet de serre (GES). « Mais, en crise, c’est difficile d’exiger cela de nos alumineries, par exemple. Ma crainte, c’est qu’on reporte l’entrée en vigueur de cette réglementation. »

Mais l’administration Obama, farouchement déterminée à devenir un leader en matière de lutte contre les changements climatiques, pourrait forcer Ottawa à aller de l’avant. Le projet de loi américain « New Clean Energy » du député Waxman, qui devrait être adopté avant la fin de l’année, prévoit d’ici 2020 une diminution des émissions de gaz à effet de serre de 20 % par rapport au niveau de 2005. Et l’Oncle Sam est également déterminé à faire en sorte que ses partenaires commerciaux lui emboîtent le pas. « Il y a des dispositions protectionnistes dans la loi, comme des droits de douanes sur les produits importés de pays qui n’ont pas les mêmes cibles, prévient Carl Grenier, membre de l’Observatoire des États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM. Pour le gouvernement Harper, c’est tout un instrument contondant. Il n’aura pas le choix de suivre. » 

Voilà de bonnes nouvelles pour Paul Picard, vice-président des opérations chez Dessau, qui vient juste de compléter le bilan des émissions de carbone de l’Université Laval : « Nous pouvons certifier des industries pour les rendre éligibles à la bourse du carbone. Pour des sociétés comme la nôtre, les prochaines années sont prometteuses. »

6. Plan Obama : protectionnisme ou retombées?

Le plan de relance américain aura-t-il des retombées pour nos entreprises ? Jean-Michel Laurin, vice-président, Affaires mondiales, des Manufacturiers et Exportateurs du Canada (MEC), se permet d’en douter : « Vu la récession, on s’attend plutôt à une remontée du protectionnisme. » Surtout que l’essentiel des fonds du plan de relance est transféré aux États et aux municipalités, qui ne sont pas assujettis à l’ALENA et autres accords commerciaux. Dans le cas des infrastructures, c’est 70 % de l’enveloppe qui tombera sous la responsabilité des États et des municipalités américains, estime Carl Grenier, membre de l’Observatoire des États-Unis de la chaire Raoul-Dandurand à l’UQAM. « Alors les entreprises canadiennes ne pourront pas exiger d’être considérées dans les appels d’offre ». C’est pourquoi depuis le début de l’année, les MEC comptent sur un employé à temps plein à Washington pour faire de la sensibilisation auprès des membres du Congrès.

Photo : D.R.

6 dossiers à suivre au Canada en 2009, Commerce, juillet-août 2009, p. 91-93.

 

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