Commerce vous présente les principaux enjeux nationaux et internationaux qui influenceront les projets et la performance des entreprises du Québec en 2009.
Par Aude Perron
1. Des fortunes qui accusent le coup
De 1125 qu’ils étaient l’an dernier, les milliardaires ne sont plus que 793. En raison de la débâcle sur le marché des capitaux, ils ont perdu la bagatelle de 1400 G $. Au Canada, les fortunes personnelles en ont également pris pour leur rhume. Selon le classement du magazine Canadian Business, chez les 18 Québécois qui figurent dans ce palmarès, il y a quelques glissements : la fortune des Bombardier, à plus de 2 G $, a reculé de 11 %, faisant en sorte que la famille occupe désormais le 22e rang (par rapport au 17e en 2007). Même topo chez Charles Sirois : estimée à 860 M $, sa fortune a rapetissé de 4 %, faisant glisser le fondateur de Teleglobe du 59e au 63e rang.
La déconfiture des gens fortunés touche leur fondation ou leurs projets philanthropiques. « Les fondations dépendent des résultats financiers des entreprises et des revenus d’intérêt sur les marchés des capitaux, explique Gil Desautels, vice-président principal chez KCI Philanthropie. On peut s’attendre à ce qu’elles aient une année difficile. » Il en va de même pour leur appui à la recherche universitaire ou à la relève entrepreneuriale, par exemple.
2. Les minières dans le trou
Depuis le ralentissement de la demande mondiale, le cours des métaux de base a chuté dramatiquement : -49 % pour l’aluminium, – 50 % pour le cuivre, – 62 % pour le nickel et -41 % pour le zinc. Réduction de capacités de production, fermetures et mises à pied temporaires… QIT Fer et Titane, Alcoa, Mines Wabush, Xstrata, plusieurs minières ont fait des annonces dans ce sens dans les derniers mois. Hormis les mines aurifères en Abitibi, qui profitent de la valeur refuge de l’or, l’industrie met la pédale douce.
Cependant, à l’Association minière du Québec (AMQ), tout n’est pas perdu, car les minières gèrent ce cycle baissier différemment des précédents : « Nous sommes plus disciplinés, fait remarquer André Lavoie, directeur des communications de l’AMQ. Avant, lors des ralentissements, nous augmentions la production pour compenser la perte de revenus. Les stocks s’accumulaient, les prix restaient bas et c’était plus long avant de remonter. Aujourd’hui, nous réduisons tout de suite l’offre pour faire remonter les prix. » Et cela semble porter fruits : les prix se sont stabilisés et ils ont recommencé à grimper en début d’année.
Mais il ne faut pas rêver : c’est la Chine qui détient en partie la clé de la remontée du cours des métaux de base. Et comme les économistes chez Desjardins doutent de la santé de l’économie chinoise, ils prévoient que les prix se maintiendront près de leur niveau plancher d’ici à la fin de 2009.
3. Le modèle coopératif a la cote
Le Québec compte 3 300 coopératives et 44 mutuelles fortes de 8,8 millions de membres. Depuis les 10 dernières années, en moyenne, 140 nouvelles coopératives voient le jour annuellement. Avec la récession, ce chiffre pourrait augmenter, croit Michel Séguin, titulaire de la Chaire de coopération Guy-Bernier à l’UQAM. « C’est un réflexe de se regrouper dans les moments difficiles, fait remarquer le professeur. Les coopératives bénéficient d’une conjoncture favorable pour se développer parce que les membres vont davantage adhérer à leurs valeurs. L’esprit de solidarité a la cote en ce moment. »
Cependant, on n’a pas encore observé de tendance à la hausse dans le nombre de constitutions. Cela ne surprend guère Yvan Laurin, vice-président Coopération et qualité, à la Fédération des Caisses Desjardins : « C’est trop tôt pour voir une augmentation. Mais on peut en anticiper une à moyen terme, parce que lorsque le gouvernement a moins de revenus, les gens et les communautés se prennent en main. La coopérative devient la meilleure solution. » Et ce modèle d’affaires offre un autre avantage : sa résilience, parce que la coopérative est bien enracinée dans son milieu. Ainsi, selon un sondage du MDEIE, les coopératives ont un taux de survie sur 10 ans deux fois plus important que celui des entreprises.
À la Coop fédérée, on a enregistré un excédent de 71 M $ en 2008. Mais rien à voir avec la popularité du modèle coopératif. Ce sont notamment les exportations de porc qui ont permis de dégager d’aussi bons résultats. Mais, avec la crise, on s’attend à ce que les consommateurs à travers le monde soient contraints de bouder les protéines. « L’année en cours pourrait être difficile. Il va falloir être vigilant », témoigne Martin Scallon, directeur des communications du 2e plus important réseau coopératif au Québec.
4. Des conseils pour faire le ménage
« Nous n’avons jamais été aussi occupés, s’exclame Oona Stock, associée chez la firme de consultants Secor-Taktik. Les entreprises ont envie de faire le ménage. » Les mandats sont taillés sur mesure ne fonction de la conjoncture : ils sont courts, précis, faciles à mettre en œuvre et surtout, ils donnent des résultats rapidement ! L’un des services les plus populaires en ce moment est un plan de 100 jours dont l’objectif est de donner un nouveau souffle à l’entreprise. « Nous déployons une équipe de choc dans l’entreprise qui regarde où les coûts peuvent diminuer et qui identifie les vecteurs de croissance », poursuit la consultante.
Les comptables ont également le vent dans les voiles. Rien qui étonne Diane Messier, vice-présidente, Formation professionnelle et relève, de l’Ordre des comptables agréés du Québec : « C’est normal : en période de difficulté financière, les entreprises ont besoin d’aide pour rationnaliser, restructurer une dette, liquider certains actifs, par exemple. Les comptables sont indispensables en temps de crise. »
5. Moins de croissance par acquisitions
Avec la raréfaction des capitaux et des investisseurs, les entreprises qui sont habituées de grandir par acquisitions devront prendre leur mal en patience. Selon la banque d’investissement Crosbie & Co. à Toronto, le nombre et la valeur des fusions et acquisitions ont dégringolé de 27 % et 64 % en 2008 par rapport à l’année. « Mais pour les entreprises qui sont en bonne posture, il y a présentement des opportunités pour de grands joueurs d’acheter des actifs en difficulté », explique Louis Hébert, professeur de management à HEC Montréal.
Il pense notamment à SNC-Lavalin qui a connu une bonne année 2008 et dont la plus importante division, Infrastructure et environnement avec 24 % des revenus, bénéficie présentement des nombreux investissements en infrastructures à travers le monde. Louis Hébert est toutefois moins optimiste pour les « acquéreurs en série », comme Garda, par exemple : « Ces joueurs ont profité de l’exubérance financière. Aujourd’hui, ils trainent leurs dettes comme des boulets. »
La dette, Raymond Paré, vice-président et chef de la direction financière chez Couche-Tard, la voit comme un sac de pierre qu’on traîne sur son dos. « Le sac de Couche-Tard est moins lourd, donc on peut courir plus vite pour faire des acquisitions », s’amuse-t-il à dire. Et Couche-Tard court vite : en avril dernier, il a mis la main sur 43 dépanneurs On the Run et a acheté la marque pour 450 autres franchises, ce qui lui permet d’en toucher les redevances.
6. Des touristes trop courtisés
Tourisme Montréal estime qu’en 2009, le nombre de visiteurs reculera de 3 % dans la première région touristique du Québec. « Nous nous attendons à un taux d’occupation entre 63 et 65 %. Si nous faisons mieux, ce serait un miracle », admet William Brown, vice-président principal de l’Association des hôtels du Grand Montréal. Le premier coupable est certainement la récession aux États-Unis qui constituent la première source de touristes du Québec. Mais il y a aussi la croissance du nombre de chambres dans la métropole causée par l’apparition de 17 nouveaux hôtels en trois ans.
La compétition est tout aussi féroce dans les voyages tout inclus. « Nous avons eu beaucoup de volume, mais les marges n’étaient pas au rendez-vous », commente Philippe Sureau, président de la distribution chez Transat AT, au sujet des résultats du premier trimestre de 2009. Et comme si cela n’était pas assez, en avril dernier, le Mexique, une des destinations majeures du voyagiste, a été le foyer d’une épidémie de grippe porcine. On sait qu’en décembre 2007, Transat y a fait sa première diversification en acquérant 35 % dans une coentreprise visant l’exploitation de trois hôtels à Riviera Maya. Malgré tout, Philippe Sureau a le regard fixé sur l’horizon : « Il faut regarder le comportement du consommateur à long terme. La tendance de fond, c’est que voyager n’a plus rien d’exceptionnel. Tout le monde voyage et le fait souvent. »
7. Des pharmas sans molécule
D’ici 2012, des brevets d’une valeur de 28 G $ arriveront à échéance alors que les pipelines des pharmas sont dégarnis. Il y a en effet peu de « blockbusters » en gestation pour compenser les pertes de revenus anticipées. La solution ? « Se rapprocher des centres de recherche universitaires », estime Michelle Savoie, directrice générale de Montréal InVivo, la grappe des sciences de la vie et des technologies de la santé du Montréal métropolitain. Ce rapprochement est déjà amorcé. On a vu émerger, à l’automne 2008, le Consortium québécois sur la découverte du médicament, un partenariat public-privé afin d’accélérer la découverte de médicaments. Chez AstraZeneca, on ne jure que par ce genre de partenariat : « C’est une stratégie prioritaire chez nous, confie Jennifer Robinson, aux communications de l’entreprise pharmaceutique. Cela nous permet de compléter nos expertises. C’est pour cela que notre early pipeline est solide. »
Un autre genre de rapprochement se produit aussi : des méga-acquisitions comme celles de Pfizer sur Wyeth, Merck sur Schering et enfin Roche sur Genentech. Et tout porte à croire que la consolidation ne fait que débuter. Pour Elie Farah, vice-président, Investissements, à Montréal International, l’enjeu se résume ainsi : « Il faut s’assurer que les retombées au Québec soient maximales. »
7 dossiers à suivre au Québec en 2009, Commerce, juillet-août 2009, p. 63-66.
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