A quand une politique de la petite enfance ?

Les crèches de l’agglomération rencontrent toujours des difficultés financières et attendent impatiemment les résultats d’un audit sur le coût véritable d’une place en garderie.

Par Aude Perron

Quand elle l’a vue, Marie Manuel a eu le coup de foudre. Une vaste maison coloniale de la Vallée-des-Colons, pas pour y habiter, mais pour réaliser un rêve : ouvrir une crèche. « Ce qui me plaît dans cette maison, c’est qu’elle est parfaitement adaptée, détaille la future directrice, en faisant le tour du propriétaire. Sur l’aile droite, on aura la salle d’éveil, la salle de lange et le dortoir des petits. Et sur l’aile gauche, la salle de motricité et de lecture et les deux dortoirs des grands. »

Avec les travaux en cours, difficile d’imaginer que l’endroit grouillera bientôt de marmots. Car, le 2 mai, « Comme un nid à doudous » sera prête à accueillir 55 enfants, âgés de deux mois et demi à 3 ans. « D’ici la fin de l’année, on sera remplis », estime-t-elle, confiante.

Dans le milieu de la petite enfance, cette arrivée constitue un petit événement, car les ouvertures de crèches privées sont rares. Pourtant, sur la capitale, les places manquent toujours cruellement, selon l’Union des professionnels de la petite enfance. L’UPPE dit recevoir chaque jour trois à huit appels de parents à la recherche de places sur Nouméa (au plus proche de leur lieu de travail) et qui doivent se résoudre à s’ajouter à une liste d’attente d’au moins une centaine de noms.

Secteur à risques

Pourquoi ne se créent pas davantage de crèches, si le marché est là ? C’est que le secteur est considéré à risque. « Seule une banque a bien voulu nous suivre, témoigne Marie Manuel, qui s’est lancée dans l’aventure en s’associant à Caroline Kerleaux, de la crèche « Comme une girafe » au Trianon. Et encore, au début, c’était un refus. Mais on n’a rien lâché. »

Car il faut avoir les reins solides : avec l’achat de la maison et les travaux, la structure de la rue Bataille représente un investissement de 100 millions, financé sur fonds propres, par un emprunt bancaire, un emprunt à taux zéro d’Initiative NC et une subvention de la direction provinciale de l’économie, de la formation et de l’emploi.

Le problème pour les banques, c’est que les crèches sont difficilement rentables. La faute à des prix réglementés et dont toute augmentation est soumise à l’approbation du gouvernement. Si le coût d’une place varie de 60 000 F à 100 000 F par mois, il est en deçà du vrai coût de revient, décrie l’UPPE depuis plusieurs années. « C’est cher pour les parents, mais pas encore assez pour nous. Pour être à l’équilibre, il faudrait que les tarifs augmentent de 24 % », pose Claudia Jeandot, vice-présidente de l’Union. Elle rappelle que ce chiffre est la conclusion d’un audit, mené en 2013 par KPMG. Gérante d’Atout Bout’Chou, à Auteuil, elle ajoute que la situation est encore plus tendue hors Nouméa, où les crèches prennent un peu de temps à se remplir, avec la concurrence de garderies illégales et une plage horaire plus étendue.

Un sursis apprécié

Certes, l’exonération des cotisations sociales pour 2014 et 2015 a apporté une bouffée d’oxygène. Ainsi que l’abattement de 75 % prévu pour les exercices suivants, en attendant que des solutions pérennes soient mises en place. Faute d’en trouver, en octobre, l’exonération a été prolongée jusqu’à fin 2018. Un sursis apprécié.

Mais ce qui est réellement attendu, ce sont les résultats d’un audit portant sur le coût de revient d’une place en crèche. Ils devaient être présentés aux professionnels de la petite enfance lundi dernier, or la restitution a été repoussée. « Cet audit va démontrer qu’on travaille au rabais », affirme Manuel Berthier, porte-parole de l’UPPE. Il ajoute qu’en Métropole, une place coûte 150 000 F et 200 000 F en Australie (des tarifs subventionnés par les collectivités ou par des aides aux parents). « La crèche est un luxe ici. Après, il faut savoir ce que l’on veut : soit ça reste un luxe, soit on met en place une véritable politique de la petite enfance. Aujourd’hui, avant 3 ans, politiquement, les enfants n’existent pas. »

24 %

C’est la hausse du coût d’une place en crèche préconisée par une étude de KPMG pour atteindre l’équilibre financier.

Repères

Capacité d’accueil

Nouméa : 30 crèches agréées (1 259 places).

Mont-Dore : sept crèches (305 places).

Dumbéa : cinq crèches (398 places).

Païta : deux crèches (43 places).

Hausse des tarifs sous surveillance

Le mois dernier, le gouvernement a autorisé seulement cinq crèches à revaloriser leurs tarifs : trois à Nouméa, une au Mont-Dore et une à Koné.

Une crèche à Saint-Quentin ?

Pour le futur quartier de Saint-Quentin, la Sic cherche un porteur de projet afin d’ouvrir une crèche de 40 places. Le quartier étant mixte, il n’est pas prévu qu’il s’agisse d’une crèche sociale.

Photo : Théo Rouby

A quand une politique de la petite enfance ?, Les Nouvelles Calédoniennes, 11 avril 2016.

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