Le séjour en Calédonie du rappeur français Demi-Portion touche à sa fin. Lundi et mardi, il a donné un atelier d’écriture avec les rappeurs locaux, dont les textes ont été enregistrés.
Par Aude Perron
«Au suivant ! Next ! » Dans le studio d’enregistrement du Rex, l’air est étouffant. Depuis le début de l’après-midi, rappeurs en herbe et confirmés défilent, casque sur les oreilles, pour clamer leur texte dans le micro. Puis, ils enregistrent quelques « yeah » et autres bruitages pour donner encore plus de rythme. Huit mesures chacun et, à l’expression sur le visage de Demi-Portion, le résultat brut semble déjà concluant. Ils sont une quinzaine à avoir répondu à l’appel du rappeur français, invité par l’association 10vercités dans le cadre de la Quinzaine du hip-hop.
Eviter l’ego trip
Lundi et mardi, l’artiste sétois d’origine marocaine, une pointure dans le milieu du rap, a donné une masterclass : deux heures d’écriture, puis deux heures à enregistrer les textes, avec à la clé, un « son » où tous les textes s’enchaînent, les uns à la suite des autres.
Thème imposé : le mot « fondation ». Contrainte : le mot « je », interdit d’utilisation. « Pour éviter l’ego trip ; il y en a assez dans le milieu du rap », explique Demi-Portion, Rachid de son vrai nom. Hier après-midi, Alex, membre du collectif Ina Di Street, a déjà enregistré son texte. « Demi-Portion, je l’écoute depuis toujours. Il a un message et j’adore sa façon d’écrire, de tourner ses phrases. C’est vraiment un poète de la rue. » « Grave, ajoute un frère à côté de lui. Il fait partie de nos maîtres dans l’écriture. » En plus de l’œuvre collective sur une « instru » de DJ Rolex qui accompagne Demi-Portion, un clip doit être tourné, en mettant en scène chaque rappeur. « Ce clip permet de garder une trace durable de ce travail collectif et de montrer qu’en Calédonie, dans le rap aussi, on fait le taf », explique Pablow, président de 10vercités.
D’ailleurs, après son séjour ici, Demi-Portion devrait devenir en quelque sorte un ambassadeur pour le rap du Caillou. « J’aimerais mettre à disposition mon réseau pour faire venir des artistes ici. Et qu’il y ait une collection de sons et de clips entre eux et les rappeurs calédoniens. C’est faisable. »
En attendant, il profite de ses derniers instants au pays qui s’achèveront avec un concert à La Barca, ce soir. Un séjour en forme de break avec le rythme effréné de sa dernière tournée, suite au succès de Dragon Rash, son plus récent album, sorti en janvier 2015. « En France, tu arrives à la salle de spectacle, tu vas dans ta loge, tu suis la feuille de route. Ici, tu prends le temps de te poser car tu es coupé du monde. Faire la coutume, prendre le temps au lieu d’être speed : j’en avais besoin. »
Photo : Thierry Perron
Demi-Portion, le cœur à l’ouvrage, Les Nouvelles Calédoniennes, 13 avril 2016.

