Après une carrière de plusieurs dizaines d’années sur les mines du Nord au plus fort de l’exploitation du nickel, la locomotive Higginson, une des cinq dernières encore en état aujourd’hui, vient d’être protégée. Une première.
Par Aude Perron
C’est une première au pays : la locomotive Higginson vient de passer monument protégé par la province Sud. Il s’agit d’une des dernières encore debout parmi la centaine à avoir roulé en Calédonie, à l’époque de l’exploitation du nickel. « C’est un patrimoine industriel remarquable, commente Jean-Jacques Paponaud, le président de l’association Trains de Nouvelle-Calédonie (Trainc) qui a présenté le projet à la province en mai 2014. Ces locomotives ont très sérieusement contribué à l’efficience de l’exploitation minière. Il y a des histoires à raconter autour de ce patrimoine. »
Sans contraintes
Fabriqué en 1898 par la société Decauville, l’engin à vapeur est très bien préservé, après une longue carrière en province Nord, notamment sur les mines Pilou et Ao, vers Ouégoa, qui appartiennent à l’homme d’affaires John Higginson. La protection de cette locomotive, exposée à l’entrée des bureaux de la SLN, constitue donc une petite victoire pour Jean-Jacques Paponaud, qui a également demandé que soit classée la locomotive Montagnarde, située dans les locaux de la Dimenc.
Non que sa demande ait été un chemin de croix, mais parce qu’il fallait procéder à plusieurs études (historique, foncière et sanitaire), et également s’assurer que le propriétaire de la locomotive, la SLN, accepte que le mobilier soit classé. « Souvent, les propriétaires ont l’impression que l’arrêté de protection vient avec des obligations de restauration, mais ce n’est pas le cas », insiste Ingrid Tateia, chargée de la valorisation du patrimoine de la province Sud.
Patrimoine vivant
Mais l’industriel n’a pas été difficile à convaincre de l’intérêt de le faire, puisqu’il a déjà procédé à la restauration de l’engin dans ses ateliers en 1993. Quant à l’intérêt de la province, en plus de classer la locomotive dans son inventaire des monuments patrimoniaux, où elle figurait déjà, « cette protection permet de faire vivre le patrimoine », souligne Ingrid Tateia. Car dans le projet de l’association, il est aussi question, à plus long terme, de faire rouler un train touristique sur l’ancienne ligne de chemin de fer Nouméa-Païta (dit aussi « Petit train de la mine »), le seul train de voyageurs ayant circulé au pays (les autres ayant servi à l’exploitation des mines à travers la Calédonie).
Il faudra d’abord remettre les rails, cachés sous les brousses, en état d’utilisation et remotoriser un train de mine, ce qui est actuellement à l’essai au lycée Jules-Garnier, avec des engins de la mine Tiébaghi, au nord de Koumac. « Ça va nous occuper sérieusement pendant des années », conclut le passionné de patrimoine ferroviaire.
Patrimoine pénitentiaire en force
Il existe deux formes de protection du patrimoine, selon la province Sud :
– Faire partie de l’inventaire supplémentaire mené par la province Sud en 2007, sur lequel on trouve quelque 1 700 monuments (immobilier ou mobilier). Tous travaux doivent être signalés et ne doivent pas dénaturer le patrimoine.
-Etre classé, auquel cas aucuns travaux ne peuvent se faire sans l’accord de la province. Sur les 1 700 monuments de l’inventaire, seulement 125 font l’objet d’une protection. 42 % sont catégorisés comme patrimoine pénitentiaire, 12 % sont des maisons coloniales, et 10 % constituent le patrimoine militaire. Le patrimoine industriel, tel que la locomotive Higginson, ne constitue que 8 % des monuments protégés.
Photo : DR
La locomotive Higginson protégée, Les Nouvelles Calédoniennes, 14 avril 2016.

