A qui sert le pont entre Doniambo et La Vallée-du-Tir ?

Critiqué pour son coût important et son accès compliqué, l’ouvrage l’est aujourd’hui pour sa faible fréquentation. Mais en dessous, aux heures de pointe, les 65 000 usagers de la VDO ont gagné en fluidité.

Par Aude Perron

Trente-huit voitures seulement en quinze minutes. Vendredi, 8 h 45, le pont routier entre la Vallée-du-Tir et la zone commerciale de Doniambo, situé à quelque 450 mètres en amont du rond-point Berthelot, ne grouille pas d’automobilistes. Plus tard, vers 13 heures, on en compte trente et un sur le même laps de temps. Et à 17 heures, un peu plus d’affluence, avec cinquante usagers cette fois. Bref, ce n’est pas la foule.

Cela fait pourtant un an, depuis le 12 février 2015, que cet ouvrage mis en service. Et pas au moindre coût : aujourd’hui, la facture s’élève à 1,1 milliard de francs. Car il y a le pont de liaison qui enjambe la voie express, certes, mais aussi des aménagements de part et d’autre : un carrefour à feux sur Edouard-Unger, une nouvelle voie bordée de hauts talus baptisée rue Bernard-Laroque et le réaménagement d’un petit rond-point.

Une fréquentation aléatoire

Et pour combien d’usagers ? Selon les comptages réguliers de la mairie, quelque 3 300 véhicules emprunteraient cette voie dans un sens ou dans l’autre chaque jour. Difficile à croire et pourtant. « C’est aléatoire mais on remarque des pics de circulation dans la journée, assure Jean Brudi, directeur du Génie urbain et des infrastructures de la ville, fichier à l’appui. Mercredi dernier, entre 7 heures et 7 h 15, nous avons enregistré 178 véhicules dans le sens Vallée-du-Tir – Doniambo. »

Qui donc utilise la voie de liaison ? Des automobilistes qui se rendent au travail dans la zone (ou en sortent), mais aussi des petits futés, qui seraient sortis en amont, à Montravel, pour déboucher au rond-point Berthelot, s’évitant ainsi une partie de la voie express (et inversement le soir). « Je l’emprunte tous les jours pour aller faire mes courses au Super U, indique Georges, retraité résidant à La Vallée-du-Tir, au volant de sa petite voiture datant d’un autre âge. Pour moi, c’est plus sécuritaire. »

Affairé à décharger son camion, Patrice, chauffeur pour une grande brasserie nouméenne, a également pris l’habitude d’emprunter ce nouvel itinéraire : « C’est pour repartir vers le Nord que je le prends. C’est plus pratique que de s’engager dans le rond-point Berthelot. » Plus sécuritaire : Jean Brudi opine dans ce sens. Autres avantages, selon lui, depuis la mise en service : « La Vallée-du-Tir est moins touchée par la circulation aux heures de pointe. Et la VDO retrouve sa vocation : elle redevient prioritaire. Au final, les automobilistes gagnent environ 10 minutes entre Bonaparte et Berthelot. »

Si le pont semble peu fréquenté, il ne peut de toute façon plus jouer le rôle pour lequel il a été conçu au départ par l’ancienne mandature : compenser la fermeture du giratoire Berthelot (qui n’est finalement condamné qu’aux heures de pointe).

Encore 170 millions de travaux

Les critiques restent nombreuses : sa fréquentation, son coût, mais aussi son accès. Aux heures d’affluence, en effet, « ce n’est pas évident d’expliquer à nos nouveaux clients comment accéder à la zone commerciale ou comment retrouver la voie express quand ils repartent, explique Clément Muller, cogérant du magasin Mécamoto, dont l’atelier révise entre 150 et 200 deux-roues chaque mois. L’autre ennui, c’est l’état de la rue Frey : en deux-roues, ça pose souci pour arriver au magasin. Les clients viennent à l’atelier pour réparer leur deux-roues, pas pour l’abîmer davantage. »

La rue en question, trait d’union entre la voie Bernard-Laroque et la zone commerciale de Doniambo, doit être rénovée. Coût prévu : 145 millions. La tranche additionnelle n’est pas encore engagée car une portion de la voie est privée, appartenant à Mageco, mais les discussions sont toujours en cours. Toutefois, « ces travaux sont moins urgents car le rond-point n’a finalement pas été fermé », précise Jean Brudi. Seules dépenses prochaines : 25 millions de travaux de végétalisation qui débuteront en mars. L’addition devrait s’arrêter là : la destruction du giratoire a été économisée (650 millions), tout comme la passerelle piétonne qui devait enjamber la VDO (150 millions).

1,1 milliard de francs. 

C’est le coût de l’aménagement autour du pont Bernard-Laroque. A cette facture, s’ajouteront prochainement des travaux de végétalisation et, à moyen terme, la réfection de la rue Frey.

Commerces : deux mois de galère

Le giratoire devait être condamné, mais c’était sans compter sur les quelque 200 commerçants et travailleurs de la zone Doniambo qui sont montés au créneau, il y a un an, pour défendre leur activité économique. Dès le 12 février, la fermeture de Berthelot a été testée, à titre expérimental. L’impact sur la zone commerciale a été immédiat : « Notre chiffre d’affaires a baissé de 25 % en mars. Et cette perte est impossible à rattraper », se rappelle un commerçant. D’autres rapportent des pertes encore plus importantes. « Il faut être accessible au consommateur. Si on ferme le rond-point, c’est simple : on meurt. » La période de test, qui devait durer trois mois, a été arrêtée à mi-chemin et le giratoire a trouvé son plan de circulation définitif dès le 20 avril.

Photo : A. P.

A qui sert le pont entre Doniambo et La Vallée-du-Tir ?, Les Nouvelles Calédoniennes, 22 février 2016.

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