Le maire actuel de Bélep, Albert Wahoulo, juge qu’il n’a pas eu assez d’un mandat pour terminer son programme. C’est pourquoi il annonce son intention de briguer un nouveau mandat aux élections municipales.
Par Aude Perron
Les Nouvelles Calédoniennes : Quels enjeux préoccupent la commune à l’heure actuelle ?
Albert Wahoulo : Bien entendu, il y a un souci d’approvisionnement en ce moment puisque la barge est partie à la maintenance il y a trois semaines. Pour l’instant, nous arrivons à fonctionner car le Seabreeze a la place pour amener deux tonnes de produits de nécessité. On a encore un petit stock de carburant et de gaz. Ce n’est pas encore le système D.
Et à plus long terme ?
Nous sommes occupés avec la volonté de certains clans de rejoindre leurs terres ancestrales. La quasi-totalité de la population de Bélep est concentrée en baie de Waala. Les sept tribus sont collées les unes aux autres. Vous passez un poteau électrique et, hop, vous êtes dans une autre tribu. Alors si les clans veulent retrouver leurs terres, nous devons les accompagner. Deux clans veulent se réinstaller du côté est de l’île, en baie de Bwéo. Nous avons aménagé 24 lots, destinés à des jeunes de ces clans. Nous ferons la même chose à Païromé, au sud, et sur l’île Pott pour permettre aux clans de s’y réinstaller.
Quelles conséquences sur le budget de la mairie ?
Il faut amener l’eau et l’électricité vers ces futures habitations. L’eau a été acheminée pendant cette première mandature. Reste à électrifier. Pour cela, nous attendons les panneaux solaires que la commune de Hienghène va rendre au Fonds d’électrification rurale (FER), vu que le bouclage du Nord est maintenant chose faite. Nous devrions les avoir au premier trimestre 2014. Il est certain que l’éparpillement de nos administrés est lourd sur le budget de la commune. Pour cette année, 700 millions a été voté, soit 500 millions en investissements et 200 millions en fonctionnement. On peut s’attendre à ce que ce budget soit plus conséquent dans les prochaines années.
La pêche va-t-elle être relancée ?
L’association Anva La Bélep, qui a pris le relais à la fin de l’OGAF, est en veilleuse depuis que le SIVAP a fait fermer l’atelier de découpe de tazar. Mais la volonté de commercialiser notre poisson est toujours là. J’aimerais créer une SARL, avec un vrai gestionnaire à la tête de cet atelier de découpe et de conditionnement. Nous visons toujours le tazar ainsi que les poissons du lagon. Aussi, je crois toujours au potentiel de la coquille Saint-Jacques, même si les espoirs que nous avons placés dans un promoteur ont été déçus. La ressource est là et nous pouvons l’exploiter durablement.
Que faites-vous pour les Bélémas qui résident sur la Grande Terre ?
Ce sont nos administrés puisqu’ils sont encore inscrits sur nos listes. La population de Bélep s’élève à 1400 personnes et plus de 250 vivent sur la Grande Terre. Une grande partie d’entre eux résident au Mont-Dore où j’ai une permanence. Les Jardins de Bélep est un lotissement qui compte 200 Bélémas. Une cinquantaine d’autres est installée à la Roche Liane, juste après la tribu de Saint-Louis, au Mont-Dore. Ils sont là-bas pour le travail, mais ils ont conservé à Bélep leur champ, leur espace culturel à Bélep. Ils reviennent tout le temps.
Et pour les jeunes ?
Pour les jeunes qui sont en formation ou en stage sur le Grand Nouméa, je cherche actuellement du foncier pour créer un foyer des étudiants de Bélep. Après, il faudra trouver le financement pour cette opération.
Comptez-vous vous représenter en 2014 ?
Oui. J’ai initié des programmes et il faut les pérenniser. J’ai réalisé 80 % de mon programme, je souhaiterai réaliser le 20 % qui reste. En toute logique, je vais me représenter. Je pense avoir l’appui de l’équipe municipale qui m’entoure, de la population. J’ai même le soutien de mes homologues des communes du grand Nord. Je travaille déjà avec eux puisque nous avons des conventions avec des transporteurs pour nos scolaires aux collèges de Ouégoa, Poum et Koumac. Mais avec la Zodep Grand Nord, on va parler d’une véritable intercommunalité. Il y a nécessité de travailler ensemble.
Comment sera composée votre liste ?
En 2008, je me suis présenté sous la liste Fédération des comités de coordination indépendantistes (FCCI) « Bélep Responsabilité Partagée ». Il y avait le Palika, l’UC, l’UPM et le Parti Travailliste. Pour 2014, je souhaiterais encore une telle liste, c’est-à-dire indépendantiste et fédératrice plutôt que centrée sur un parti en particulier. Tout va dépendre de l’organisation interne de chaque parti. Mais dans une liste fédératrice, c’est l’intérêt de Bélep qui compte avant tout.
Biographie
Albert Wahoulo est né le 17 février 1958, à Belep. Vers l’âge de 11 ans, il part rejoindre ses parents adoptifs sur Nouméa. Il y poursuit ses études dans un collège d’enseignement technique jusqu’en 3e. En 1977, il s’engage dans la Marine française. Deux ans plus tard, il rentre au pays et rejoint les chantiers maritimes de Fadil à Nouville. En 1985, il intègre la mairie comme employé et en gravira tous les échelons, jusqu’au poste de secrétaire général. A partir des Événements, il commence à militer dans les rangs de l’UC. En 1991, il part à Besançon avec la promotion 400 Cadres. De 2005 à 2010, il représente l’aire Hoot Ma Whaap au Sénat coutumier, dont il devient président de 2007 à 2008. Il se présente aux municipales de 2008 et sa liste FCCI « Responsabilité Partagée » remporte 55 % des suffrages et 8 sièges contre 15.
Albert Wahoulo : « Terminer mon programme », Les Nouvelles Calédoniennes, 12 octobre 2013.

