Un port plein de promesses

Hier, Bélep inaugurait son tout nouveau port. En lieu et place du wharf datant d’un autre âge, un équipement qui promet de désenclaver l’archipel et son millier d’âmes en améliorant la desserte.

Par Aude Perron

« Vous ne pouvez pas imaginer comment c’était avant. On avait les vestiges d’un wharf. » A écouter Rudy Dumortier, capitaine du Seabreeze, c’est difficile à croire en effet. Quand son bateau a commencé à faire des rotations entre les îles Bélep et la Grande Terre, à partir de 2007, le wharf de la baie de Waala était en piteux état : pas de bitte d’amarrage et un ponton en bois détérioré. « Il ne restait que l’ossature. Les gens marchaient sur les barres en métal. C’était vraiment dangereux », poursuit-il. 

Aujourd’hui, le portrait est tout autre. Avec sa structure métallique et son platlage en béton armé (30*7 mètres avec une passerelle de 85 mètres), il est dimensionné pour recevoir des bateaux de la taille d’un petit caboteur. « C’est la structure la plus adaptée pour résister aux aléas climatiques. Cet ouvrage devrait durer une cinquantaine d’années », précise Ali Karimi, directeur de l’aménagement, à la Province. Coût de l’équipement : 596 millions, financé à même le contrat de développement 2006-2010 (Etat : 44 % et Province : 56 %)

« Ce nouveau wharf va permettre les échanges au niveau économique et social, pour les gens de Bélep et les visiteurs, a déclaré Daniel Poigoune, de l’exécutif de la Province, lors d’une première coutume à la chefferie de Dau Ar. Nous savons que vous l’attendez depuis longtemps. » Les premières études remontent à 2006, en effet. Et si les travaux de reconstruction se sont étalés sur 2010 et 2011, des aménagements supplémentaires ont été réalisés l’an dernier, à savoir un nouveau quai d’accostage et une mise à l’eau en béton. 

Avec leur sens de l’accueil, les Bélémas ont fait les choses en grand pour recevoir les invités de la Grande Terre – élus, coutumiers, représentants de collectivités, entreprises et familles : coutumes, danses, chants, mise en terre d’essences locales, repas et discours ont ponctué la journée de fête. Mais plus que l’amélioration de la desserte, ce sont les liens entre l’archipel et la Grande Terre qui ont été soulignés. Ces liens se vivent au quotidien à travers les déplacements des scolaires et des familles, ainsi que les malades suivis sur Koumac, notamment.

« Ce nouveau wharf est un équipement très important pour une population excentrée comme nous. Il va créer plus de cohésion sociale, développer le sentiment d’appartenance, de solidarité et de vivre ensemble », a souligné le premier édile de la commune de Bélep, Albert Wahoulo. Son homologue à la mairie de Koumac Wilfrid Weiss abonde dans le même sens. « Il y a beaucoup de liens entre Belep et Koumac car déjà, il s’agit de la même aire coutumière, Hoot Ma Whaap. Et il y en aura d’autres dans le futur, commerciaux ceux-là, si nous parvenons à remettre en place le traitement du poisson, par exemple, ou faire du traitement des fruits de mer. » Le maire souhaiterait également trouver une solution d’hébergement pour les Bélémas qui n’ont pas de point de chute sur Koumac lors de problèmes de liaison ou en cas d’avarie du Seabreeze. Il cherche actuellement un montage financier pour construire un bungalow de 14 places, dont la gestion serait confiée à la commune. « Nous sommes vraiment solidaires de Belep », a-t-il conclu.

Trois questions à Michel Sallenave, commissaire délégué de la République, en province Nord

Que pensez-vous de cet équipement ?

C’est un ouvrage essentiel pour la continuité territoriale. Il va permettre de maintenir des liens entre Belep et la Grande Terre, pour la famille, pour les scolaires, pour suivre des soins. Il ouvre aussi le champ des possibles puisqu’il va rendre plus facile l’acheminement de matériaux, pour différents projets comme celui d’un lotissement tribal en baie de Bweo. C’est un préalable à la vie et au développement de l’île. C’est une promesse pour l’avenir.

Et des équipements dans le Nord en général ?

Je trouve que les communes ont un assez bon niveau d’équipement de façon générale, dans la culture, le sport, les loisirs, par exemple. En revanche, il y a de grands besoins en matière d’infrastructures de base, telles que la voierie, l’eau potable, l’assainissement, l’électricité et les déchets ménagers.

Comment y remédier ?

L’État intervient au niveau financier grâce aux contrats de développement. Pour 2011-2015, la contribution de l’Etat s’est élevée à 15 milliards de francs pour un coût global de projets de 22 milliards. C’est un effort significatif. Mais l’État intervient aussi sur le plan technique et réglementaire, par le biais du Service technique d’assistance aux communes (STAC), situé à notre antenne de Poindimié. Ce service intervient principalement sur la côte Est car les besoins y sont plus importants. Il soutient la maîtrise d’œuvre et la maîtrise d’ouvrage pour mieux dimensionner les ouvrages, en termes de fonctionnement et d’investissement. C’est une façon d’optimiser l’argent public, autant celui de l’Etat que de la Province.

Photo : A. P.

Un port plein de promesses, Les Nouvelles Calédoniennes, 11 octobre 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *