Faute de barge, les commerces et les habitants se débrouillent tant bien que mal avec le fret aérien et le catamaran Seabreeze. Mais après sept semaines en maintenance, la Béléma Nénéma revient aujourd’hui.
Par Aude Perron
C’est chaque année la même chose : un fois l’an, la barge Béléma Nénéma qui ravitaille l’archipel au départ de Poum, part en maintenance sur Nouméa. Une affaire de quatre semaines, normalement, où le bateau, en cale sèche, est examiné sous toutes ses coutures. Sauf que cette fois-ci, l’entretien a pris du retard. « Nous avons eu du mauvais temps et avons dû attendre l’arrivée d’un expert. Nous avons aussi découvert des travaux supplémentaires, qui auraient dû être faits par le précédent opérateur », explique Pierre Dongoc, directeur technique à la Sowemar, qui opère la barge depuis le début de l’année.
Mais pour les commerçants, livrés le 30 août pour la dernière fois, l’attente est longue. « C’est chaque fois la même histoire, résume sans perdre son sourire Mickaella, de l’un des trois commerces de la commune. C’est nous qui devons nous débrouiller pour faire venir les produits de nécessité pendant ce temps. Maintenant, avant que la barge parte à l’entretien, j’essaie de faire des stocks. » Dans son magasin cependant, on ne peut pas dire que les étagères débordent : pas de frais, de congelé, de pain ou d’eau embouteillée. Quelques rares paquets de farine – au prix fort, comme n’importe quel produit vendu sur Bélep – qui, trouveront preneur dès que le mot se sera passé. Mickaella se fait livrer un peu de marchandise par le Seabreeze qui a deux tonnes de place. Et fret aérien pour les produits plus légers. Des coûts en plus, alors que son chiffre d’affaires, aurait baissé, estime-t-elle, d’environ 10 %.
Dans son gîte, Jocelyne a reçu cinq visiteurs la semaine dernière, en demi-pension. Elle a toujours pu mettre de la nourriture à table – salade, poisson grillé, riz, manioc, papaye – mais « le pain manque car il n’y a pas de farine, confie-t-elle. L’eau en bouteille aussi : je ne propose pas celle du robinet aux visiteurs, juste au cas, parce qu’elle n’est pas traitée. » A la mairie, « ce n’est pas encore le système D, rassure le maire Albert Wahoulo. On a encore un petit stock de carburant et de gaz. S’il devait nous en manquer, nous pourrions puiser exceptionnellement dans le stock de carburant d’Enercal. »
Douze millions de travaux plus tard, la barge revient aujourd’hui, après sept semaines d’absence. Mais aux critiques qui souhaiteraient un navire suppléant, Pierre Dongoc se défend : « En cas d’avarie, nous avons deux semaines pour trouver un autre bateau et nous avons le Pikinini. Il n’y a pas cette exigence en cas d’entretien. Et nous avons signalé le départ de la barge dès le mois de juillet. » Une rotation supplémentaire a même été organisée. « Exception faite pour cette rotation ponctuelle, nous avons tourné presqu’à vide pendant le mois d’août, déplore-t-il. Il faut que les gens anticipent mieux. » A bon entendeur pour l’an prochain.
Photo : Archives LNC
Le retour de la barge, Les Nouvelles Calédoniennes, 17 octobre 2013.

