Amiante, l’ennemi invisible

La Direction du travail et de l’emploi (DTE) a tenu une séance d’information sur les risques liés à l’amiante dans les entreprises et la façon de les réduire. Un gros chantier en perspective, mais la dynamique est déjà à l’oeuvre.

Par Aude Perron

Les photos défilent les unes après les autres. Ici, dans un lycée de Nouméa. Là, chez un particulier à Ouaco. Là encore, dans un commerce à Ducos. C’est sans fin. Le point en commun de ces endroits si différents ? L’amiante. En ce mercredi matin, la DTE, la Cafat et un bureau d’expertise sont réunis pour sensibiliser les entreprises du Nord à mieux prévenir le risque d’exposition à l’amiante. Comment mettre en oeuvre la prévention de ce risque ? Comment protéger ses travailleurs ? Organiser ses chantiers ? Rédiger son plan ?

Signe que le sujet interpelle, une cinquantaine de participants étaient présents. Parmi eux, Solange Rey, responsable des affaires chez Cegelec, un sous-traitant de l’usine du Koniambo. « Sur le site, nous devons porter des masques jetables et, dans une partie de l’usine, des masques avec filtre à cartouches. C’est Koniambo Nickel qui nous a incité à développer notre propre plan amiante. Ils font aussi leur part en arrosant régulièrement. Il y a beaucoup de prévention de leur part. »

Mais force est de constater que la sensibilisation est surtout à faire chez les artisans et les entreprises plus modestes. « Les travailleurs sur nos chantiers sont surtout exposés à l’amiante environnemental, mais on n’a rien pour les protéger, confie Donald Soekir, directeur des opérations à Teasoa, opérateur d’habitat social de la Province Nord depuis 30 ans. Pour l’instant, ils sont très peu au courant des risques, mais un jour, j’aurai des chauffeurs ne voudront plus rouler sur les pistes là-haut. »

Une dynamique pour éviter d’en arriver est déjà enclenchée dans les institutions. La Cafat propose des aides financières aux entreprises comptant moins de 100 salariés pour faire l’acquisition de matériel visant à éliminer, au moins réduire, l’exposition à l’amiante : dispositif de pressurisation des cabines d’engins, aspirateur à filtre absolu, masque complet à ventilation assistée, unité mobile de décontamination, etc. L’aide peut aller jusqu’à 50 % du montant de l’investissement. 

A cela s’ajoute la réglementation qui sera précisée : « Pour l’instant, les entreprises ont une obligation de résultats et non de moyens, en matière de prévention, explique Philippe Dimaggio, chef du service prévention des risques professionnels à la DTE. On va définir les moyens à mettre en oeuvre, ce qui va faciliter la rédaction des plans de prévention, le contrôle de l’inspection du travail, entre autres. » Objectif de cette évolution réglementaire : 2015. 

« Avec l’effet retardé de l’exposition à l’amiante, c’est en 2047 que nous aurons atteint le pic d’apparition des pathologies, explique Philippe Dimaggio, chef du service prévention des risques professionnels à la DTE. En attendant, il nous reste 33 ans de prévention à faire. Il y a un grand sérieux à mettre autour du sujet. »

Trois questions à Olivier Le Scanf, Kawana Conseil

En Calédonie, le gros souci, c’est l’amiante environnemental ? Pourquoi ?

Ici, l’amiante se trouve dans l’environnement naturel, mais il est aléatoire dans sa localisation et sa concentration. Dans ces conditions, difficile de déterminer le tracé d’une route ou d’une conduite d’eau, par exemple. Un géologue peut donner une probabilité d’amiante, mais c’est tout. Donc la règle de base, c’est de se protéger en tout temps et de travailler à l’humide. On a tout de même de la chance en Calédonie car le sol et la roche sont humides. Mais dès qu’on sèche le minerai, on est forcément exposé.

Réduire son exposition à l’amiante est-il un investissement important ?

Les entreprises n’ont pas toutes les moyens d’investir de gros équipements. Mais on peut déjà faire preuve de bon sens, comme réduire au strict minimum les travailleurs qui seront exposés, ne pas travailler avec le vent de face, ou profiter de la rosée, le matin, pour travailler à l’humide, par exemple. En réorganisant son chantier, on peut réduire les risques d’exposition. 

La Calédonie est-elle bonne élève ?

Le problème de l’amiante est complexe : on travaille sur de l’invisible et les effets de l’exposition sont très retardés, jusqu’à 40 ans ! Les entreprises se disent aussi que ça fait des années qu’elles travaillent d’une telle façon, alors pourquoi changer ? Ceci dit, cela commence à bouger. Il y a cinq ans encore, on disait qu’il n’y avait pas d’amiante dans le minerai. Aujourd’hui, le débat n’est plus là. Les grandes entreprises sont montées en compétences, elles agissent sur le sujet et ce faisant, elles entrainent leurs sous-traitants, en leur demandant d’avoir un plan amiante. Il n’y a que comme ça que cela va fonctionner.

Légende : Au col d’Amos, les employés du GIE BTP Côte Est ont dû opérer en revêtant des équipements spéciaux sur les zones amiantifères.

Photo : Ivan Cotignola

Amiante, l’ennemi invisible, Les Nouvelles Calédoniennes, 25 juillet 2014.

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