Être bien dans ses racines

Le Réunionnais Danyèl Waro était en résidence avec les musiciens du département des musiques traditionnelles et des chants polyphoniques océaniens du Conservatoire. Une rencontre artistique dont le fruit est présenté ce soir à Pomémie.

Par Aude Perron

Depuis lundi, sur la scène du Conservatoire de musique de Koné, dans un petit cercle qui invite à l’échange, les musiciens cherchent. On tâte du bambou, on lance un coup de voix, on s’essaie au sati, la mélodie vient, elle part, puis revient, au gré des tentatives pour donner un tout. Ce tout, c’est le fruit d’une rencontre entre le kanéka et le maloya, la musique traditionnelle de la Réunion. Son ambassadeur, Danyèl Waro, est sur le territoire depuis une semaine, en compagnie de ses quatre musiciens et, après le centre culturel Tjibaou, se produira ce soir au centre culturel Pomémie, puis à Canala demain soir. 

En première partie du concert, donc, le résultat de cette petite résidence musicale avec six membres du Département des Musiques Traditionnelles et des Chants Polyphoniques Océaniens (DMTCPO) du Conservatoire de musique. « On ne sait pas si on va y arriver, confie modestement Georgy Touyada, responsable du DMTCPO. Mais trouver n’est pas l’objectif, c’est chercher ensemble. Quand on a des musiciens qui arrivent de l’extérieur, on veut échanger avec eux. Ce qu’on va pouvoir raconter après, c’est l’expérience qu’on aura vécu ensemble. » Danyèl Waro est sur la même longueur d’ondes : « Quand je voyage, je demande toujours à rencontrer des musiciens. C’est surtout vrai en Calédonie, en raison de l’histoire politique que j’ai toujours suivi de loin. Il y a un rapprochement à faire ici, musicalement et sur d’autres plans aussi. »

Au programme, un « mélange de couleurs sans se prendre la tête ». Cela donne un morceau d’ici, « Le pigeon vert », avec des instruments réunionnais et la voix claire de Danyèl Waro qui s’essaie au nyelâyu, la langue d’Arama, Tiari, Balade et Bélep. Dans ce métissage musical, le chanteur a découvert ou retrouvé des instruments : « Le bambou, c’est magique, même si je le connaissais déjà ! Je découvre ici l’utilisation des plumes et des feuilles pour créer des sons. C’est beau de voir le végétal dans la musique. L’homme et la nature s’harmonisent pour faire quelque chose de poétique. Je suis pour les choses simples, sans dépendre d’un commerce ou de l’arrivée d’un bateau. »

De son côté, Georgy Touyada redécouvre également ces sons traditionnels : « Nous sommes beaucoup en recherche en ce moment sur les instruments de percussions. Les plumes, les feuilles : leur utilisation a disparu avec la colonisation. Savoir qu’à La Réunion, la musique traditionnelle était considérée comme celle du diable et voir ce que Danyèl fait avec le maloya, cela nous rassure. Avec des recentres comme celle-ci, on se reconstruit ensemble et on est plus fort. » Le Réunionnais abonde dans ce sens : « Ici on sent le tiraillement entre la tradition et la modernité. Les gens veulent être bien avec la coutume, mais ils veulent également être dans le coup. Pour bien gérer la modernité, il faut être bien dans ses racines. »

Photo : A. P.

Être bien dans ses racines, Les Nouvelles Calédoniennes, 31 juillet 2014.

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