Cette nuit, All Blacks et Wallabies s’affronteront pour un titre de champion du monde de rugby. Le choc aura lieu à Londres, mais les supporters sont déjà en ordre de bataille dans le Pacifique. Car même s’ils ont beaucoup de points communs, les deux frères n’en sont pas moins rivaux. La compétition, amicale mais souvent vive sur les terrains de cricket ou dans les mêlées, s’étend à tous les domaines. Les Nouvelles comptent les points. Dossier réalisé par la rédaction.
Cinéma : Mad Max vs Frodon
S’il y a de grosses productions qui ont sans aucun doute marqué le cinéma mondial, elles ont été tournées à quelques milliers de kilomètres de chez nous. Le Seigneur des anneaux et la saga du Hobbit ont permis aux cinéphiles de découvrir les paysages époustouflants de la terre du Milieu, filmés par les caméras du réalisateur né à Wellington, Peter Jackson.
Les Kiwis ont d’ailleurs surfé sur la popularité de ces films et en ont fait un business très lucratif. Les studios Weta, avec Frodon, Bilbon et Gandalf sont devenus une référence mondiale en matière d’effets spéciaux. De l’autre côté de la mer de Tasman, l’univers postapocalyptique de Mad Max réalisé par l’Australien George Miller jouit de la même popularité dans le monde. Et cela dure depuis plus de trente-cinq ans !
Difficile de dire qui l’emporte lorsqu’on parle de grosses productions. Et c’est sans compter le film désormais culte de la réalisatrice néo-zélandaise Jane Campion, qui en 1993 marquait les esprits avec La leçon de piano ; ou encore les aventures de Crocodile Dundee dans le bush australien…
Bref, comme au rugby, le jeu est similaire. Si l’industrie du cinéma des Aussies est bien plus riche, les Kiwis se démarquent par quelques coups de génie. Match nul !
Etudes : les terres d’accueil
Stages de langue, études supérieures, permis vacance travail ou simple road-trip en sac à dos… Pour les jeunes Calédoniens, les deux grands voisins anglophones sont des terres de découverte. Historiquement, c’est l’Australie qui accueille le plus d’étudiants du Caillou.
Et elle entend continuer à le faire : depuis les années 90, 350 jeunes Calédoniens ont profité d’une bourse et 18 détenteurs des très prisés « Australia Awards » étudient actuellement dans les facs de l’île-continent. Mais les universités néozélandaises, à l’offre toujours plus riche, ne sont pas en reste : là aussi les bourses existent, comme les modules de mise à niveau linguistique, qui connaissent un grand succès auprès des Calédoniens. « Parce qu’on a un Anglais plus pur que les Australiens », sourit-on dans l’administration consulaire. Quant aux Cagous qui préfèrent trouver chez les Kiwis et les Aussies un job d’été plutôt qu’une formation, leurs expériences souvent réussies, parfois désastreuses, s’étalent fréquemment sur les réseaux sociaux.
Si les démarches des working holidays sont plus aisées vers l’Australie, c’est la Nouvelle-Zélande qui semble gagner à l’applaudimètre. « Les boulots sont souvent moins industriels, explique une ancienne participante, on a plus le temps de faire des rencontres. »
Investissement : la NZ vend bien ses atouts
Avec une forte croissance démographique, une fiscalité très attractive pour les étrangers (qui disposent des mêmes droits que les Néo-Zélandais), pas d’impôt sur les plus-values et des prix du marché raisonnables, la Nouvelle-Zélande sait vendre ses charmes à ceux qui disposent de suffisamment d’argent et d’envie pour investir. A telle enseigne que des agences spécialisées dans la vente de biens immobiliers kiwis pointent le bout de leur nez à chaque salon de l’immobilier en Nouvelle-Calédonie. La preuve que la recette est efficace et que la demande est bien présente ? Sur la soixantaine de biens achetés chaque année par les Calédoniens, 10 % seulement des achats concernent des résidences secondaires, le reste du rendement locatif.
Même si les cours du dollar NZ peuvent donner une certaine amplitude aux prix, encore faut-il en avoir les moyens. Et si vous n’avez pas de plafond ni de limites, l’appartement à Sydney est aussi une solution. Bilan des courses : la Nouvelle-Zélande.
Shopping : où trouver chaussure à son pied ?
Pour les Calédoniens en manque de shopping, où donc faire sa thérapie et alléger son portefeuille dans un immense soupir de soulagement ? Selon Susan Cunningham, fan de shopping devant l’Eternel, l’expérience est nettement plus conviviale chez les Kiwis, son pays d’origine. « L’expérience est bien plus personnelle en Nouvelle-Zélande. Nous avons plus de petites boutiques avec des choses uniques, un peu kitsch ou funky. Souvent, quand il s’agit de créations originales, c’est carrément le créateur qui tient la boutique. Et là, tu vas avoir toutes les explications et toutes les anecdotes », explique cette Nouméene d’adoption depuis maintenant quinze ans. Et d’ajouter : « Et comme nous sommes plus « friendly », le service est meilleur ! » Le tacle ! A l’opposé du ring, dans cette lutte féroce, sa rivale, Tamara Sommers, n’a pas son pareil dans le sport, le pratiquant avec ferveur. Son mémoire de maîtrise portait sur les grands magasins à Paris et sa thèse de doctorat, sur le magazine Vogue. « Il y a une grande diversité de magasins en Australie : tu peux avoir des créations dernier cri, très originales, mais aussi toutes les grandes marques. Et comme la plupart des grandes marques ont des magasins d’usine en ville, tu peux faire de bonnes affaires : vêtements, literie, articles de maison, décoration. » Et d’enfoncer le clou : « Nous avons aussi à Melbourne le centre Chadstone, le plus grand centre commercial de tout l’hémisphère Sud ! » Australie : un point.
Tourisme : grands espaces et parc d’attractions
Grands espaces ou grands espaces ET parcs d’attractions ? Tout dépend du type de vacances que vous recherchez, mais ce match-là pourrait se jouer à peu de chose. Si vous avez des enfants, la Gold Coast et ses nombreux parcs d’attractions est la destination idéale. L’Australie vous permet de profiter en plus de paysages grandioses. Tellement grandioses et immenses qu’il vous faudra prendre l’avion pour vous déplacer.
C’est sur cette partie du jeu-là que la Nouvelle-Zélande peut reprendre l’avantage, avec un moyen de locomotion ultra-prisé des touristes : le camping-car. Pour prendre le temps d’apprécier plaines champêtres et montagnes aux sommets enneigés. Et une culture du peuple premier de chaque pays à découvrir dans les deux cas, parfois très mise en scène en Nouvelle-Zélande… mais aussi de la vieille pierre, héritage de l’histoire coloniale qui a marqué les deux pays. Bref, il y en a pour tous les goûts.
Pour ce qui est du prix du billet d’avion, là encore, balle au centre. Pour les deux destinations, les premiers prix sont à 45 000 francs. Avec, une fois sur place, un désavantage aux prix de l’hôtellerie australienne, aux tarifs un peu plus élevés que ceux des Kiwis. Bilan : match nul.
Musique : l’électrique et l’indépendant
Voilà un domaine où l’Australie a toujours eu l’art de se faire entendre. C’est que la grande fille du Royaume-Uni est aussi fan des Etats-Unis, et ses deux mentors s’arrachent ses artistes depuis des lustres. A tel point qu’on en oublierait presque leurs origines : qui se rappelle que les Bee Gees ont éclos à Brisbane en 1962 ? Mais c’est bien le rock qui va donner son timbre à l’île continent : fin 70, les débraillés d’AC/DC, au blues sauvage et terre à terre, sont les précurseurs d’une vague d’Aussies qui côtoieront les plus grands dans les charts internationaux.
Midnight Oil, INXS, Nick Cave, Men At Work ou Flea restent les ambassadeurs électriques du pays. Le succès pop de Kylie Minogue, et des percées plus récentes de Tame Impala, The Vines ou de la rappeuse Iggy Azalea confirment un savoir-faire pour les succès populaires. Et la Nouvelle-Zélande ? Comme partout, elle cultive sa différence. A quelques exceptions près, comme les rockeurs de Split Enz, les musiciens kiwis préfèrent la scène indépendante, très active, au Top 50. Mais l’offre du pays ne cesse de se développer. Si Lorde et ses trois millions d’albums vendus en est la figure de proue, Fat Freddy’s Drop, ou House of Shem côté reggae, Connan Mockasin ou Die ! Die ! Die ! côté rock, ou encore les inclassables Flight of the Conchords prouvent que les Kiwis peuvent s’imposer sur toutes les scènes. Avantage Australie toutefois.
Animaux : dangerosité et endémisme
D’un côté, le top 10 des animaux les plus dangereux est à en faire pâlir plus d’un. De l’autre côté, en Nouvelle-Zélande, on ne trouve aucun prédateur et des espèces uniques… En Australie, les chiffres sur la faune donnent le tournis : 378 mammifères, 4 000 poissons, 140 espèces de serpents et environ 50 sortes de mammifères marins. S’il est souvent compliqué de les admirer, les nombreux zoos et parcs naturels vous permettront de les observer de près.
En face, la Nouvelle-Zélande peut aussi se targuer d’avoir une faune tout à fait exceptionnelle. Et, un conseil, pas touche au kiwi, l’emblème du pays. Cet oiseau nocturne dont les ailes atrophiées l’empêchent de voler n’existe que chez notre voisin néo-zélandais. Une vraie mascotte ! Là aussi, le pays n’a pas à rougir de son ennemi australien puisque plus de 20 % du territoire est couvert de parcs nationaux, forêts et réserves. Mais les deux nations se différencient sur bien des points. Sur la dangerosité des espèces, par exemple. En Australie, attention à la « méduse-boîte » (l’animal serait le plus venimeux au monde), au serpent Taïpan, qui n’existe que dans les déserts du sud-est (lui aussi le plus venimeux du monde) ou encore la très dangereuse araignée « veuve noire d’Australie ».
Si tout cela vous donne des frissons, pas de panique. Vous n’avez qu’à opter pour un billet d’avion direction le pays du Seigneur des anneaux. Pas d’animaux dangereux et une faune riche et endémique. Cachalots, baleines, manchots, moutons, pukeko (grosse poule), tuatara (reptile à bec), kéa (perroquet de montagne) ou kereru (pigeon au plumage blanc et vert), la liste est longue.
Une particularité : en l’absence de prédateurs, certaines espèces d’oiseaux ont cessé de voler. Chez les Wallabies, il n’y a pas que des espèces mortelles. Au contraire, le pays est aussi mondialement connu pour ses kangourous, koalas, dingos et wombats.
Pavlova, polémique en cuisine
Avec sa corolle de meringue, son nappage de crème fouettée et son topping de fruits frais, la pavlova – ainsi baptisée en l’honneur de la ballerine russe Anna Pavlova, en tournée dans la région en 1926 – semblait un mets inoffensif, si ce n’est pour le tour de taille.
Le dessert est pourtant devenu une pomme de discorde entre Australiens et Néo-Zélandais, qui n’hésitent pas à convoquer la mémoire de l’arrière-grand-tante et les scientifiques afin de statuer sur la controverse majeure qui oppose les deux pays, à savoir : lequel des deux a inventé la pavlova ?
D’après Helen Leach, anthropologue culinaire à l’Université de l’Otago, la première recette a été publiée en 1929, dans un magazine rural kiwi. Objection du côté de Canberra, qui prétend qu’une femme de lettres australienne aurait acté la recette de la « meringue avec fruits » dès 1926. Ainsi de suite jusqu’à ce qu’un duo de chercheurs (des deux pays) déclare, mi-octobre, que « l’idée que la pavlova a été inventée en Nouvelle-Zélande ou en Australie est une fiction totale ».
Une prise de position qui a eu le mérite de rapprocher les partisans de chaque camp, qui voient là une erreur scientifique majeure. Il n’en reste pas moins que l’honorable Oxford English Dictionary a tranché, en 2010 : la première trace écrite de la recette mène à la Nouvelle-Zélande.
Paysages, entre mer et montagne
Jungles tropicales contre grands lacs, déserts face aux glaciers, terre ocre contre rivières émeraude… Aussi spectaculaires que préservés, les panoramas que nous offrent ces deux pays sont à couper le souffle. Alors, comment les départager ? Cela dépendra de vos goûts…
Vous êtes plutôt du genre à enfiler vos crampons et à crapahuter sur une mer de glace ? Alors là, sans aucun doute, la Nouvelle-Zélande transforme l’essai. Le pays compte environ 200 sommets dont une vingtaine dépassent même les 3 000 mètres. Les stations de sports d’hiver de Cardrona et de Treble Cone vous offriront de belles journées de glisse. En revanche, si vous préférez parcourir les étendues désertiques, alors l’Australie passe un drop entre les poteaux sans aucune difficulté. Le fameux mont Uluru, les dômes de Kata Tjuta, mais aussi Kings Canyon et la chaîne montagneuse McDonnell Ranges vous combleront. Quittons un instant la terre ferme pour l’océan.
Chez les Wallabies, les spots de surf sur la route de Great-Ocean-Road dans le Victoria seront de formidables cartes postales. Mais la Nouvelle-Zélande ne s’avoue pas vaincue.
Chez les Kiwis, la plage se déguste autrement. Plus naturelle, plus variée, elle a de nombreux atouts. Entre les deux adversaires du jour, c’est un score parfaitement identique !
Consul contre consul
Les Nouvelles calédoniennes : Cette finale, c’est l’occasion de régler des comptes ?
Paul Wilson (consul d’Australie) : C’est vrai qu’il y a une grande rivalité entre l’Australie et la Nouvelle-Zélande, dans tous les champs sportifs, et plus particulièrement le rugby. Mais elle est amicale : nous sommes de très proches partenaires économiques et nous partageons une histoire. Je pense que cette finale est surtout une occasion unique de célébrer le rugby, pas seulement entre nos deux pays, mais dans tout le Pacifique.
Le cœur des Calédoniens balance… Pourquoi soutenir les Wallabies ?
Ce qu’il faut voir, c’est que la progression de l’équipe australienne a été extraordinaire, particulièrement dans la mêlée. Et c’est pour ça que je pense que les Calédoniens doivent la soutenir. C’est une équipe pour qui les dernières années ont été très difficiles, et qui a fourni beaucoup d’efforts pour en être là.
Quel est votre All Black préféré ?
Sans doute Richie McCaw [le capitaine des All Blacks, NDLR]. Il en est à sa 148e sélection, quel exploit ! Et quel joueur !
Le rugby à XV n’est pas le sport le plus populaire chez vous. Une finale, c’est quand même important ?
C’est vrai que ça n’est pas notre premier sport. On a « l’aussie rules » par exemple, qui est très populaire. Mais comme le foot, le rugby est un sport mondial. C’est celui qui nous donne l’occasion de tester nos qualités avec toutes les équipes de la planète, c’est vraiment un sport magnifique.
Les Nouvelles calédoniennes : Cette finale, c’est l’occasion de régler des comptes ?
Justin Fepuleai (consul de Nouvelle-Zélande): Les deux équipes ont joué admirablement bien, et c’est logique qu’elles se rencontrent pour décider qui est la meilleure du monde. Les All Blacks prennent les choses très au sérieux, mais il y a beaucoup de respect pour les Australiens – comme pour les Bleus. Ça sera serré, les Australiens ont battu les Blacks à Sydney cette année. Mais quelle que soit l’issue, nous sommes fiers que l’hémisphère Sud impose sa suprématie dans le rugby.
Le cœur des Calédoniens balance… Pourquoi soutenir les All Blacks ?
Ici, je vois beaucoup de maillots des All Blacks et des fougères sur les voitures, alors j’espère que les Calédoniens les soutiendront. On ne peut être qu’admiratifs de la stratégie de jeu des All Blacks : le rugby moderne ne se joue plus à quinze mais à vingt-trois, et on a vu tout au long de la coupe du monde que l’impact des joueurs de réserve dans les vingt dernières minutes est décisif.
Quel est votre joueur préféré chez les Wallabies ?
David Pocock. Il est très fort, très athlétique, et il joue sans peur. Et surtout il a une excellente réputation hors du terrain, un vrai gentleman.
Pourquoi le rugby est-il si important en Nouvelle-Zélande ?
C’est notre sport national, il fait partie de notre histoire, et de notre culture. Et il rassemble tout le peuple : riches et pauvres, ruraux ou urbains, les Maoris, les Européens, ceux qui sont issus du Pacifique, comme de Tonga ou des Samoa.
Illustration : Thierry Perron et D. R.
Australie-Nouvelle-Zélande, l’autre match, Les Nouvelles Calédoniennes, 31 octobre 2015.

