La tribu de Bopope, rattrapée par le retard de la saison des pluies et confrontée à un réseau de distribution d’eau de fortune, a érigé un barrage filtrant en travers de la Koné-Tiwaka, hier matin. Les habitants exigent du Sivom de l’eau potable, et de manière durable.
Par Aude Perron
Hier matin, exception faite des véhicules d’urgence, personne ne pouvait emprunter la transversale Koné-Tiwaka pour se rendre d’une côte à l’autre. À la hauteur de la tribu de Bopope, plusieurs dizaines de manifestants, banderoles à l’appui, bloquaient la route pour demander un ravitaillement en eau digne de ce nom. Ils adressaient tout particulièrement leurs doléances au Syndicat intercommunal à vocations multiples (SIVOM), la structure responsable de distribuer et assainir l’eau dans la zone Voh-Koné-Pouembout. « On n’est pas méchant, assure Simon Poani, membre du conseil des clans de Bopope. Tout ce qu’on veut, c’est de l’eau. »
La tribu est ravitaillée en eau par un système de pompage, une solution temporaire. Le hic, c’est qu’elle est inadaptée : en raison de la saison des pluies qu’on attend toujours dans ce coin de la province Nord, la pompe peine à puiser dans la nappe, exsangue. Du coup, l’eau tirée est mélangée à de la boue. C’est l’Association des parents d’élèves de l’école de Bopope qui a tiré la sonnette d’alarme, se plaignant que l’eau était impropre à la consommation. Pour pallier au problème, des camions-citernes viennent approvisionner les habitants de la tribu. Mais c’est un symbole qui est loin de plaire. « Le camion-citerne, on n’en veut plus ! », tranche Simon Poani.
Loin de faire la sourde oreille, Joseph Goromido, maire de Koné et président du SIVOM, ainsi que son directeur, Lionel Guillemenot, sont allés à la rencontre des manifestants en matinée et les rassurer que le dossier avançait. « J’avais fait inscrire une nouvelle tranchée drainante au budget du SIVOM, explique Lionel Guillemenot. Mais les habitants de Bopope n’étaient informés de tous ces détails. » On a donc remis les pendules à l’heure et les manifestants ont levé le barrage.
Cette nouvelle tranchée, qui devrait ravitailler la tribu de manière plus durable, cela fait plusieurs années que les habitants de Bopope l’attendent. Elle doit remplacer un drain qui, placé à un endroit inapproprié de la rivière, s’est fait emporter par une crue, il y a trois ans. L’appel d’offres a traîné. Mais si l’on se fie au SIVOM, cette fois-ci sera la bonne : dans le courant de la semaine prochaine, un appel d’offres pour la construction de ce nouveau drain sera lancé.
Mais tout cela prendra du temps et les habitants de Bopope semblent au bout de leur patience. « Vendredi prochain, s’il n’y a pas une goutte d’eau à la tribu, on bloque de nouveau la transversale », avertit Simon Poani. Au SIVOM, on est conscient qu’une autre solution temporaire s’impose, en attendant l’issue de l’appel d’offres et le début des travaux. C’est pourquoi, un captage d’eau, situé à quelques kilomètres au nord de la tribu, sera réhabilité. Le syndicat s’engage à remettre en état la piste de l’ancien captage et fournir les conduits et les raccords pour alimenter en eau la tribu. Cela représente un investissement de quelque 3 millions de francs, que le SIVOM puisera dans son budget provisionnel. « La commande sera faite demain matin et lundi, un camion de la commune viendra livrer du matériel », assure Lionel Guillemenot. En tout, ce sont deux kilomètres de conduits qui seront mis en place, tout cela, avec l’aide des habitants de Bopope qui se sont engagés à prêter main forte au SIVOM. « On va s’occuper des fuites, dit Simon Poani. On est prêt à travailler avec eux. »
Photo : A. P.
Bopope exige une solution potable, Les Nouvelles Calédoniennes, 9 avril 2010.

