Avec les accords interprofessionnels, l’oignon local a gagné en qualité et son prix est à peu près stable tout au long de l’année. Et d’après les chiffres, les consommateurs le lui rendent bien. Un tiers des oignons consommés sont produits sur le Caillou.
Par Aude Perron
La portière du pick-up est à peine ouverte qu’une odeur piquante a tôt fait de venir vous chatouiller les narines. Nous sommes chez Denis Moglia, à Pouanlotch (Voh) dans un de ses champs d’oignons. La récolte de la parcelle, qui a débuté il y a trois semaines, est presque terminée. Il ne reste plus qu’une poignée de travailleurs saisonniers des tribus environnantes qui se penchent, ramassent, étêtent le feuillage, puis jettent dans une brouette, dont le contenu sera trié en fonction de trois calibres. Par chance, il fait frais en cette fin de matinée car le travail est éreintant. Mais l’oignon est beau dans ce champ : « La récolte est magnifique, confie Denis Moglia. J’ai fait 55 tonnes juste avec cette parcelle de moins de trois hectares. L’an dernier, mes trois parcelles réunies n’ont donné que 26 tonnes. » Mais cette bonne récolte sera contrebalancée par le revers qui s’annonce sur une autre parcelle, dont le bulbage ne se fait pas bien : il prévoit son rendement à 10 % seulement. « Regardez : on dirait des poireaux », laisse-t-il tomber.
Difficile, l’oignon ? « C’est une culture exigeante, il faut être précis dans nos dosages. Il faut une bonne levée du semis, sinon, c’est fichu », poursuit Denis Moglia. A Pouembout, son confrère Johan Kartosemito abonde dans le même sens. « C’est une culture délicate. En plus, c’est une culture qui prend du temps : 5 mois entre le semis et la récolte. J’attends la fin de la période cyclonique pour planter mais en cinq mois, tout peut arriver », indique le cultivateur. Et que dire du coût de production ? La semence serait une des plus chères, à 35 000 francs la boîte de 500 grammes. A cela s’ajoutent le coût des désherbants, celui des saisonniers, etc. Et pourtant, chez Johan Kartosemito, l’oignon est la culture principale : 12 hectares sur les 20 qu’il cultive et qui lui donnent entre 100 et 120 tonnes à la fin de la saison.
C’est que l’oignon est moins aléatoire, depuis la réforme de la commission flux et cotations et l’accord interprofessionnel dont il fait l’objet : un contrat entre producteurs et grossistes qui donne des assurances sur la qualité, la quantité et le prix. A l’ERPA, on assure que les uns et les autres y trouvent leur compte. Les grossistes s’engagent à écouler la production des producteurs avec lesquels ils passent des contrats en début d’année et importent le reste du temps pour satisfaire la demande intérieure. Les producteurs, eux, y gagnent un prix d’achat stable, qui se répercute au détail, à la satisfaction des consommateurs : entre 250 et 300 francs le kilo. « Il n’y a plus de dérapage de prix à la hausse, la qualité est régulée et le produit est présent sur les étals toute l’année, sans rupture, indique-t-on à l’ERPA. Un produit dont le prix subit de fortes variations stresse la consommation. » Et les Calédoniens semblent répondre favorablement à ces changements : pour satisfaire la demande, la production conjuguée aux importations est passée de 1500 à 1800 tonnes, entre 2009 et 2012.
D’autres productions pourraient-elles aussi faire l’objet d’un contrat interprofessionnel ? A l’ERPA, on confie qu’on aimerait bien que le chou et la carotte suivent car tout comme l’oignon auparavant, ces produits en particulier souffrent de la comparaison avec leurs concurrents importés, souvent plus beaux tout en étant moins chers. « Le but est de faire progresser les filières locales, tant au niveau de la qualité que de la quantité », conclut l’organisme de régulation.
Légende : L’oignon est une des rares récoltes qui demande d’embaucher des travailleurs saisonniers.
Quid du centre de traitement des fruits et légumes ?
En avril dernier, la Province a inauguré une toute nouvelle unité de traitement de fruits et légumes à Pouembout. Un équipement conséquent de 600 mètres carrés, constitué de salles de stockage et de conditionnement, de chambres froides et une vaste aire ouverte qui abrite une chaîne de tri et nettoyage des légumes. Un investissement de 239 millions de francs, financé à hauteur de 70 % par le biais du contrat de développement Etat-Province 2006-2010, qui doit permettre de collecter, trier, nettoyer, agréer, conditionner, stockage et enfin commercialiser les productions des agriculteurs du Nord. Productions visées : carottes pour la chaine de tri, oignons et tubercules pour le stockage ambiant et les fruits et autres légumes pour le stockage en frais.
La Coopérative d’utilisation de matériel agricole (CUMA) de Pouembout s’est portée candidate pour gérer la structure. « En attendant qu’un dossier soit finalisé avec les adhérents de la CUMA et présenté en assemblée, un bail de quelques mois avec la CUMA a été mis en place car la récolte des carottes commence, précise Catherine Gaillard, chef du service agriculture à la Direction du Développement Economique et de l’Environnement de la Province. Et pour l’instant, le centre ne fera que du traitement de produit. La commercialisation viendra plus tard. Nous avançons pas à pas. »
Photo : A. P.
C’est la saison de l’oignon, Les Nouvelles Calédoniennes, 30 juillet 2013.

