La filière cherche son équilibre

Les pêches de crevettes sont à toutes fins pratiques terminées dans les différents bassins aquacoles du pays. Un bilan de saison en demi-teinte mais certains signes sont encourageants. Avec notamment des crevettes plus grosses pour l’exportation.

Par Aude Perron

Il y a un de ces bruits dans l’usine de conditionnement de la SOPAC, derrière l’aérodrome de Koné : devant des lignes de carrousel, les employés s’affairent à trier, calibrer, peser, mettre en boîte et surgeler notre fameuse crevette bleue. Mais dans quelques jours, les travailleurs saisonniers rentreront chez eux pour quelques mois de repos mérité, car les pêches se terminent en ce moment. Si les résultats de la saison ne sont pas encore entièrement compilés, la production 2012-2013, traitée par la SOPAC, se situerait entre 1200 et 1300 tonnes. A cela, il faut ajouter quelques centaines de tonnes produites dans une poignée de fermes du territoire qui échappent à la SOPAC. « C’est une saison mi-figue mi-raisin, évalue Pierre-Loïc Guivarch, directeur de l’atelier de conditionnement. Certaines fermes ont bien marché, mais ce n’est pas le cas partout : nous travaillons sur du vivant. »

Il y a cependant de bonnes nouvelles à signaler dans la filière : pas de pénurie de post-larves cette année. « Au niveau des écloseries, de vrais progrès ont été réalisés, constate Guylain de Coudenhove, en charge de l’aquaculture, à l’ERPA. Des efforts ont été faits sur les géniteurs, sur les conditions d’élevage, sur l’alimentation, notamment. Toute l’attention a été portée sur ce maillon en amont  de toute la chaine. » La survie des post-larves est en légère hausse grâce à des élevages de saison qui induit une exposition moindre aux températures extrêmes et donc aux pathologies.

Les aliments avec lesquels les aquaculteurs nourrissent leurs animaux se sont avérés plus performants en moyenne. Alors qu’il fallait 3,1 kg d’aliments l’an dernier pour produire 1kg de crevettes, ce chiffre est tombé à 2,7 kg. Les aquaculteurs ont donc économisé environ 480 tonnes d’aliments, pour une valeur d’au moins 67 millions de francs (en prenant le kilo d’aliments au prix de 140 francs). « Ce n’est pas une performance car nous revenons à un indice de conversion normal, fait remarquer Bruno Castelain, responsable de l’aquaculture à la Sofinor. Mais c’est une charge que les aquaculteurs se sont évités cette année. »

Les aquaculteurs ont également réussi à faire grossir leurs crevettes. Incités par la SOPAC qui veut des gros calibres pour ses clients japonais et métropolitain, ils ont le plus souvent opté pour un seul ensemencement de leurs bassins (au lieu d’enchaîner avec un autre après la première pêche) et attendu que les animaux prennent davantage de poids. Résultat : en moyenne, la crevette calédonienne a gagné deux grammes. « Les volumes produits sont encore faibles, mais on a été capable de faire grossir nos crevettes, dit Guylain de Coudenhove. C’est bon signe. Il faut s’appuyer là-dessus. »

De bon augure pour la prochaine saison. Mais il y a une toujours une part d’impondérable lorsque l’on travaille sur du vivant. Et la filière de la crevette en Calédonie souffre toujours de certaines fermes qui « ne jouent pas le jeu » en évitant la SOPAC et écoulant leur production sur d’autres marchés (local ou étranger). Également, « La filière est morcelée, indique Pierre-Loïc Guivarch. La SOPAC n’est pas propriétaire des fermes. Elle ne peut pas forcer les fermiers à lui vendre leur production, quand ou comment ensemencer ou avec quoi nourrir leurs larves. Et certains fermiers ont des difficultés de trésorerie. » 

Quelques chiffres : 

  • La filière calédonienne de la crevettes, c’est : 2 provendiers, 5 écloseries, 19 fermes et 2 ateliers de transformation ;
  • En 2011, les écloseries ont produit 125 millions de post-larves et les fermes plus de 1500 tonnes de crevettes ;
  • En 2011, 50 % de la production est exportée, soit 708 tonnes. Ces exportations ont notamment pris la direction du Japon (514 t.), des Etats-Unis (79 t.), de la Métropole (63 t.) et de l’Australie (42 t.). 

Un nouveau joueur dans la filière

La famille Jizdny, à Ouaco, vient de se lancer l’aventure de l’aquaculture, après avoir mûri ce projet pendant plusieurs années. Directeur de la production de cette nouvelle ferme dite « familiale », Cédric Jizdny termine actuellement la pêche du dernier de deux bassins de quelque 11 hectares chacun. Et les résultats sont là : 56 tonnes de crevettes ont été produites, dépassant ainsi l’objectif fixé à 50 tonnes. Pour autant, cela n’était pas gagné : un bassin qui a bien marché, mais dans l’autre, seulement 29 % des post-larves ont survécu en raison d’une attaque de méduses. « C’est impressionnant comment on peut avoir des rendements différents alors que les deux bassins sont côte à côte. »

Quid de l’audit de la filière ?

En 2011, un audit de la filière – qui n’a pas été rendu public –  a été réalisé à la demande de l’ERPA. Un plan de relance basé sur les recommandations des auditeurs est actuellement en cours. Il intervient sur l’ensemble des maillons : écloseries, génétique, nutrition, recherche, process et commercialisation. « C’est un travail de fond qui est mené, confie Bruno Castelain, mais il n’a pas encore porté ses fruits. Mais si on arrive a faire des avancées en génétique, ça peut être fédérateur : les aquaculteurs seront incité à jouer le jeu de la filière pour bénéficier des avancées techniques. »

Photo : A. P.

La filière cherche son équilibre, Les Nouvelles Calédoniennes, 29  juillet 2013.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *