L’artiste peintre Francia Boi expose à l’hôtel La Néa jusqu’au vendredi 2 août. Une quinzaine de toiles sur le thème du mouvement, qui représentent un tournant dans son style.
Par Aude Perron
Ils vous regardent. Des yeux, comme une poignée de billes bleues ou marron, répandues sur une toile. Pas de regard malveillant, peut-être même celui d’une personne penchée sur un berceau. Mais vite l’histoire en devient une autre quand on remarque la toile d’araignée en arrière-plan. « C’est la société, explique Francia Boi, artiste peintre. Et ces yeux, ce sont les gens, prisonniers dans cette société. Mais il y a de la lumière au fond. Les yeux partent vers cette lumière pour être libérés. Il faut qu’ils cessent de se regarder le nombril et qu’ils partent. »
L’artiste originaire de Thio a mis 10 ans à préparer cette exposition. La dernière remonte à 2003, la fameuse « Couleurs », exposée à l’hôtel de la Province Nord, qui suivait « Le masque kanak », en 2001. Bien entendu, Francia Boi a poursuivi sa quête, avec des expositions plus modestes, un festival en Australie ou la réalisation de « Rééquilibrage », une commande de la présidence de la Province destinée à Jacques Chirac.
Mais « Mouvement » est le fruit d’une longue recherche et démarche artistique pendant laquelle les croquis se sont succédé. Exit le figuratif, duquel Francia Boi avait besoin de s’affranchir : « Il faut sortir du lézard, de la tortue, de la case. Si je reste accrochée au figuratif, je n’évolue pas. Je veux casser les barrières car nous sommes universels. »
Pour autant, l’artiste demeure bel et bien ancrée dans sa culture, comme en font foi ses nouvelles œuvres, telles que la « Cérémonie » : des cercles qui se touchent en un seul point, tels des tertres, symbolisant les clans, et qui sont rassemblés autour d’un autre, au centre. Et que dire de « Identification » : une natte, représentant la femme, avec ça et là, des fenêtres ouvertes sur un symbole : « Ces symboles appartiennent à des clans. Je ne sais pas si je peux en parler davantage… Mais tout est équilibré. L’équilibre est essentiel ». Parmi ces fenêtres, une donne sur sa signature, qui a changée…
« Mouvement », c’est donc l’évolution du style de Francia Boi et de l’artiste, elle-même. « Ces tableaux, c’est ce que j’aurais du faire il y a longtemps, quand je suis revenue de ma formation en Beaux-Arts à Paris (NDLR : en 1991). Mais à l’époque, les gens n’ont pas compris. Pour eux, j’étais allée trop loin dans le mouvement. J’ai dû faire marche arrière et revenir aux masques et aux couleurs. » Aujourd’hui, l’artiste se sent exactement là où elle devrait être et parle même d’une libération. Et signe qu’elle a franchi une autre étape, ses toiles sont en vente, ce qu’auparavant, elle ne se résolvait pas à faire puisque qu’il y avait une partie d’elle dans chacune de ses œuvres. Et la suite du mouvement ? « Je suis la source qui a coulé et qui est arrivé à l’estuaire. Et après l’estuaire, il y a la mer. Et après, l’océan… »
Légende : Francia Boi et Jeff Dounehote, chargé d’actions culturelles au centre Pomémie.
Photo : A. P.
Francia en mouvement, Les Nouvelles Calédoniennes, 27 juillet 2013.

