Tandis que les entreprises du BTP quittent progressivement la scène, d’autres prennent le relai pour accompagner KNS dans la phase des opérations. L’année 2012 sera contrastée. Etat des lieux avec Pierre Kolb, de l’association Ecko.
Par Aude Perron
Il y a un an, en juin dernier, les entreprises calédoniennes célébraient l’atteinte d’un cap important : depuis 2005, elles ont touché 100 milliards de francs en retombées économiques, selon les estimations de l’association Ecko (Entreprises Calédoniennes pour le projet KOniambo), dont le mandat est de permettre aux entreprises de prendre des marchés dans la construction et l’exploitation de l’usine du Koniambo. Et d’ici la fin du chantier, vers la moitié de l’an prochain, ces retombées se chiffreront à 140 milliards de francs.
Mais pour beaucoup d’entreprises, essentiellement dans le BTP, l’année 2012 sonne la fin de la récréation. « Nous sommes entre deux phases, explique Pierre Kolb, vice-président et responsable de la communication, chez Ecko. La première coulée de nickel, prévue à la fin de cette année, marque le passage de l’une à l’autre. De la construction, nous allons basculer dans l’exploitation, ce qui signifie pour Koniambo Nickel des besoins et des échéances différentes. »
En effet, contrairement au tourbillon de la construction, que certains comparent à un feu de paille, la phase des opérations s’étalera dans le temps, avec des mandats plus longs, permettant aux entreprises de s’inscrire dans la durée. Cela compensera pour un volume de marchés moins élevé qu’Ecko estime tout de même à 5 milliards CFP par année. « Les mandats seront longs, récurrents, répétitifs. En même temps, ils seront interactifs car les entreprises doivent construire des relations et des partenariats durables avec l’industriel. A cet égard, je trouve que la phase d’exploitation est plus valorisante », dit Pierre Kolb.
Autre changement : exit les entreprises du BTP. Elles devront faire place aux entreprises en maintenance industrielle : mécanique, instrumentation, automatisme, électricité ou chaudronnerie, seront autant de métiers en demande. Pour assurer ces services, les entreprises n’auront d’autres choix que d’investir dans du matériel de maintenance : véhicules, grues, poste à soudure, atelier de sablage, peinture, réparation de pièces, pont roulant, groupe électrogène ou autre échafaudage. Cela peut représenter des sommes allant jusqu’à plusieurs dizaines de millions de francs. « Ce changement de phase sera déstabilisant pour les entreprises, admet Pierre Kolb. Celles qui se sont préparées ont de belles perspectives devant elles. Pour les autres, ce sera difficile. »
Le niveau de confiance des entreprises pour l’année 2012 est donc contrasté. Mais selon Pierre Kolb, ces changements sont une opportunité à saisir absolument : « L’enjeu de la phase d’exploitation pour les entreprises, ainsi que pour la société calédonienne, est de tirer parti des besoins de l’industriel afin d’élever nos compétences. Grâce à des chantiers comme Vavouto, nous allons créer un tissu de compétences et d’innovation et, à notre tour, nous pourrons vendre ces dernières à l’étranger. Atteindre les standards mondiaux est un challenge formidable ! » Reste donc à espérer que les entreprises calédoniennes prennent bel et bien ce bateau.
Changement de braquet en 2012, Objectif, juin-juillet 2012, p. 34.
