Cow-boys, fantômes et aliens 

Dans un décor de jungle urbaine et de paysages post-apocalyptiques, Nicolas Steiner donne une voix, empreinte de sensibilité, à ceux qui vivent aux marges de l’Amérique. C’est le grand vainqueur de cette édition.

Par Aude Perron

Bluffant. C’est peut-être ce terme qui résume au mieux le film de Nicolas Steiner. Avec Above and Below (De haut en bas) – son projet de fin d’études – le Suisse de 31 ans signe une œuvre à la photographie éblouissante et aux personnages comme seule l’Amérique est capable d’en produire.

Rick, Cindy et Le Parrain vivent dans un tunnel à Las Vegas, Dave s’est installé dans un bunker paumé dans le désert californien, April se prépare à aller vivre sur Mars – son rêve – en s’entraînant dans une station de recherche au milieu des paysages lunaires de l’Utah. Leur point commun ? Des gens meurtris qui vivent en marge de la société par conviction ou parce qu’ils y ont été contraints.

Désert. L’idée de ce film lui est venue alors que Nicolas Steiner, étudiant en cinéma en Allemagne, prend une année de pause, en 2011, au San Francisco Art Institute, muni de la prestigieuse bourse Fullbright. Enfant des montagnes suisses, il trouve là-bas ce qui deviendra le décor de son film, à l’opposé de ce qu’il connaît : le désert. Et c’est d’ailleurs au cours d’une balade en voiture en plein désert californien qu’il tombe sur Dave qui se promène… en vélo, et avec qui la connexion sera « immédiate. »

Pour trouver les trois SDF des souterrains de Las Vegas, Nicolas plongera dans cette vie de reclus, en immersion totale pendant sept semaines, avec tous les risques que cela peut comporter. Il réussit à convaincre l’équipe de la Mars Desert Research Station, soupçonneuse qu’il veuille les ridiculiser, de venir filmer leurs exercices de simulation. « Dans les vieux livres américains, il est toujours question de cow-boys, de fantômes et d’aliens, pose Nicolas Steiner. Ils sont tous là dans mon film : les SDF sont les fantômes car ils vivent sous terre ; on ne les voit pas. Dave est le cow-boy ; et April veut aller vivre chez les aliens. »

Mélange. Cela donne un mélange de documentaire et de fiction, avec le parti pris de scènes autant provoquées que sublimes, notamment celle où des balles de ping-pong voyagent, portées par l’eau qui s’écoule dans un tunnel ou alors le concert de batterie que donne Dave sur fond de feux d’artifice ou, enfin, lorsque April, en tenue d’astronaute, plante un drapeau tricolore en haut d’une colline.

« Je ne peux même pas prétendre que ce sont mes idées. Ces scènes, ce sont les personnages qui m’ont proposé de les faire », explique le jeune cinéaste qui a réussi le difficile exercice d’entrer dans l’intimité des gens en maintenant la distance nécessaire. Trois ans de travail ont été nécessaires entre cette année d’étude aux États-Unis et la première du film, à Rotterdam en janvier dernier. Depuis, le film a écumé une quarantaine de festivals. La route d’Above and Below ne fait que commencer. Tout comme celle de son réalisateur.

Photo : D. R.

Cow-boys, fantômes et aliens , Les Nouvelles Calédoniennes, 26 octobre 2015.

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