Le 16 août dernier, la commune a inauguré un vaste réseau AEP/irrigation pour fournir une eau régulière et de qualité à ses usagers. Avec ce réseau d’eau, les agriculteurs devraient produire mieux.
Par Aude Perron
Une petite révolution vient de s’opérer à Ouégoa. « Nous avons séparé l’AEP et l’eau agricole, explique Roger Avril, de chez Hydro-Conseils. Cela est assez original et va nous permettre de réduire de presque 50 % l’eau à traiter sur la commune. » C’est ainsi que l’ancien agent de la Cellule hydraulique de la Province Nord résume l’objectif du vaste réseau collectif que la commune a inauguré, après quelque six années de travaux. En effet, depuis août dernier, Ouégoa dispose de deux réseaux alimentés par un nouveau pompage sur la rivière Waredi, un des affluents du Diahot, et qui permet de produire 200m3/h d’eau : au coût de 360 millions de francs, le premier est un réseau mixte AEP/agricole qui doit renforcer l’alimentation de la commune en eau potable ainsi qu’en eau agricole. Un deuxième réseau vient compléter le dispositif : représentant un investissement de 130 millions de francs, il transporte uniquement de l’eau agricole.
Ce deuxième réseau était plus que nécessaire. Certaines saisons sèches, l’approvisionnement en eau potable était mis en péril par les besoins en irrigation des cultures de la commune. De plus, l’économie de Ouégoa repose en partie sur l’agriculture et entend mieux la développer. La banane est une de ses principales productions et si Ouégoa produit de la banane dessert, elle a fait sa marque de commerce avec la poingo. En effet, selon l’inventaire 2010 du verger calédonien de la Davar, environ 18 000 pieds de bananiers poingo sont cultivés en Calédonie et les deux tiers se trouvent chez les producteurs commerciaux de la commune. Le deuxième réseau est justement destiné à alimenter les bananeraies du village et des secteurs de Paraoua, Fern Hill et Balagam.
Et cette eau agricole sera utilisée à bon escient grâce à un système d’irrigation au goutte-à-goutte. Pendant la deuxième tranche de travaux, une quarantaine d’hectares de parcelles ont été équipés de 230 km de conduites qui distillent l’eau avec un débit faible, mais constant. Environ 84 agriculteurs ont accepté de jouer le jeu de cette « irrigation raisonnée ». Pour cela, ils ont accepté de faire un investissement de l’ordre de 650 000 francs par hectare (la moitié d’entre eux ont bénéficié d’une aide de la Province qui prend en charge 75 % du montant). Grâce à ce dispositif, les agriculteurs maîtrisent désormais leur consommation en eau et peuvent également injecter des engrais qui seront distillés progressivement à travers les conduites. « Avec ce système, les producteurs évitent les épandages massifs d’engrais. C’est l’idéal », commente Eric Fillinger, technicien à la Cellule hydraulique de la Province Nord.
Les premiers résultats sont encourageants : chez certains agriculteurs, des régimes de bananes quelque 50 kilos ont été récoltés suite à la mise en place du dispositif. Toutefois, Fernand Martin, le président de l’Association des Utilisateurs d’Eau Agricole de Ouégoa (AUEA), ne s’attend pas nécessairement à ce que la production de bananes fasse un bond. « Nous ne pouvons pas étendre le dispositif de goutte-à-goutte à plus de 50 hectares de parcelle car le réseau d’eau agricole n’est pas dimensionné pour cela. Cependant, grâce aux 40 hectares équipés de ces conduites, nous allons certainement produire mieux. » Et il le faudra, non seulement pour amortir le coût de l’équipement, mais aussi pour payer son eau ! Car l’eau est devenue payante au 1er janvier dernier, autant pour les usagers que les agriculteurs. Chez ces derniers, la facture annuelle s’élève à quelque 100 000 francs par hectare.
Face à ces coûts, Fernand Martin s’avoue inquiet car selon lui, les revenus que touchent les producteurs de bananes étaient déjà insuffisants : le kilo de bananes qui est vendu 450 francs à Nouméa est acheté 60 francs par les colporteurs. « Il faudrait que les producteurs puissent le vendre 200 francs, plaide-t-il. Alors je veux bien qu’on produise plus efficacement grâce à ce réseau d’eau agricole. Mais il faut également que les colporteurs jouent le jeu. »
Quid du Bunchy Top ?
Le virus du Bunchy Top (BBTV) est apparu à Ouégoa il y a un an. Le pied infecté a été trouvé dans un champ abandonné, Cette découverte a généré un branle-bas de combat sans précédent car seul le Grand Nord (et les Loyautés) était encore indemne et pouvait ainsi fournir aux producteurs du territoire des rejets de banane poingo exempts de maladie. Depuis, d’autres pieds infectés ont été trouvés, cependant, mais il n’y a pas eu explosion de la maladie car une équipe d’Arbofruits, mandataire de la lutte contre le Bunchy Top effectue une veille régulière sur la zone. la veille effectuée est régulière. « Nous faisons beaucoup de sensibilisation auprès des producteurs, dit Sophie Tron, coordonnatrice chez Arbofruits. Nous leur apprenons à reconnaître la maladie et à se responsabiliser. Car maintenant, il faut apprendre à produire de la poingo en dépit de la maladie. »
Financement du réseau collectif (en millions de francs)
| Tranche 1 (réseau mixte AEP/agricole) | Commune
Province Etat |
208
46 107 |
361 |
| Tranche 2 (réseau agricole) | Province
Etat |
38
90 |
128 |
| TOTAL | 489 M XPF |
Photo : A.P.
De l’eau agricole pour Ouégoa, Objectif, octobre-novembre, p. 58-59.

