Des loches et des pouattes au « Laboratoire de Pays » 

Basé en province Nord, à Koné, le Centre calédonien de développement et de transfert en aquaculture marine (CCDTAM) compte aujourd’hui, dans ses bassins, une cinquantaine de loches truites et pouattes attendent de se reproduire. Mais du bassin à l’assiette, il y a du chemin à parcourir avant de bien ferrer la faisabilité de cette filière aquacole.

Par Aude Perron

Il a été inauguré il y a deux ans et pourtant, il reste encore des travaux à faire au Centre calédonien de développement et de transfert en aquaculture marine (CCDTAM), à Koné. L’électricité est arrivée il y a quelques mois seulement, certaines salles ne sont pas encore opérationnelles, des bassins ont dû réaménagés, bref, il y a du pain sur la planche. Ce n’est rien pour décourager Bruno Noguerra, le directeur de cette structure qui est un des piliers de la technopole de l’Adecal. Il a quatre ans pour remplir la mission de ce « Laboratoire de Pays » : déterminer les conditions environnementales, logistiques et économiques pour développer une filière en aquaculture marine.

Dans les faits, cela représente plusieurs étapes qui devront être franchies avant que la loche truite et le pouatte (sorte de vivaneau), les deux espèces locales qui ont été retenues pour cette vaste expérimentation, se retrouvent dans l’assiette des consommateurs calédoniens et asiatiques : il faut capturer des espèces vivantes, les acclimater pour qu’elles se reproduisent et amener les œufs à des larves sevrées de 90 jours. « Il n’est pas dit que nous parviendrons à faire se reproduire nos géniteurs », indique, prudent, l’ingénieur agronome. 

Et ce n’est pas tout. Car ce dernier est également en charge de la création d’une ferme pilote, quelque part dans le lagon, où grandiront les larves sevrées jusqu’à ce qu’elles deviennent des spécimens de taille commercialisable. « Nous allons vérifier les performances d’élevage de ces deux espèces, c’est-à-dire le taux de survie, la croissance et la transformation », note-t-il. Une fois testée la faisabilité d’élever en Calédonie de la loche truite et du pouatte, les coûts de revient et de vente d’un kilo de poisson produit pourront être déterminés. « Pour que le jeu en vaille la chandelle, il faudra que les prix de vente soient compatibles avec les coûts de revient aquacoles en Calédonie », suppose Bruno Noguerra.

Pour le moment, 3 bassins sont occupés par 40 loches truite et 15 pouattes. Ne reste plus qu’à attendre que ces derniers se décident à se reproduire. Bruno Noguerra est prudent mais optimiste : « Regardez quand je mets ma main dans l’eau : les poissons viennent voir. Cela signifie qu’ils ne sont pas stressés. C’est déjà un bon signe. »

Le CCDTAM en chiffres :

Investissement : 576 M CFP (Province Nord : 55,3 % ; Etat : 31,6 % ; Province Sud : 13,1 %) 6 millions d euros 

Fonctionnement : 4 millions d’euros pour cinq ans 

8 salles d’élevage :

  • 2 salles de géniteurs produire des œufs
  • 2 salles de culture de proies vivantes (zooplancton et artémias) pour nourrir les larves
  • 1 salle d’incubation (24 premières heures de la vie des œufs)
  • 2 salles larvaires (24h à 30 jours)
  • 1 salle de nurserie (larves sevrées au stade alevin) (30 à 90 jours)

Photo : A.P.

Des loches et des pouattes au « Laboratoire de Pays », Objectif, octobre-novembre 2012, p. 34

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