Déchets sur VKP : finir d’enfouir le problème

Prise de conscience, schéma directeur, fermeture ou remise aux normes de dépotoirs, tri et valorisation, projet de trois nouvelles ISD dont une de classe 1 : aujourd’hui, le problème des déchets n’est plus balayé sous le tapis.

Par Aude Perron

« Cela fait cinq ans que les déchets posent souci sur VKP. Par le passé, nous avons fait un peu n’importe comment les choses : on stockait, on enfouissait, on brûlait. Cela ne peut pas continuer. » Voilà comment résume la situation Joseph Goromido, maire de Koné et président du SIVOM-VKP, entité qui a en charge la gestion des déchets produits par la zone Voh, Koné, Pouembout. Personne ne pourra contredire l’élu. Sur VKP et en province Nord, le problème des déchets n’a rien d’une rumeur : il s’agit d’une réalité ! En province Nord, les ordures de 30 % des administrés ne sont pas collectées, en raison de l’éloignement géographique. Dans ces conditions, les dépôts sauvages (qui sont aussi le fait d’administrés en zone urbaine) ne peuvent que proliférer. On en compte 32 seulement sur VKP.

Et que dire du développement de VKP autour de la construction de l’usine du Koniambo, si ce n’est qu’il ajoute à l’urgence développer une véritable gestion des déchets. Aujourd’hui, les trois communes de la zone VKP produiraient entre 6000 et 11 000 tonnes d’ordures par année. Ces chiffres incluent la production des entreprises dont les déchets – emballages, cartons, bois, métaux – ne sont pas considérés différemment de ceux des ménages. A cela s’ajoute ce qui sort du site de Vavouto : ferraille, bois, carton, déchets ordinaires (produits par la base-vie) et déchets industriels banals (c’est-à-dire non inertes et non dangereux). Conjugués, cela représente un volume qui s’élève à 2 300 tonnes. 

Bref, la pression grimpe. Dans ce contexte, la Province prépare en ce moment son schéma directeur de gestion des déchets. Un vaste chantier programmé sur cinq ans. « Il y aura beaucoup de communication et de sensibilisation, prévoit Candina Néaoutyine, chargée de mission de la gestion des déchets, à la DDE. Mais pour inciter les gens à mieux traiter leurs déchets, il faut mettre en place les services dont ils ont besoin. » Ces services prendront notamment la forme de trois nouvelles installations de stockage des déchets (ISD). La seule existante est située à Kaala-Gomen et est de classe 2 (déchets non dangereux et non inertes). Mais d’ici cinq ans, Canala et Touho se rajouteront et à terme, les 13 dépotoirs de la province seront fermés et réhabilités.

La troisième ISD se matérialiserait à la Plaine des Gaiacs, à Pouembout. Elle était destinée à l’origine aux déchets de l’usine du Koniambo et de VKP (plus Poya) et dans une moindre mesure à ceux de la province car il s’agira d’un ensemble d’installations comprenant : un centre de tri et de recyclage, une ISD de classe 1 doublée d’une ISD de classe 2. En clair : capable de traiter tant les déchets dangereux que les déchets banals et les ordures ménagères. Forte de son périmètre de sécurité de 200 mètres, son contrôle à l’entrée avec détecteur de radioactivité, son bassin de rétention, son laboratoire d’analyses et sa station d’épuration entre autres choses, cette installation n’aura rien à voir avec un dépotoir. Et serait une première dans le genre en Calédonie. Cependant, obtenir une autorisation pour des déchets dangereux ne s’obtient pas en claquant des doigts : « C’est une procédure longue et compliquée car, entre la Province, la commune qui accueille l’ISD, les communes avoisinantes ou les associations, tout le monde a son mot à dire dans l’instruction », explique Phillipe Turin, chez Eco Développement Sarl, le bureau d’étude en charge de monter le projet d’ISD. 

Et des inconnues demeurent : que va y envoyer KNS ? Les scories d’affinage (qui contiennent des produits chimiques introduits pour purifier le métal) pourraient être classées déchets dangereux et donc prendre la direction de la Plaine des Gaiacs. Quant aux scories de fusion et les cendres, l’industriel compte les stocker dans l’espoir de leur trouver une seconde vie. « Nous souhaitons maximiser notre procédé pour obtenir un déchet propre et valorisable. Ainsi, les scories pourraient être utilisées pour les routes ; les cendres pour du ciment. Mais nos déchets seront-ils d’une qualité suffisante pour devenir la matière première d’un autre ? », s’interroge Pierre Mercier, chef de département Environnement chez KNS.

Autre inconnue et non la moindre : qui va payer pour cette « super ISD » dont le coût s’élèverait à au moins un milliard de francs ? Tout est encore à l’état de discussion. Toutefois, dans le capital, on retrouvera la Sofinor, à l’initiative du projet, le ou les futurs exploitants de l’installation et possiblement des partenaires industriels. Quant aux coûts de fonctionnement, ils seront aussi élevés que l’installation est sophistiquée : plus d’entretien, plus d’employés qui seront plus qualifiés, etc. « Nos charges vont augmenter », confie Joseph Goromido qui, pour l’instant, ne saurait dire quel rôle jouera le SIVOM dans l’ISD. Et qui dit hausse des charges, dit répercussion sur les usagers… Mais Philippe Turin signale que  constuire une plateforme destinée à tous les déchets (ménagers et industriels (banals et dangereux)) réduira les coûts d’exploitation pour les collectivités locales puisque le traitement des déchets industriels permet de faire appel à des investisseurs privés.

Faute de mieux…

En attendant, le SIVOM doit faire face à une nouvelle facture (qu’il partage avec d’autres joueurs) : celle de la mise aux normes du dépotoir de Koné : nettoyage, pose d’un portail, espace de tri de certains déchets et réalisation de deux alvéoles de 2500 mètres carrés chacune, histoire de pouvoir stocker davantage. Une solution temporaire, admet celui effectue ces travaux. « Nous avons entre 6 mois et un an avant que les alvéoles ne soient pleines. Comme nous ne pouvons pas agrandir en surface, comment fera-t-on après ? », s’interroge Carl Leconte, vice-président de la SAS Pacifique. Chez Traivaldec, la société qui gère les déchets au dépotoir de Koné, on temporise et selon Takahahake Toto, le pire est passé. « Nous avons subi l’augmentation de la population de Koné et le pic de la construction à Vavouto. Mon dépotoir ne déborde pas. Ce n’est pas le désastre que tout le monde avait annoncé. »

Le président de l’association environnementale Amu Keje est loin de voir les choses de cette manière. « Avec notre mode de consommation, le volume de déchets va continuer d’augmenter et on va continuer de brûler dans les dépotoirs, déplore Laurent Campos. C’est une catastrophe pour l’environnement et la santé car les dioxines et les cendres se retrouvent dans l’air, les cours d’eau et les nappes. » Il reconnaît que l’ISD prévue à Pouembout permettra de mettre un terme à cette pratique. « Mais quand cette installation verra-t-elle le jour ?, s’inquiète-t-il. La meilleure des solutions, c’est encore de réduire en amont notre production de déchets. »

Installation de stockage des déchets de la Plaine des Gaiacs

Superficie : 150 hectares (sur 272 ha de terrain)

Emplois : 30

Coût : plus de 1 MM XPF 

2013 : études et autorisations

2014 : construction

2015 : ouverture

Déchets sur VKP : finir d’enfouir le problème, Objectif, décembre 2012-janvier 2013, p. 50-51.

Photo : DR

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