La délégation des treize futurs « leaders » du Pacifique en visite en Nouvelle-Calédonie s’est arrêtée jeudi à la Province Nord et à Vavouto. Au programme : poursuivre leur apprentissage du Caillou, mais aussi, vaincre les idées reçues.
Par Aude Perron
Ils ne connaissent que depuis samedi dernier, mais des affinités et des liens se sont déjà développés. Il n’y a qu’à voir comment les treize participants de cette délégation de leaders émergeants, représentant divers pays du Pacifique, se taquinent les uns les autres. Mais si le rire les réunit, ils ont d’autres points en commun : « Nous sommes tous dédiés à la région du Pacifique, explique Joanne Cribb, membre de la Commission de la famille dans le gouvernement néo-zélandais. Et nous sommes tous profondément attachés à la terre. »
Lors de leur rencontre avec les élus de la Province Nord, dont Patricia Goa, Nadia Héo et Victor Tutugoro, le révérend Siaosi Salesulu, de Samoa, a justement voulu savoir s’il était possible de se faire bannir de sa terre, pour cause d’adultère, par exemple. Patricia Goa lui a répondu en rappelant la fameuse règle des « 4 i » qui prévaut ici : « Personne ne peut être banni de sa terre. Les terres coutumières sont incessibles, incommutables, inaliénables et insaisissables. » Victor Tutugoro, porte-parole du FLNKS, s’est permis un petit clin d’œil en laissant échapper que « de toutes façons, l’infidélité n’existe pas en Nouvelle-Calédonie », ce qui a beaucoup amusé la délégation…
Plus sérieusement, Lazarus Kenni, cadre dans la banque commerciale ANZ au Vanuatu, repartira d’ici avec une vive impression de la Nouvelle-Calédonie : « Vous avez une économie vigoureuse, un PIB élevé et de bonnes infrastructures, constate-t-il, ajoutant qu’il espère bientôt implanter une succursale bancaire à Nouméa. Mais vous avez, comme au Vanuatu, une partie de la jeunesse qui est désœuvrée. Notre défi commun, c’est de permettre à cette jeunesse d’accéder à la formation, notamment. »
Si la délégation en a appris plus sur cette « exotique île mélanésienne et sa French touch », ses institutions, son économie, ses choix de société telle que la parité et sa marche vers son destin commun, son passage dans la Province Nord avait un objectif bien particulier : « C’est l’occasion de rencontrer les indépendantistes, tout comme les non indépendantistes, pour qu’on dépasse les clichés, résume Dominique Nacci, du comité organisateur. Avec ce dialogue, on va vers une connaissance de l’autre pour vaincre les stéréotypes et créer une cohésion régionale. » Voilà qui devrait transparaître dans le compte-rendu que fera la délégation, ce week-end, à Fidji, pour conclure cette riche aventure.
Photo : A. P.
Dépasser les clichés, Les Nouvelles Calédoniennes, 22 mars 2010.

