Des chercheurs calédoniens viennent de publier un ouvrage de vulgarisation sur les forêts humides de la province Nord. Zoom sur cet écosystème complexe et optimisé.
Par Aude Perron
Des chercheurs de l’IAC, du Cirad et de l’IRD sont parvenus à condenser en l’espace d’une centaine de pages quatre années de terrain et d’analyses. La semaine dernière, ils ont présenté Les forêts humides de la province Nord : synthèse des travaux de recherche 2012-2015, rédigé avec l’appui d’autres organismes scientifiques.
L’ouvrage collectif, destiné tant aux gestionnaires qu’aux scientifiques et au grand public, résulte d’une commande de la province Nord, qui souhaitait faire un état des lieux sur cet écosystème et de comprendre sa dynamique.
Un milieu dense et hétérogène
« L’objectif était de voir comment les forêts s’organisent et se régénèrent pour mieux les conserver, sans faire abstraction de la présence de l’homme », explique Philippe Birnbaum, chercheur au Cirad, qui précise que les forêts humides ont reculé jusqu’à couvrir moins de 30 % du territoire.
Pour ce faire, lui et son équipe ont étudié 23 parcelles d’un hectare de forêt. Dans les faits, ils ont dénombré et identifié tous les arbres de plus de dix centimètres de diamètre. Ce travail de fourmi a révélé la densité de chaque parcelle. Si chacune abrite entre 1000 et 1400 arbres, on ne dénombre qu’une centaine d’espèces. « Comparé à l’Amazonie, où l’on compte 300 espèces par hectare, nos forêts sont plus pauvres », résume Philippe Birnbaum.
Fait intéressant toutefois, d’une parcelle à l’autre, les espèces changent, faisant de la forêt humide un ensemble hétérogène avec peu d’espèces communes mais une multitude d’espèces rares. Mais pour sa conservation, cette richesse pose un vrai casse-tête. « Cela signifie que la conservation des forêts ne peut pas être centralisée. On ne peut pas choisir et protéger une parcelle qui représenterait cet écosystème », indique Philippe Birnbaum.
Jean-Jérôme Cassan, à la Direction du développement économique et de l’environnement (DDEE) de la province Nord, renchérit. « Cela veut aussi dire qu’on ne peut pas appliquer le principe de compensation, à savoir replanter de la forêt pour compenser la construction d’une route ou l’exploitation d’une mine. Car quelle forêt humide faut-il replanter ? » Cette hétérogénéité ne sera pas sans conséquence non plus sur les études d’impact, prévoit le chef de service adjoint : « Elles ne seront pas plus longues ou plus compliquées à mener, mais il faudra les approfondir notamment dans les zones où l’on possède peu d’informations. »
Patches de protection
Alors, comment conserver la forêt humide ? « Peut-être faut-il créer de petites zones de protection dans l’aire d’influence d’une tribu ou d’une communauté qui en vit, suggère Jean-Jérôme Cassan. On s’appuiera sur leurs connaissances de la forêt, mais il faudra apporter ce que nous avons appris avec cette étude car elle nous a permis d’avoir une vue d’ensemble. »
Les résultats de l’étude, justement, seront restitués aux élus courant juillet. Ceux-ci pourront s’inspirer des recommandations pour gérer ce riche patrimoine.
Car il s’agit bel et bien d’un patrimoine, pour Jean-Jérôme Cassan : « Les forêts humides sont l’équivalent sur terre du récif corallien et elles sont encore plus menacées. J’espère qu’il y aura un rééquilibrage dans l’importance qu’on accorde à ce milieu. »
Photo : IAC/Nicolas Petit
Des pistes pour conserver les forêts humides du Nord, Les Nouvelles Calédoniennes, 25 mai 2016.

