Artiste éclectique, Ykson vient de publier Aji et le soleil, un conte pour enfants chez Plume de Notou.
Par Aude Perron
Il est encore tout étonné. Et pourtant, cela fait plus d’un mois qu’il l’a présenté au grand public : fin avril dernier, Ykson lançait Aji et le soleil, un conte bilingue en français et en drehu, mis en images par l’illustratrice Julie Dupré. Une histoire qui interroge sur l’environnement et l’éducation, à travers plusieurs animaux du Caillou, comme l’inévitable roussette, mais aussi le moins connu boa du Pacifique.
Ce projet remonte à une dizaine d’années. À l’époque, Ykson, qui fait régulièrement des interventions musicales et artistiques, est sollicité pour animer un atelier de contes. « Je voulais créer ma propre histoire. Je ne me sentais pas de raconter celle d’un autre. » Il relève le défi en se disant qu’un jour, il la publiera. Parole tenue, grâce à une aide à la création artistique de la province Sud, obtenue en 2014, conjuguée à une bonne dose de persévérance.
Aujourd’hui, Aji et le soleil est tiré à mille exemplaires, mais Ykson n’est pas là « pour le business ». « M’exprimer est une nécessité. Et tous les vecteurs sont bons pour le faire », confie le musicien de 38 ans, également producteur et peintre à ses heures. Et son message, c’est celui d’aimer son pays, son environnement et surtout, son prochain. « Je ne veux plus de violence, je ne veux plus d’armes à feu », plaide l’enfant de Montravel, qui se rappelle des Événements. Mais il est inquiet : dans les classes où il a présenté son livre, il a demandé aux enfants qui, parmi eux, avait déjà touché une arme à feu. « C’était le cas de la majorité, et certains savaient même où le fusil était caché. C’est dangereux ! » Tout un symbole, quelques heures, à peine, après la tuerie d’Orlando (lire en page 52).
Un goût de revanche
Pour l’instant, ce livre a un goût de revanche que ce sans- diplôme autodidacte savoure. Sans toutefois ériger son parcours et ses « bêtises » de jeunesse en exemple. Au contraire : « Je conseille aux enfants d’aller loin à l’école. Être artiste, c’est difficile. Il faut avoir beaucoup de tripes. »
Si la musique n’est pas mise en veilleuse, avec un album à venir en 2017 et la récente sortie d’un EP du groupe Revival, qu’il manage et produit, Ykson s’est pris au jeu de l’écriture : il planche sur un roman. Une sorte de Seigneur des anneaux, « mais version à nous, avec jus de coco. »
Photo : Jacquotte Samperez
Ecrire un conte comme un devoir artistique et citoyen, Les Nouvelles Calédoniennes, 14 juin 2016.

