Location de meublés : les hôteliers font pression

Les hôteliers sont contre la concurrence venue de la location de meublés sur les plateformes communautaires. Ils l’ont encore rappelé hier et demandent une réglementation.

Par Aude Perron

Nouveau coup de grogne de Jean Rambaud. Après avoir tiré la sonnette d’alarme une première fois en octobre dernier, le président de l’Union des hôtels de Nouvelle-Calédonie (UHNC) réitère avec une nouvelle lettre adressée au gouvernement : il est temps selon lui de réglementer la location entre particuliers de chambres et logements, une concurrence qu’il juge « déloyale, inadmissible et dangereuse pour le tourisme déjà fragile ».

Dans son viseur, la plateforme AirBnB, emblématique de ces pratiques dites d’économie collaborative, qui capterait une partie de sa clientèle. « En 2015, le nombre de touristes en Calédonie a augmenté de plus de 6 %, notamment grâce aux contrats de destination. Mais cette hausse ne se reflète pas dans notre taux d’occupation qui, lui, a augmenté de 0,6 % seulement. Ces touristes ne peuvent être que chez AirBnB. » La pratique n’a pourtant rien d’illégal, pour peu, bien sûr, que ces revenus soient déclarés.

Une autre clientèle ?

Et pendant ce temps, « nous payons les salaires, les impôts, la taxe sur l’hébergement », poursuit-il. Cette même taxe qui sert à faire la promotion de la destination et à attirer des touristes, qui ne se logent pas forcément dans les hôtels. Une ironie que ne peut s’empêcher de relever Jean Rambaud.

N’en déplaise à ce dernier, l’ubérisation du marché (utilisation de services permettant aux professionnels et aux clients de se mettre en contact direct, de manière quasi-instantanée, grâce à l’utilisation des nouvelles technologies) n’en est qu’à ses débuts sur le Caillou : il y a un peu plus de six mois, on y trouvait 150 offres pour la Nouvelle-Calédonie, essentiellement centrées sur Nouméa. Et aujourd’hui ? Presque le double avec 277 chambres, bungalows et maisons, et des offres imbattables, comme par exemple un modeste F2 à moins de 30 euros (3 600 F) par nuit. Celui qui le loue est-il vraiment un client des hôtels sur les baies ? Pas si sûr. « Jusqu’où ça va aller ? Si ça continue, certains hôtels vont finir par licencier », estime le président de l’UHNC. Sollicité, le gouvernement n’a pas souhaité s’exprimer sur le sujet pour le moment.

Desvilles en ordre de bataille

Mais Jean Rambaud a des idées car il surveille de près comment certaines villes traitent la question. Depuis l’an dernier, Barcelone traque en ligne les logements loués de façon irrégulière. Plus récemment, Berlin a frappé fort en interdisant la location de son appartement dans son intégralité par le biais de plateformes. Et quand les municipalités ne font rien ou pas assez, les professionnels emploient les grands moyens : les hôteliers des villes recevant l’Euro 2016 (qui imputent aux plateformes leur taux d’occupation désespérément faible en pareille occasion et s’insurgent contre le sponsoring de l’une de ces plateformes) ont fait savoir qu’ils ne verseraient pas la taxe de séjour (en Métropole, le prix d’une nuitée inclut une taxe de séjour, reversée à l’Etat, NDLR).

Un manque à gagner de 7,5 millions d’euros pour les villes hôtes.

Photo : DR

Location de meublés : les hôteliers font pression, Les Nouvelles Calédoniennes, 15 juin 2016.

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