Signe que VKP se développe, de nouveaux services apparaissent : depuis le 1er janvier, un taxi circule entre Poya et Voh et des clients lui sont déjà fidèles.
Par Aude Perron
« Mais elle est où, ma petite maman tahitienne ? Elle est où ?, s’interroge Edgar Chenot, en tournant dans les rues de Koné, au volant de son pick-up blanc flambant neuf. Je la cherche car je sais qu’elle a fini ses rendez-vous au village et qu’elle va vouloir remonter sur Pouembout. » Edgar n’est pas seulement à bord de son véhicule : il est à bord de son taxi, le premier de la zone (il y en a déjà eus par le passé), qui circule entre Poya et Voh, depuis le 1er janvier. Et, en dépit de sa vive allure, il est impossible à rater : avec son Hilux blanc surmonté de l’enseigne Taxi VKP, l’entrepreneur salue les passants et les camionneurs, d’un signe de la main ou d’un coup de klaxon.
Finalement, c’est dans le stationnement de l’OPT qu’il retrouve sa jeune cliente, enceinte, qui s’engouffre, tout sourire, dans l’habitacle climatisé. « Heureusement qu’il est là, lui, lance-t-elle, d’emblée. Je l’appelle et il vient me chercher là où je suis. C’est un avantage par rapport aux navettes. » Sur la zone, pour ceux qui n’auraient pas de véhicule, il n’y a d’autre option que de faire du pouce, abondamment pratiqué, ou alors les fameuses navettes 9 places qui pullulent depuis le début de la construction de l’usine Koniambo.
Mais si elles sont nombreuses, le service lui, demeure assez peu flexible. Pour se rendre de Pouembout à Koné, par exemple, il y a trois départs par jour : 7h, 8h et 11h. Et si le prix de ce déplacement reste très raisonnable, 400 francs, il n’empêche que « la course coûte vite chère quand j’ai les trois enfants avec moi. Ca me fait 1600 francs », fait remarquer la femme. Avec Taxi VKP, pas de forfait : le passager (seul ou en famille) paye une vraie course de taxi, soit en fonction des kilomètres parcourus. « Le client sait ce qu’il paye. Il n’a pas l’impression de se faire pigeonner », dit Edgar Chenot. Le trajet Koné-Pouembout lui reviendra environ 1000 francs. Un tarif du kilomètre fixé par arrêté gouvernemental (118 francs/km (en semaine, entre 6h et 18h)), mais qui n’a pas bougé depuis 2008 et devrait augmenter bientôt.
Pour le moment, Taxi VKP est le seul à circuler sur la zone, mais la concurrence va débarquer tôt ou tard. La marie dit recevoir déjà des demandes dans ce sens et réfléchit actuellement au nombre de taxis autorisés à circuler sur la commune (ce plafond est à 65 à Nouméa). Toutefois, le travail n’a rien d’une sinécure. « Je bosse environ 15 heures par jour et je suis à la disposition des clients 24 heures sur 24, 7 jours sur 7. Presque toutes mes journées commencent à trois heures du matin, pour un client que j’amène à Vavouto. Je n’ai pas peur de travailler », confie ce papa de cinq enfants, résidant à Népoui. Il faut dire qu’Edgar Chenot a un investissement de départ de plusieurs millions à rentabiliser : un pick-up (« pour aller en tribu et transporter les courses, les ballots de riz, les congélateurs »), un taximètre et une bonne assurance, entre autres choses. Sans compter les coûts variables, comme l’essence. « Pour me faire connaître, j’ai tourné à vide tout le mois de décembre sur la zone. J’en ai eu pour 50 000 francs de gasoil ! » Aujourd’hui, son compteur affiche un ahurissant 36 000 km, déjà !
Après avoir été chercher un travailleur à Vavouto pour le déposer à l’agence OPT de Koné, Edgar Chenot fait le compte : il est 12h30 et c’est sa 8e course depuis ce matin. Le rush de la journée est passé, mais c’est rebelote ce soir, car il doit amener un couple et ses huit valises à… Tontouta. « Les clients peuvent me demander n’importe quoi. Je n’ai pas de limite. »
Légende : Edgard Chenot vient de se lancer à son compte et offre des services de taxi sur VKP et même ailleurs.
Trois questions à Robert Moto, 5e adjoint à la mairie de Koné
Que fait la commune actuellement en matière de transport ?
Nous sommes en train de mener une vaste réflexion sur le sujet. Nous travaillons actuellement à la création d’une gare de taxis sur le terrain communal derrière l’ICAP et en face de l’OPT. Nous prévoyons une vingtaine d’emplacements. Aménager cette gare nous coûtera environ 20 millions de francs et devrait voir le jour d’ici la fin de cette année. Nous avons également le projet d’une gare communale, située derrière l’école Les Flamboyants : 8 emplacements destinées navettes qui, pour la plupart, descendent les gens des tribus au village. Aussi, nous travaillons sur un circuit interne de bus publics qui circuleront à l’intérieur de la commune, comme Karuia, à Nouméa, et sur des circuits entre le village et les tribus, comme Carsud. Tout cela mis ensemble, il y en aurait pour 1 milliard, peut-être.
Qu’est-ce que cela veut dire pour les transporteurs actuels ?
Pour eux, cela va changer la donne, c’est certain, car si tout cela se met en place, il va falloir réviser les lignes qui existent en ce moment. Mais il faut aussi en créer de nouvelles, comme vers la presqu’île de Foué qui doit se développer. Il faudrait que les transporteurs (et les taxis) se mettent ensemble et qu’ils se structurent et se gèrent eux-mêmes.
Comment ces projets vont-ils être financés ?
Les plans et les études sont prêts ou en cours. Ce qui est moins sûr, c’est le financement des investissements et du fonctionnement. Nous devons trouver des partenaires. Pourquoi par les communes de Voh et de Pouembout ? On pourrait mettre en place un système d’intercommunalité comme avec le Sivom et mutualiser les services. Tout cela reste à discuter.
Photo : A.P.
Edgar, premier taxi de VKP, Les Nouvelles Calédoniennes, 16 mars 2013

