Grâce à l’ouverture d’une CLIS, l’école Téari, qui a été inaugurée à la rentrée scolaire, est le premier établissement de la zone VKP à accueillir des enfants handicapés.
Par Aude Perron
Ce qui frappe en pénétrant dans la classe de maîtresse Raymonde, c’est la sérénité qui y règne : deux petites filles font des exercices de graphisme sous le regard attentif de Nathalie et Corine, auxiliaires de vie scolaire. Trois autres enfants sont initiés à la lecture en découpant des mots, le tout dans un calme presque religieux. « Ce n’était pas comme ça les deux premières semaines !, dit Raymonde, enseignante spécialisée. Il a fallu bien expliquer les consignes. Maintenant, les enfants ont pris le rythme et nous pouvons entrer dans les apprentissages. »
Nous sommes à l’école primaire Téari, dans une classe toute particulière, une Classe pour l’Inclusion Scolaire (CLIS). Comptant 7 élèves de cycle 2 et 3, c’est la première sur la zone VKP. « Quand j’ai su qu’une CLIS allait s’ouvrir à Téari, je me suis tout de suite proposée. J’aime faire attention à la différence et j’aime que les autres enfants voient et s’intéressent à cette différence. » Mais pour cela, il fallait réunir les effectifs. « Il faut un effectif suffisant pour justifier l’ouverture d’une CLIS, explique Nicolas Guillemard, directeur adjoint en charge de l’enseignement, à la Defij. On doit faire au plus près du lieu de résidence de la famille pour que l’enfant, mais aussi ses parents, soit bien. Il n’y a pas de structures pour les placer dans un internat et trouver des familles d’accueil n’est pas facile. S’il n’y a pas de CLIS, l’enfant reste dans une classe normale. »
Cette nouvelle CLIS s’ajoute aux quatre classes du genre qui existent déjà en province Nord : Koumac, Houaïlou (nouvelle cette année, elle aussi) et Poindimié qui en compte deux (celle de Kaala-Gomen a dû fermer, faute d’effectifs suffisants). En tout, une cinquantaine d’enfants handicapés sont ainsi scolarisés. « Le but d’une CLIS, c’est de permettre à ces enfants de bénéficier des apprentissages scolaires, mais à leur rythme et en ayant conscience de leurs forces et faiblesses, explique Raymonde.
En somme, le suivi est personnalisé et il a commencé dès les premiers pas à l’école : en maternelle, dans une classe normale. « Là, ils apprennent la même chose que les autres, à savoir les règles d’hygiène, à socialiser, explique Nathalie, auxiliaire de vie depuis 2006. Nous sommes présentes en classe pour soutenir la maîtresse qui n’a pas forcément beaucoup de temps à accorder à l’élève handicapé. » « C’est bien que cette intégration commence le plus tôt possible, dès la maternelle, poursuit Corine, auxiliaire de vie depuis 2001. Quand ils arrivent dans une CLIS, tu vois la différence : ils prennent le rythme plus rapidement. »
Légende : L’auxiliaire de vie Corinne soutient une élève dans ses exercices de graphisme.
Trois questions à Jean-François Hamon, directeur de l’association Fleur de Vie
Quel est le rôle de Fleur de vie ?
Nous sommes un prestataire de services aux personnes handicapées et nous couvrons toute la province Nord, de Canala, à Tiabet en passant par Montfaoué. Nous sommes en activité depuis mars 2011, cela fait maintenant deux ans. Il n’y a que notre association qui s’occupe des enfants, qu’il s’agisse de suivi individuel ou collectif, c’est-à-dire en classe. Dans la CLIS de Téari, par exemple, les deux auxiliaires de vie (AVS) sont des personnels mis à disposition par Fleur de Vie. Quant aux adultes (18 à 60 ans) et aux personnes âgées, ils ont le choix entre nous et Alliage, un autre prestataire. C’est la famille qui choisit.
Vous avez de plus en plus de bénéficiaires. Est-ce que cela veut dire qu’il y a de plus en plus de personnes handicapées dans le Nord ?
Il est vrai qu’en seulement deux ans d’activité, le nombre de nos bénéficiaires est passé de 101 à 131. Les « nouveaux » sont surtout des adultes et des personnes âgées. Cela s’explique par le fait que l’information sur les services offerts aux personnes handicapées circule mieux. Avant, les adultes et surtout les personnes âgées restaient en famille, à la charge de cette dernière. Aujourd’hui, les familles demandent de l’aide. Quant aux enfants, ils sont repérés dès le début, à la PMI ou par l’assistante sociale, et sont suivis dans la foulée.
Quelles sont les difficultés que vous rencontrez ?
Une des difficultés, c’est de trouver des AVS. À Ouayaguette, par exemple, j’ai trois bénéficiaires. Je n’ai pas d’autre choix que de trouver une AVS qui habite dans la tribu. Ce serait difficile de trouver quelqu’un sur Hienghène qui accepterait de monter tous les jours là-haut pour une heure ou deux de travail. Souvent, de toutes façons, ce sont des personnes qui n’ont pas de véhicule. L’autre difficulté, c’est que nous devons composer avec un taux de roulement important : sauf pour le suivi collectif où les AVS sont en classe toute la semaine, il y a peu d’heures de travail par semaine. Et elles sont rémunérées entre 1065 et 1236 francs, dépendamment du niveau de qualification de l’AVS. Sur nos 67 AVS, 30 n’ont aucun diplôme.
Photo : A. P.
La première CLIS de VKP, Les Nouvelles Calédoniennes, 15 mars 2013

