Aujourd’hui, et jusqu’à jeudi, se tiendra le colloque Femme et Violences. Trois jours de conférences, débats, ateliers et témoignages afin, entre autres choses, de faire naître une politique de lutte contre les violences faites aux femmes calédoniennes.
Par Aude Perron
À l’hôtel de la Province Nord aujourd’hui, s’ouvre le colloque intitulé Femme et violences. Organisé par la Mission de la femme – un service créé en 2000 et intégré à la direction de la Culture, des Sports, des Loisirs et de la Mission de la Femme -, l’événement prévoit trois jours où se succèderont conférence, débat, lecture de témoignages, ateliers et diffusions de films. On y abordera toutes les formes de violences faites aux femmes, qu’il s’agisse de violence conjugale ou subie au travail, de violence physique, psychologique, sexuelle, verbale ou même économique.
Pourquoi donc la tenue de ce colloque ? Parce que les chiffres sont toujours aussi alarmants. Une étude de l’INSERM, intitulée Santé, conditions de vie et de sécurité des femmes calédoniennes, datant de 2003, révèle que 22 % des femmes déclarent avoir subi de la violence physique et/ou sexuelle dans leur couple. Également, un tiers des femmes qualifie leur premier rapport sexuel de non désiré (8 % forcé et 24 % non désiré, mais accepté). « C’est énorme », commente Gisèle Oudaré, chef du service de la Mission de la femme, à la lecture de ces statistiques.
Mais cet événement a pour objectif de faire un bilan du chemin parcouru depuis la tenue du colloque Violence : comprendre et combattre, tenu en 2002 et duquel a émergé une soixantaine de recommandations. « Il était temps de faire un état des lieux, explique Gisèle Oudaré. On peut dire que des progrès ont été faits, notamment en matière de structuration. » En effet, le service provincial compte 4 employés et s’est doté d’outils de communication efficaces. Le Conseil des femmes de la province Nord, une association qui fédère les différentes associations communales de femmes, s’est également consolidé.
Un des moments forts du colloque sera donc la présentation de l’étude du sociologue Jone Passa, qui dressera un portrait des structures et des dispositifs qui existent aujourd’hui en matière d’accueil, d’orientation et d’information sur les violences. Un autre moment attendu est le témoignage d’un juriste fidjien en droit de la personne qui doit présenter le Fiji Women Crisis Center, une ONG née en 1984 et qui offre un soutien légal et médical aux femmes et enfants victimes de violence. « Ce sera bien de voir comment ce pays a réussi à mettre en place cette organisation, malgré les clichés culturels, le poids du monde coutumier et l’instabilité politique », estime Gisèle Oudaré. Et ce sera peut-être une source d’inspiration pour mettre en place une structure à vocation semblable…
Gisèle Oudaré est donc ravie que les coutumiers aient répondu à l’appel. « C’est une avancée majeure qu’ils soient là, indique-t-elle. Leur présence est importante dans toute politique publique. Mais la lutte contre les violences faites aux femmes implique tellement de changements dans la société et dans les comportements, que cela ne peut pas se faire sans eux. » La chef du service de la Mission de la femme rassure, toutefois : « Il ne faut pas pointer du doigt : nous avons tous notre part de responsabilité dans cette violence, même nous, les femmes, avec la façon dont nous élevons nos garçons. »
À l’issue des trois jours, un comité de pilotage, réunissant les associations, les coutumiers et les organisations institutionnelles, sera créé afin de rédiger les actes finaux du colloque et l’élaboration et le suivi d’une plateforme d’actions à mettre en œuvre. Gisèle Oudaré espère que les recommandations pourront être présentées à l’Assemblée de la Province Nord, mais également au Gouvernement afin que ces derniers se dotent d’une véritable politique de lutte contre les violences faites aux femmes.
Photo : A. P.
En marche vers une politique de protection, Les Nouvelles Calédoniennes, 24 août 2010.

