Enseigner les maths autrement

À 18h30 ce soir, à la salle Au Pitiri, Gérard Lavigne donnera une conférence sur le besoin d’enseigner les maths autrement aux élèves calédoniens afin qu’ils réussissent mieux dans cette discipline et à l’école, en général.

Par Aude Perron

Organisée par l’association Jë Vë Fata, la conférence, intitulée De la culture océanienne au modèle mathématique : pour une approche etchnomathématique à l’école de Nouvelle-Calédonie, pourrait indiquer que le sujet s’adresse à un petit cercle restreint d’intellectuels. Or, il n’en est rien car l’enjeu est de taille et fort à propos en ces temps où, à travers le pays, l’on débat sur l’avenir de l’école en Calédonie. Le message de Gérard Lavigne, professeur de mathématiques depuis plus de 30 ans, est clair : si l’on veut que les élèves du Caillou réussissent mieux et accèdent aux filières scientifiques, il faut leur enseigner les mathématiques et les autres disciplines différemment.

Les statistiques parlent d’elles-mêmes : 39 % de la population calédonienne n’a pas de diplôme. Si l’on ne se concentre que sur la province Nord, cette proportion passe à 57 %. « C’est énorme, fait simplement Gérard Lavigne. C’était déjà comme ça il y a 30 ans. » Et comme ces proportions sont les mêmes encore aujourd’hui, c’est donc dire que la situation régresse car la population augmente, entraînant avec elle le nombre de sans diplômes. Alors on fait des écoles de la seconde chance et autres ALP et SEGPA pour rattraper les jeunes qui décrochent de l’école traditionnelle. « Mais c’est s’attaquer aux conséquences du problèmes, se désole Gérard Lavigne. Pas aux causes. » 

Comment en est-on arrivé là ? « L’école calédonienne est un copié-collé de l’école en Métropole », explique Gérard Lavigne, qui précise que Mayotte et la Guyane sont des situations similaires d’échec scolaire. Premier problème : les maths sont enseignées de manière abstraite et théorique, un méthode élitiste. « L’enseignement des maths est coupé de la réalité. Quand l’enfant sort de l’école, il n’a aucun rapport avec elles. Pourtant, elles sont liées à la vie. On peut extraire de tout l’environnement des éléments mathématiques », poursuit le professeur. Exemple à l’appui : l’icosaèdre tronqué, mieux connu sous la forme du ballon de foot. Pour étudier l’enchevêtrement de pentagones et d’hexagones, pourquoi ne pas commencer par observer le ballon rond ?

Mais le gros du problème est que ni la langue ni la culture d’ici ne sont prises en compte, selon Gérard Lavigne, qui milite dans ce sens dans ces interventions au primaire et ses cours à l’université. Enseigner les mathématiques en langue comporte certains avantages car, par exemple, l’addition est déjà suggérée dans la façon de compter : en effet, en langue, le chiffre six se dit « cinq et un ». Il faut donc s’appuyer sur des éléments de la culture qui font du sens, comme les formes géométriques, telles le losange, que l’on retrouve partout, des chambranles aux bambous gravés. « L’école ne sait pas mobiliser les intelligences développées par la culture océanienne. Si c’était le cas, les élèves de ce pays entreraient plus facilement dans les mathématiques », conclut Gérard Lavigne.

Photo : A. P.

Enseigner les maths autrement, Les Nouvelles Calédoniennes, 27 août 2010.

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