Quel rôle jouent les assesseurs coutumiers ?

La deuxième journée du colloque Femme et violences, mercredi, a été consacrée à la tenue d’ateliers. Celui sur le rôle et les pratiques des assesseurs coutumiers a été fort populaire.

Par Aude Perron

Pas facile d’être un assesseur et d’être confronté aux cas de violence envers les femmes. C’est ce qui est ressorti, entre autres choses, d’un des quatre ateliers au programme du colloque mercredi dernier. Les assesseurs, dont le rôle, prévu par l’ordonnance de 1982, est de permettre aux sujets de droit coutumier de faire valoir leurs particularités, sont pris au dépourvu dans les affaires qui se rendent au tribunal. « En tant qu’assesseur, cela nous choque que les choses aillent au tribunal alors qu’elles peuvent se régler au niveau de la coutume, confie Félix Douzenek. Une plainte doit être le dernier recours. »

Georges Mandaoué, président de la Commission de la femme, à la Province Nord, intervient : « Si une femme va au tribunal, c’est parce qu’elle n’est plus le choix, c’est parce qu’il y a  des carences au niveau de la tribu. Une femme violentée est isolée dans la tribu. » Le juge Daniel Rodriguez, président de la section détachée du tribunal de Nouméa à Koné, abonde dans ce sens : « Il faut que quelqu’un dise stop. Si les coutumiers ne le font pas, nous, nous le ferons. »

Pour le juge, le problème de la violence montre que les coutumiers kanak sont confrontés aux dysfonctionnements de leur société. L’assesseur François Gagne reconnaît que le monde kanak change : « Avant, si tu levais la main sur ta femme, les oncles maternels débarquaient. Mais aujourd’hui, on passe du monde collectif à l’individualisme. On ne respecte plus nos institutions, nos chefs de clan. »

Alors, ne devrait-il pas y avoir un outil entre la tribu et le tribunal ?, se demande Elizabeth Kaviérénéva, présidente du conseil des femmes, qui recherche une solution pour traiter le problème. « Demain, si je me fais taper, chez qui je vais ? Mon chef de clan peut-il m’aider ? » Elle fait remarquer qu’on nomme souvent de jeunes chefs de clan, parce qu’ils savent lire et écrire, au contraire de leur vieux. « Mais le jeune sait-il gérer les affaires de son clan ? »

Si ce n’est pas demain que cessera la violence faite aux femmes, l’atelier aura permis de générer des discussions. Comme pour les trois autres ateliers, des commentaires et des recommandations ont été confrontés en séance de travail organisée hier, en matinée, pour accoucher d’une synthèse et des recommandations du colloque. Ne reste plus qu’à espérer que le fruit de ce travail de trois jours se rende aux oreilles des élus. Le prochain colloque, dont la tenue est prévue dans trois à cinq ans, le dira.

Quel rôle jouent les assesseurs coutumiers ?, Les Nouvelles Calédoniennes, 28 août 2010.

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