De l’eau pour tous

La commune de Ouégoa vient d’inaugurer son réseau collectif agricole. Après moult réunions, une vaste campagne de sensibilisation et deux phases de travaux, les habitants et les agriculteurs ont aujourd’hui accès à une eau de qualité et ce, en tout temps.

Par Aude Perron

La situation était devenue intolérable. Certaines années de sécheresse, on en venait aux mains, à Ouégoa : usagers et agriculteurs se battaient pour avoir de l’eau. Il faut dire que la commune partait de loin. Pour alimenter ses habitants en eau douce, elle ne pouvait compter, à toutes fins pratiques, que sur le Diahot qui, de surcroît, est saumâtre sur une vingtaine de kilomètres. De plus, les consommations excessives, le gaspillage et les fuites d’eau étaient monnaie courante. Enfin, en période de sécheresse, les cultivateurs exerçaient une pression importante sur le réseau d’adduction en eau potable (AEP). Mais cette époque est bel et bien révolue car en août dernier, la commune a inauguré et mis en service son réseau collectif agricole. « Auparavant, les gens se disputaient pour l’eau, fait remarquer Roger Avril, ancien agent de la Cellule hydraulique à la Province Nord et aujourd’hui, prestataire de services. Aujourd’hui, tout le monde partage l’eau sur Ouégoa. »

Le projet a commencé en décembre 2003, avec la première étude sur le renforcement de la ressource en eau potable de la commune. Il s’est terminé en février dernier avec la fin de la deuxième phase de travaux. Il a été ponctué de très nombreuses réunions entre tous les partenaires associés au projet (mairie, province, agriculteurs, coutumiers) et de rencontres avec les usagers, au village et en tribu. Aujourd’hui, Ouégoa dispose de deux réseaux alimenté par un nouveau pompage sur la rivière Waredi, un des affluents du Diahot, qui produit 200m3/h d’eau : le premier est un réseau mixte AEP/agricole qui doit renforcer l’alimentation de la commune en eau potable ainsi qu’en eau agricole. Un investissement de quelque 360 millions de francs, financé à même le contrat de développement 2006/2010. 

Mais un deuxième réseau était également nécessaire afin que l’irrigation des cultures, notamment de bananeraies, ne pénalise pas l’approvisionnement en eau potable de la commune. Au coût de presque 130 millions de francs, ce deuxième réseau, uniquement agricole celui-là, dessert les cultivateurs du village, mais également les secteurs de Paraoua, Fern Hill et Balagam. « On sépare l’AEP et l’eau agricole, explique Roger Avril. C’est assez original. Cela va nous permettre de réduire de presque 50 % l’eau à traiter sur Ouégoa. » 

Et cette eau agricole sera utilisée à bon escient grâce à un système d’irrigation au goutte-à-goutte. En effet, la deuxième tranche de travaux a permis d’équiper 40 hectares de parcelles avec 230 km de conduites à travers desquelles circule l’eau. Cela concerne 84 agriculteurs qui ont accepté de s’équiper pour irriguer leur parcelle de façon raisonnée. Un investissement de l’ordre de 650 000 francs par hectare, mais qui peut faire l’objet d’une aide de la Province. Avec ces conduites et un système d’électrovannes, les agriculteurs maîtrisent désormais leur consommation et peuvent également injecter des engrais qui seront distillés progressivement. « Avec ce système, on peut faire des économies d’eau de 20 à 25 %. Et cela évite aussi de faire des épandages massifs d’engrais. C’est idéal », explique Eric Fillinger, technicien à la Cellule hydraulique de la Province Nord. Et les résultats semblent au rendez-vous car déjà chez certains agriculteurs, des régimes de bananes quelque 50 kilos ont été récoltés suite à la mise en place de ce dispositif. Et ce dernier convient à toutes les cultures puisqu’il a été dimensionné pour la banane qui est particulièrement consommatrice en eau.

Ce faisant, c’est une petite révolution qui s’est progressivement opérée sur la commune. « On avait une eau déficitaire, de piètre qualité en saison des pluies et gratuite, témoigne Fernand Martin, président de l’Association des Utilisateurs d’Eau Agricole de Ouégoa (AUEA). Aujourd’hui, nous avons une eau de qualité, en quantité et surtout payante. » En effet, un an de facturation à blanc, l’eau, au forfait, est devenue payante selon la consommation, à partir du 1er janvier dernier. C’est une pilule qu’il a fallu faire avaler, mais c’était une des conditions sine qua none pour que tous les usagers se responsabilisent et partagent mieux la ressource. « Nous avons remarqué que 25 % des gens consommaient 75 % de l’eau !, s’étonne encore Roger Avril. Alors nous avons prévu des tarifs adaptés à la consommation des ménages, mais dissuasifs pour les gaspilleurs. » Même chose chez les agriculteurs : leur facture annuelle s’élève à quelque 100 000 francs par hectare.

Henriette Hmae, à la tête de la mairie de Poum, était présente à la journée d’inauguration du réseau collectif agricole pour voir comment l’ensemble du dispositif a été mis en place. Sur sa commune, elle est également confrontée à des problèmes d’approvisionnement qui génèrent en conflits d’usage. « Ce qui m’intéresse, c’est la campagne de sensibilisation qui a été menée auprès des usagers. Nous ne pouvons compter que sur le captage sur le massif de Poum. Et toutes nos conduites datent d’une autre époque. Il faut les remplacer. » En attendant, à Ouégoa, le réseau collectif va continuer de se bonifier, notamment sur Bondé. Prochaine étape : renforcer l’adduction d’eau à partir de la Paala et améliorer le réseau de distribution.

Tarification AEP :

Catégorie de consommation trimestrielle Prix du m3 (en francs)
0 à 100 10 
100 à 200 20
200 et plus 40

Ouvrages réalisés :

Tranche 1 (réseau mixte AEP/agricole) :

1 tranchée drainante dans la rivière Waredi

1 station de pompage équipée de 3 pompes d’une capacité de 200m3/h

2 réservoirs de 350 m3

9,2 kilomètres de conduites pour acheminer la ressource au village

Tranche 2 (réseau agricole) :

5,7 kilomètres de conduites pour desservir Paraoua, Fern Hill, Balagam et le village

90 branchements d’irrigation

Photo : A. P.

De l’eau pour tous, Nord Infos, janvier 2013, p. 26-28.

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