Et la côte Est dans tout ça ?

Avec le nickel commence à couler à Vavouto, nous avons enquêté de Hienghène à Canala pour savoir si la côte Est tirait son épingle du jeu et quelles étaient ses potentialités de développement. Premier volet de notre série, qui reviendra chaque jeudi.

Par Aude Perron

Si la côte ouest a Vavouto, sur quoi sa consœur de l’est peut–elle compter pour se développer, en dehors du nickel du sud minier ? Pour tenter de répondre à cette vaste question, nous avons décidé d’élaborer une série de trois reportages, publiés les jeudis du mois de juin et qui zoomeront sur des filières économiques en particulier. Certaines sont attendues, d’autres discrètes, et d’autres enfin, prometteuses. Bien que dernières touchent généralement toutes les communes de la côte est, nous avons ciblé une commune pour en faire l’illustration.

Ainsi, nous vous parlerons d’agriculture à Canala. « Nous faisons partie des communes minières, mais nous nous définissons avant tout comme une commune agricole », confie le maire Gilbert Tyuienon. Et avec ses 800 hectares de surfaces agricoles utiles, le premier édile entend bien en faire la démonstration. Nous nous pencherons sur le secteur du tourisme, « très fédérateur, selon Grégoire de la Sablière, chargé de mission à la Chambre de commerce et d’industrie (CCI), car le travail du gîte est partagé entre tous : une personne cultive, une autre cuisine, une autre fait le ménage, etc. ». Et pour nous en rendre compte, quoi de mieux que de rallier Hienghène, hot spot de la « Zone côtière Nord et Est », inscrite au Patrimoine de l’UNESCO. 

Si Poindimié se défend largement en matière de tourisme, la commune a été retenue pour aborder la filière horticole, peut-être un des secrets les mieux gardés de l’économie de la côte est, puisqu’il s’agit d’un secteur aussi dynamique que discret. « Une activité très bien prise en main par les acteurs locaux, comme l’ont montré l’étude pour évaluer le Code de développement provincial et celle sur l’agriculture en tribu », ajoute Jean-Claude Gambey, directeur du Développement économique et de l’environnement (DDEE), à la Province. 

Cela étant, d’autres filières apportent leur pierre à l’édifice de l’économie de la côte est, mais certaines peinent à se structurer, telles que la pêche. L’apiculture, elle, est pleine de promesses : « Le marché est ouvert, il y a un vrai potentiel mellifère », précise-t-on à la DDE. Quant à l’élevage, on trouve quelques producteurs bovins importants, notamment sur Ponérihouen, et les poulets du GIE Meru tirent bien leur épingle du jeu. Mais rien d’intensif pour le moment car « cela représente des coûts très élevés et il faut des compétences certaines pour rendre le projet économiquement viable », fait remarquer Grégoire de la Sablière. Au chapitre des services, au-delà du secteur minier (terrassement, roulage, transport), ces derniers, notamment dans le BTP, se sont développés avec la réalisation d’infrastructures primaires (routes, AEP, etc.) lancées par les communes. La présence de deux pépinières d’entreprises, l’une à Houailou et l’autre à Canala, doit permettre l’installation d’entreprises locales. Mais les preuves restent à faire. Et pour y attirer des entreprises du sud, il faudra pallier au manque de logement sur les communes, principal frein à une installation durable et structuration du tissu économique.

Pour lire la suite de la série : 6 juin : Agriculture à Canala ; 13 juin : Tourisme à Hienghène ; 20 juin : Horticulture à Poindimié ; 

Le développement passera par les terres coutumières

Pour développer des projets sur la côte est, les promoteurs, locaux ou étrangers, n’ont souvent d’autre choix que de se tourner vers du foncier coutumier puisqu’à la suite de la réforme foncière conduite par l’Agence de développement rural et d’aménagement foncier (ADRAF), il ne reste que très peu de terres privées. Il existe parfois des tentions sur foncier coutumier et la côte est n’y échappe pas, surtout que « le foncier aménageable y est rare, donc la pression est forte. Ces tensions peuvent être bloquantes pour les projets, tant que les questions foncières ne sont pas clarifiées », explique l’agence publique. 

Si le foncier ne fait pas l’objet de litiges, reste à convaincre de la faisabilité et des mérites du projet. Mais convaincre qui, au juste ? « Sur du foncier coutumier, la donne est un peu plus compliquée car l’interlocuteur n’est pas une seule personne, mais un groupe. Il faut donc parvenir à identifier les bons interlocuteurs au sein de ce groupe, ce qui est parfois une réelle difficulté. C’est pourquoi les projets sur terres coutumières peuvent être parfois longs à se concrétiser, mais prendre le temps d’obtenir l’adhésion du groupe est une étape nécessaire pour assurer la pérennité du projet. Plus le projet est susceptible de satisfaire les besoins collectifs, plus son acceptabilité par le groupe sera forte. »

Photo : A. P.

Et la côte Est dans tout ça ?, Les Nouvelles Calédoniennes, 30 mai 2013.

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