Nuit blanche et nettoyage

Hier après-midi, les grévistes ont effacé les traces des deux dernières semaines de conflit qui ont forcé des automobilistes à passer la nuit de dimanche sur la RT1. Même si certains étaient en colère, tout s’est déroulé dans le calme.

Par Aude Perron

Nombreux sont les Calédoniens sont allés au travail, lundi matin, les traits tirés et les yeux rouges. Non pas pour avoir fait la fête tout le week-end, mais plutôt pour avoir passé la nuit de dimanche dans leur voiture, sur la RT1, de part et d’autre de l’aire de repos de Poya. Si depuis le début du conflit, le barrage a toujours été filtrant ou alors levé en fin de journée, le ton a été durci dimanche : le barrage ne sera pas levé. « Nous n’étions pas contents de l’avancée des négociations, alors nous (NDLR : les grévistes de Poya) avons décidé de monter le ton, explique Arnold Delrieu, du CSTNC. L’intersyndicale n’aime pas ce genre de méthodes, mais nous l’avons fait en notre nom. »

Résultat : les passagers de quelques 200 véhicules ont été bloqués pour la nuit, jusque 5h du matin, lundi. « Des familles, des personnes et quelques personnes malades », témoigne la gendarmerie. Dans l’urgence, deux centres d’hébergement ont été ouverts, l’un au lycée professionnel de Bourail, l’autre à la mairie de Poya. Dans la salle du conseil de la commune, des nattes et des couvertures ont été installées et un petit goûter a été servi. « Nous avons accueilli une cinquantaine de personnes, témoigne Nathalie, de la mairie. Ce sont surtout des familles qui sont venues à cause des enfants. Et il faisait froid. » 

Mais ce n’était pas une solution pour Robert, en colère d’avoir été coincé dès 12h30 du côté sud du barrage. Il était à quatre kilomètres à pied de la mairie et n’avait pas assez de carburant pour se rendre à Bourail et ensuite remonter sur Koné. « Je pensais vraiment qu’ils allaient faire un geste pour ce dimanche de fêtes des mères et laisser les gens passer. Ils ont pris en otage les consommateurs du Nord. Et le comble, c’est que dans la file, il y avait plein de gens qui ont marché contre la vie chère la semaine dernière ! »

Lise a vu plusieurs « mamies, toutes endimanchées, bien coiffées et de fière allure », probablement bien déçues de ne pouvoir rejoindre leur famille. Cette expatriée remontait de Nouméa, après l’annulation de son vol pour Ouvéa vendredi. Elle a donc dû, elle aussi, passer la nuit dans la voiture et décrit une scène un peu surréaliste. « C’était impressionnant comment tout était calme. Les voitures se sont rangées sur le côté, tous les phares étaient éteints. Au loin, je voyais les feux du blocage et les grévistes qui faisaient des rondes. Tout le monde était civilisé, discret, il n’y a pas eu d’esclandre. » 

A 14h30 aujourd’hui et jusque 17h, les grévistes ont une dernière fois bloqué la circulation pour dégager les tas de terre et les carcasses de véhicules. « C’est un moment fort pour nous : cela rappelle les Événements sur Poya, confie Arnold Delrieu », regardant la scène et s’avouant soulagé par la fin de la grève. « Je remercie le haussaire de ne pas avoir envoyé les forces de l’ordre sur Poya. Il a bien saisi les choses. J’ai plus confiance en lui qu’en nos politiques ! »

Photo : A. P.

Nuit blanche et nettoyage, Les Nouvelles Calédoniennes, 28 mai 2013.

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