Le chaînon manquant

Pendant trois mois, un consultant spécialisé en biologie marine est au « Laboratoire-Pays » pour identifier une espèce de zooplancton qui viendra nourrir les larves de pouatte actuellement en élevage.

Par Aude Perron

Lentement mais sûrement, les travaux d’expérimentation avancent au Centre calédonien de développement et de transfert en aquaculture marine (CCDTAM), sur la presqu’île de Foué. En ce moment, un jeune chercheur, Thomas Camus, est en mission pour identifier dans le lagon une espèce de zooplancton que le centre élèvera pour nourrir ses larves de pouatte. « Cette espèce serait le chainon manquant de notre élevage larvaire », confie Bruno Noguerra, le directeur du centre.

Car en décembre dernier, le CCDTAM a franchi une étape et non la moindre : les pouattes ont pondu. Cependant, plus de 90 % des larves ont été perdues dans les jours suivants. La faute à leur bouche trop petite pour manger les proies vivantes (des rotifères, sorte d’invertébré d’eau douce) qui sont normalement données aux larves entre le 3e et le 15e jour de vie. « Les larves de pouatte ont une très petite bouche, c’est souvent le cas chez les poissons tropicaux. Et quand une larve ouvre la bouche, généralement au 3e jour, si elle ne trouve pas à manger dans les heures qui suivent, elle devient déformée ou alors elle meurt », explique Bruno Noguerra, qui a l’intime conviction que c’est là que repose l’explication à la mortalité de ses larves. 

Afin d’améliorer leur taux de survie, une pêche a été réalisée aux abords du wharf de Foué et une espèce de copépode (petit crustacé pas plus gros qu’une lente) a été sélectionnée. En plus de sa petite taille, elle est adaptée pour d’autres raisons : c’est une proie d’eau salée (contrairement au rotifère) donc une nourriture plus naturelle, elle possède de meilleures qualités nutritionnelles et son comportement (des déplacements très vifs) « réveille les instincts de prédation des larves », indique Thomas Camus. 

Le petit crustacé a donc été isolé et mis en culture. La production de mille copépodes par litre est visée pour décembre, au moment de la prochaine ponte de pouatte. « La grande difficulté est de synchroniser les deux élevages », admet Bruno Noguerra. Et c’est sans compter que le copépode doit avoir été nourri avec un cocktail de phytoplancton que le CCDTAM développe à l’heure actuelle. « Le but du jeu est de recréer tout un écosystème », résume Thomas Camus. Un écosystème d’élevages parallèles qui représentent autant d’étapes à réussir avant que le pouatte atterrisse dans l’assiette des Calédoniens.

Légende : Dans la salle d’élevage plongée dans la noirceur, Thomas Camus éclaire un des bassins de copépodes, petit crustacé tout juste visible à l’œil nu.

Photo : A. P.

Le chaînon manquant, Les Nouvelles Calédoniennes, 3 juin 2013.

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