Hélène Iékawé : « Un enjeu majeur qui doit dépasser nos clivages »

Depuis le vote de la délibération, les travaux pour traduire le texte sur le projet éducatif en actions se poursuivent avec une tournée auprès des institutions. Le point avec Hélène Iékawé, en charge de l’enseignement.

Propos recueillis par Aude Perron

Les Nouvelles Calédoniennes : Aujourd’hui, où en est le projet éducatif ?

Hélène Iékawé : Sa concrétisation est en marche. En effet, après l’adoption de la délibération le 14 janvier dernier par le Congrès, c’est la phase d’instruction des actions qui est en cours de préparation. Il s’agit également de définir quels sont les moyens matériels, humains, les besoins de formation, le coût des mesures, etc. Elle est pilotée par des membres de la communauté éducative tels que les chefs d’établissement, les inspecteurs ou le personnel d’encadrement des directions de l’enseignement de la Nouvelle-Calédonie, des provinces et du vice-rectorat.

Quels sont les éléments de ce projet qui coincent encore ?

Il y a évidemment des sujets plus délicats que d’autres qui feront inévitablement l’objet d’échanges et de discussions. Mais le débat, c’est le mode de gouvernance du Congrès. Les élus apporteront des modifications, des améliorations, ou encore exigeront des garanties. C’est normal. De ces débats naîtra une solution consensuelle laquelle devra être approuvée par une majorité.

Des parents trouvent qu’ils n’ont pas vraiment été consultés, certains regrettent que les élèves ne l’aient pas été non plus…

Le débat sur l’avenir de l’école calédonienne s’est déroulé durant six mois, d’avril à octobre 2010 sur l’ensemble du territoire, au travers de réunions publiques, d’un site internet dédié et de contributions écrites des organisations du personnel, des partis politiques, des associations… Les parents, leurs représentants comme les délégués des élèves des collèges, des lycées jusqu’aux étudiants y ont largement participé. Le temps du débat est maintenant terminé. Aujourd’hui, c’est celui du politique avec l’adoption du projet éducatif et sa mise en œuvre. On a assez perdu de temps. L’éducation est un enjeu majeur qui doit dépasser nos clivages politiques.

Quand le projet éducatif va-t-il devenir concret ?

Le calendrier des actions s’étalera sur trois ans, de 2017 à 2019, sauf si le Congrès en décide autrement, bien entendu. Pour que ces actions commencent en 2017, il a fallu les préparer bien en amont. Ainsi, en mai dernier, lors du dialogue de gestion avec l’État, j’ai obtenu des moyens supplémentaires. Ce n’était pas gagné d’avance car pour l’Education nationale, la compétence de la Nouvelle-Calédonie sur l’enseignement étant déjà effective, elle devait faire avec la même Mise à disposition globale et gratuite (MADGG), c’est-à-dire avec les mêmes moyens ! A l’heure actuelle, un protocole d’accompagnement entre l’État et la Nouvelle-Calédonie pour le projet éducatif est en cours de finalisation [voir encadré].

Vous faites une tournée auprès des collectivités. Dans quel but ?

Comme avec l’Etat, l’école est une compétence liée avec les provinces et les communes : les communes gèrent les bâtiments des écoles publiques, les provinces sont les employeurs des enseignants du primaire public, et gèrent les internats des collèges publics, l’Etat affecte des moyens en personnel pour le secondaire et pour le privé, etc. Le projet ne peut donc être mis en place sans le concours de toutes les institutions [voir ci-dessous].

A quel point les partenaires sont-ils engagés/contraints par ce projet et sa charte ?

Il s’agit plutôt de responsabilité. L’école calédonienne est de la responsabilité de tous les partenaires (État, NC, provinces, communes), tout comme de chacun des membres de la communauté éducative (parents, personnel enseignant, etc.).

C’est la convergence des actions des différents partenaires et des acteurs qui permettra à la Nouvelle-Calédonie de développer sur l’ensemble du territoire une école de qualité fondée sur le respect mutuel, la tolérance et la solidarité.

Quels moyens les partenaires devront-ils engager pour mettre en œuvre les actions de la charte ?

C’est pour l’instant difficile à estimer, car ces moyens doivent faire l’objet de délibérations, chacun à son niveau. Mais au-delà des moyens, c’est surtout leur engagement qui est attendu. L’enseignement, c’est avant tout des acteurs sur le terrain, et leur engagement auprès de la jeunesse est fondamental pour le pays.

Repères

Une tournée auprès des différents partenaires

Le projet éducatif et sa charte font l’objet d’une tournée de présentation auprès des collectivités : communes, provinces et autres institutions. La déclinaison du projet éducatif (dans leurs compétences) figurera dans la charte présentée au Congrès fin septembre. Priorités du Sénat coutumier et de la mairie de Houaïlou.

  • Sénat coutumier

Une des priorités du Sénat coutumier est le maintien des écoles de proximité, avec l’aide des familles et de la tribu « pour permettre aux maternelle de se lever moins tôt et de grandir dans leur milieu culturel », indique Roch-Alphonse Wamytan, président de la commission Éducation/formation et jeunesse. Également, les sénateurs soutiennent la création du service civique, une proposition dont ils sont d’ailleurs les instigateurs. En ce qui concerne l’enseignement de la culture kanak, l’institution veillera au grain car « aujourd’hui, il y a plus d’efforts à faire ».

  • Mairie de Houaïlou

Avec la nouvelle mandature, la commune a déjà identifié des priorités en matière d’enseignement et prépare sa propre politique d’éducation qui fera l’objet d’une délibération d’ici la fin de l’année.

Elle travaille sur trois priorités : la première, la lutte contre le décrochage scolaire. Déjà, la mairie a mis en place à la rentrée 2016 un PEL (projet éducatif local) dans chaque école primaire. La deuxième priorité : impliquer davantage les parents au travers d’une fédération des parents d’élèves du public et du privé. La troisième priorité : « Briser l’isolement pédagogique dont souffre Houaïlou, à travers des rencontres sportives, un meilleur accueil du personnel enseignant avec du logement, de l’animation communale, énumère Frédérique Muliava, directrice du cabinet du maire Pascal Sawa. L’école est l’affaire de tout le monde. Nous devons aller au-delà de nos prérogatives. »

Visite de Najat Vallaud-Belkacem

La Nouvelle-Calédonie a récemment pu obtenir des moyens supplémentaires pour la mise en œuvre de son projet éducatif. À l’occasion de son déplacement à Paris en mai dernier, le président Philippe Germain a rencontré la ministre de l’Éducation nationale, de l’enseignement supérieur et de la recherche, Najat Vallaud-Belkacem. Un accord de principe confirmant le soutien de l’État a été trouvé et des moyens financiers et humains supplémentaires devraient être engagés. La ministre est attendue en octobre prochain pour signer cette convention triennale entre la Nouvelle-Calédonie et le ministère de l’Éducation nationale.

Un plan 2017-2019

La charte d’application regroupe les actions du projet éducatif, un plan triennal de mise en œuvre et l’engagement des différents partenaires. Quelques exemples d’actions :

2017 : créer un parcours civique obligatoire ; mettre en œuvre l’obligation de formation pour les jeunes de 16 – 18 ans qui ont décroché sans aucun diplôme ; renforcer la maîtrise des fondamentaux en français et en mathématiques ; mettre sur pied l’Observatoire de la réussite éducative.

2018 : attribuer un budget dans chaque établissement pour créer un fonds documentaire culture et langue kanak ; mettre en place l’adaptation de la réforme du collège en Nouvelle-Calédonie ; créer un parcours d’orientation, de la sixième à la terminale.

2019 : élaborer une politique sanitaire et sociale scolaire ; généraliser la labellisation « développement durable » auprès de tous les établissements (60 % dans le primaire et 70 % dans le secondaire).

Photo : Jacquotte Samperez

Hélène Iékawé : « Un enjeu majeur qui doit dépasser nos clivages », Les Nouvelles Calédoniennes, 26 juillet 2016.

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