Les partenaires sociaux l’attendent. Le Fonds interprofessionnel d’assurance formation (FIAF) poursuit sa mise en place. Il fera l’objet d’une loi de pays en octobre prochain, avant son démarrage au 1er janvier 2017.
Par Aude Perron
Faire monter les Calédoniens en compétences. Et ce d’ici trois ans. C’est à tout le moins le pari que font les administrateurs du Fonds interprofessionnel d’assurance formation (FIAF) et le temps qu’ils se donnent pour y parvenir. « Cet outil va révolutionner le monde de la formation professionnelle, s’enthousiasme Xavier Benoist, le président de ce nouveau fonds. Vu la morosité économique, c’est un super-projet. »
Quand on lui demande si son récent déplacement en Métropole avec des administrateurs du FIAF en a valu la peine, la réponse de Xavier Benoit ne se fait pas attendre. « C’est oui fois dix ! On s’est rendu compte de la puissance de l’outil et on a vu tout ce que l’on doit faire et ne pas faire », confie le représentant de la CGPME-NC. Pendant huit jours, la délégation calédonienne d’une dizaine de personnes a enchaîné les rencontres, notamment avec des fonds de branches, des fonds interprofessionnels et des partenaires sociaux. Le but : voir comment des fonds similaires fonctionnent, comment ils s’articulent avec leur secteur, s’inspirer de ce qui marche bien et éviter leurs erreurs.
Pour l’emploi local
Déjà, parmi ce que le FIAF voudrait reproduire, à partir du 1er janvier 2017, on compte la proximité avec les différents secteurs. Cette proximité permettra d’avoir des données à l’instant T, de savoir quel secteur embauche, quels sont les besoins d’un autre, bref d’être pertinent. Et pour ne pas être qu’un percepteur et distributeur automatique de formations, le FIAF développera des offres de services pour accompagner les entreprises, à l’instar, par exemple, de ce que propose Constructys, l’organisme paritaire collecteur agréé (OPCA) du BTP, en Métropole.
Des offres de services par secteur, donc, mais également transversales, pour une finalité commune : la montée en compétences des Calédoniens. Le chantier des prochains mois consistera donc à identifier les secteurs, entreprises ou corps de métiers prioritaires. « Cet outil, c’est gagnant-gagnant, autant pour le salarié que pour l’entreprise, confie Tony Dupré, représentant de la Cogetra. Et il va favoriser l’emploi local, grâce à l’augmentation des compétences des Calédoniens. » Restera aux 6 000 entreprises concernées (hors patente) de se prévaloir du potentiel de ce fonds, dès le 1er janvier prochain. Pour rappel, il devrait être doté d’environ 400 millions de francs, grâce à une contribution obligatoire des employeurs privés (perçue par la Cafat) correspondant à 0,2 % de leur masse salariale (incluant potentiellement le 0,7 % des entreprises de plus de 10 salariés, prévu pour la formation et non utilisé).
Et en Polynésie ?
Une jolie somme qui ne dormira pas, Xavier Benoist en est convaincu : « Le fonds n’est pas encore opérationnel qu’on a déjà des entreprises et des groupements professionnels qui frappent à la porte. » Et que dire des milieux où il y a carrément « sécheresse » de formation ? Besoin il y a, donc. Chez nos voisins polynésiens, les cotisations du Fonds paritaire de gestion ne dorment pas non plus : en 2013, le montant total demandé en formations s’élevait à plus de 2 milliards de francs alors que l’enveloppe disponible se chiffrait à 600 millions de francs (lire aussi en ci-contre).
Et tandis que les entreprises et syndicats professionnels commencent à se manifester, il en va certainement de même pour les quelque 175 organismes de formation recensés. Cette fois, l’exemple de la Polynésie invite à une certaine vigilance. Avec la création du Fonds paritaire de gestion, en 2009, sont apparus des formateurs de tout acabit, dont certains peu scrupuleux. De 200, ces entreprises – individuelles pour la plupart – sont devenues 400. « Notre Fonds paritaire n’avait pas l’arsenal juridique nécessaire pour contrôler la qualité et la réalité des formations, se rappelle Alexandre Chodzko, chez Tahiti Formation. Cet arsenal vient d’être voté pour une mise en place au 1er janvier 2017. La Calédonie a tout intérêt à contrôler rapidement ce type de dérive. »
Le point de vue de… Jean-Marie Luttringer, consultant en politique de formation
Les Nouvelles calédoniennes : Le FIAF calédonien est-il sur la bonne voie ?
Oui. Le Fonds interprofessionnel d’assurance formation calédonien est un produit de la méthode du dialogue social prônée par la Nouvelle-Calédonie. Les partenaires sociaux sont dans leur rôle naturel en proposant à leurs adhérents respectifs, et au-delà à tous les salariés, une offre de services à valeur ajoutée, qui ne relève ni de la compétence exclusive de la Nouvelle-Calédonie ni de celle des provinces, et qui n’est accessible ni à chaque entreprise ni à chaque salarié pris isolément. Seule la mutualisation de ressources financières, de conseil et d’ingénierie de formation, au service des entreprises et des salariés permet d’atteindre cet objectif.
Quels écueils faudra-t-il éviter ?
Une offre de services qui ne répondrait pas aux besoins des entreprises et des salariés. Une survalorisation de la fonction de « gestion administrative » du fonds (au demeurant vitale), au détriment de la fonction information, conseil, accompagnement des entreprises et des salariés. Un repli des partenaires sociaux au sein du FIAF qui serait leur « pré carré » alors que celui-ci a vocation à devenir un partenaire décisif de la « gouvernance » de la formation professionnelle en Nouvelle-Calédonie à laquelle sont associés le gouvernement, les provinces, mais également les prestataires de formation.
Un fonds tel que le FIAF est-il le meilleur outil pour faire monter en compétences des salariés ?
La formation professionnelle n’est pas l’unique facteur qui contribue au développement de la compétence des salariés, l’environnement et l’organisation du travail y sont pour beaucoup. De plus, le FIAF n’a pas vocation à devenir le financeur exclusif de toute action de formation. Les entreprises elles-mêmes, sur leurs fonds propres, seront appelées à le faire. Comme la Nouvelle-Calédonie et les provinces. Mais le FIAF a vocation à apporter une contribution décisive.
Repères
Six ans de fonds en Polynésie
Le Fonds paritaire de gestion existe depuis 2009. En 2013, il comptait 6 233 entreprises cotisantes. Parmi ces dernières, seulement 1 714 ont sollicité un financement, soit 27 %. Ces entreprises comptent de 1 à 19 salariés (dans 85 % des demandes). Si seulement le quart d’ayant-droit se prévaut d’une formation, l’ensemble des cotisations sont utilisées. En 2013, les cotisations reçues s’élèvent à 600 millions de francs et les dépenses de formation, elles, à 682 millions de francs.
Quelles formations en Polynésie ?
Les formations, délivrées par des organismes locaux ou de Métropole (40 % des fonds), touchent tous les domaines : vente, comptabilité, gestion des conflits, langues anglaise et chinoise, etc. Des formations diplômantes et qualifiantes (CAP, bac pro, DU, master) ont également été demandées : droit, ressources humaines, médiation. Mais selon Alexandre Chodzko, de Tahiti Formation, environ 60 % des fonds seraient utilisés pour faire des formations dites de sécurité (lutte contre le feu, secours civiques, ergonomie, habilitation électrique, etc.).
Photo : Archives LNC
Un fonds de formation au service de tous les Calédoniens, Les Nouvelles Calédoniennes, 20 juillet 2016.

