Huit semaines sans avion

L’aérogare de Koné est tombé en hibernation pour huit semaines, vendredi soir dernier. Il en va tout autrement sur la piste où les travaux d’agrandissement et d’élargissement se poursuivent. Fin prévue des travaux : mi-2014.

Par Aude Perron

« Ne vous en faites pas, ce ne sont pas des draps qu’on a posés sur la piste, avertit Sébastien Péronnet, chargé des opérations, à la Direction de l’Aviation Civile (DAC). Ce sont des croix en géotextile. C’est pour signaler à un pilote qui n’aurait pas lu les notams (NDLR : de l’anglais Notice To Airmen, soit des messages aux navigants aériens) que l’aérodrome est fermé. » Depuis le ciel ou même au sol, difficile de rater ces trois grands « x » formés à l’aide de gros rouleaux de textile blanc. Ils y seront pendant les huit prochaines semaines, le temps que se poursuivent les travaux sur la piste d’atterrissage. Depuis vendredi désormais, seuls les hélicoptères peuvent se poser (il y a un posé et un décollage par jour, en moyenne, à Koné), mais « c’est géré au cas par cas, selon les travaux en cours », précise le chargé des opérations. Quant aux rares Evasan, elles se feront par hélicoptère uniquement.

Sur le chantier qui a débuté fin avril dernier (voir notre édition du 2 mai 2013), une quarantaine d’employés des entreprises Colas, Bolliet et Sepac s’affairent à élargir et allonger la piste de 10 m et 350 m, respectivement, et préparer son revêtement, le marquage et balisage. Une vaste opération de mise aux normes de l’aérodrome qui développe ses capacités d’accueil d’un trafic aérien qui va en s’accroissant (voir encadré). Pour l’instant, les délais sont à peu près respectés, en dépit des dépressions June et Edna qui sont venues troubler la fête et ont coûté une quinzaine de jours au planning. « Il y avait beaucoup de débris sur la piste et les engins n’ont pas pu reprendre une activité correcte avant une bonne semaine, à chaque fois. Au moins, cela nous a permis de voir que toutes les eaux de pluie ont bien été récupérées par l’ouvrage cadre. Il a bien joué son rôle », fait remarquer Sébastien Péronnet.

Huit semaines d’arrêt, donc, hors intempéries, bien entendu. Le temps va sembler long pour les quelque 450 passagers mensuels en moyenne des vols commerciaux d’Air Calédonie entre Nouméa et Koné. Déjà, au printemps dernier, les travaux avaient entrainé, pendant six semaines, la suppression des vols du mercredi, afin que les entreprises puissent besogner trois jours en continu. Mais aujourd’hui, sur le chantier, la nature des travaux est telle qu’il est préférable de carrément fermer, assure Olivier Béal, Chef du Bureau des Infrastructures Aéronautiques (DAC) : « C’est le meilleur compromis entre l’impact sur les usagers, le rendement du chantier, les coûts et les risques pour la sécurité aérienne. Il y a une foule de vérifications à faire quand on ferme et on ouvre une piste. Réouvrir constamment, c’est à chaque fois prendre le risque qu’un objet soit oublié sur la piste, que le balisage ne soit pas remis en service ou qu’un trou ne soit pas refermé. C’est un risque à la sécurité. » Sans compter que cela étire le temps des travaux, ce qui n’est pas sans conséquence sur le montant de la facture…

À la réouverture, cependant, avec une piste exploitable de 1220 m de longueur et 30 m de largeur, l’aérodrome de Koné sera fin prêt pour accueillir l’ATR 42 à pleine capacité et surtout l’ATR 72 avec 48 passagers à son bord (et 60 minimum lorsque des obstacles restrictifs autour de l’aérodrome, notamment un bâtiment provincial, seront éliminés permettant d’exploitation de la piste sur toute la longueur, soit 1350 m). Koné deviendra ainsi le 3e aéroport domestique du pays (avec Magenta et Lifou) à être en mesure de recevoir l’ATR 72. Dans cette même opération de modernisation, un nouvel aérogare, une tour de contrôle, des parkings d’avion, une bretelle, un dépôt de carburant et une caserne de pompiers verront le jour, au nord de la piste, à l’horizon 2016 ou 2017. Coût prévu : 1,2 milliard CFP. 

Légende : La nouvelle piste de 1350 m sera exploitable sur 1220 m, en attendant que soient écartés des obstacles autour de l’aérodrome qui « percent » les servitudes aéronautiques.

Repères : 

Le chiffre : 3. Après Lifou en 2010 et Magenta en 2011, Koné devient le 3e aérodrome à mettre aux normes ses infrastructures pour accueillir l’ATR 72.

Nombre de passagers entre Nouméa et Koné :

2009 : 2 689 

2010 : 4 493

2011 : 4 902

2012 : 5 601

Une opération de plus de 1 milliard de francs en trois marchés distincts :

Ouvrage d’art (sorte de tunnel qui traverse sous la piste destiné à canaliser les eaux de ruissellement)

Entreprise : Dumez. 

Coût : 280 millions CFP.

Terrassement, chaussée, revêtement (d’une piste de 30 m de large et 1350 m de long).

Entreprise : Colas-Bolliet. 

Coût. 670 millions CFP.

Balisage lumineux (conduit en parallèle du 2e marché)

Entreprise : Sepac

Coût : 70 millions CFP.

Photo : D.R.

Huit semaines sans avion, Les Nouvelles Calédoniennes, 13 mars 2014.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *