Faire décoller la pisciculture

Le centre aquacole de Foué héberge un chercheur qui teste une alternative à l’alimentation des larves de demoiselles. Le but du projet « Elicoptr » : élever ce poisson ornemental, mais aussi des espèces pour la consommation.

Par Aude Perron

Penché au-dessus du bac, Thomas Camus regarde les quelques petits amas d’algues qui flottent dans l’eau. Difficile de croire que se trouvent là des milliers de larves et d’oeufs de dascyllus, mieux connus des aquariophiles sous le joli nom de demoiselles. « Les dascyllus pondent sur substrats, explique le post-doctorant, au Centre calédonien de développent et de transfert en aquaculture marine (CCDTAM), à Foué. C’est difficile d’estimer combien l’Aquarium des Lagons nous en a envoyés. » Nous sommes au beau milieu d’une expérimentation très pointue du projet Elicoptr (voir encadré). Le jeune scientifique doit tester sur des larves de demoiselles trois traitements alimentaires de zooplancton, notamment des copépodes. Objectif : améliorer l’élevage de ce petit poisson d’aquarium.

Dans la pièce où trônent des bacs et des seaux, les larves sont réparties en différents groupes pour tester les trois protocoles : des rotifères (mollusque), des copépodes (crustacé) et un panaché des deux. « Depuis 30 ans, toute l’aquaculture tourne autour de l’élevage de larves nourries avec des rotifères, explique Thomas Camus. C’est ce qui est utilisé dans toutes les écloseries en milieu tropical. Ils sont très tolérants au niveau de la qualité de l’eau et de leur nourriture. On peut même leur donner de la nourriture artificielle. » 

Mais le jeune scientifique rêve de trouver une alternative : les copépodes. Proie dont la taille est plus adaptée à la petite bouche des larves, ils possèdent de meilleures qualités nutritionnelles et leurs déplacements – très rapides –  attise l’instinct de prédation des larves. L’affaire n’est pas encore dans le sac, toutefois. « Là, j’en suis au troisième essai. Le larvaire est imprévisible : on peut avoir mille et un problèmes, entre la nourriture, la qualité de l’eau, l’aération, même la couleur du bac d’élevage ! », confie le chercheur. 

N’empêche que Thomas Camus a déjà une petite réussite à son actif. L’an dernier, il est venu au CCDTAM quelques mois pour apporter une expertise scientifique et technique dans un élevage de copépodes destinés à nourrir les larves de pouattes (et de loche truite) de l’écloserie de Foué. Aujourd’hui, ces dernières sont devenues des juvéniles de trois mois et viennent d’ensemencer un bassin de la ferme expérimentale aquacole de Touho, il y a deux semaines (voir notre édition du 28 février). « Tous les poissons qui sont en cage à Touho ont été nourris avec des copépodes. On peut dire que Thomas a apporté une aide précieuse l’élevage expérimental du CCDTAM, commente Manuel Ducrocq, un des responsables du programme ZoNéCo. J’espère qu’on pourra faire bénéficier le tissu local de cette expertise pour développer une vraie filière piscicole en Calédonie. »

Le projet Elicoptr

Le projet Elicoptr (évaluation des caractéristiques biologiques et nutritionnelles et de l’aptitude à l’élevage d’espèces indigènes de copépodes) est une opération du programme ZoNéCo de l’Adecal technopole, conduite en partenariat avec l’Ifremer. La mise en culture de copépodes doit permettre d’évaluer le taux de survie des larves d’espèces ornementales et d’espèces destinées à la consommation, telles que le picot, le pouatte, la loche truite, actuellement élevés (ou dont l’élevage est testé) en Calédonie.

Légende : Le post-doctorant Thomas Camus peut apporter son expertise sur les copépodes à n’importe quel pisciculteur.

Photo : A.P. et Martin Ravanat/Tiéti Diving

Faire décoller la pisciculture, Les Nouvelles Calédoniennes, 22 mars 2014.

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