Le coût du risque

Mercredi dernier, la Direction du travail et de l’emploi et la Cafat sont venues à la rencontre des entreprises du Nord. Objectif : sensibiliser aux risques professionnels qu’elles doivent évaluer d’ici la fin de l’année.

Par Aude Perron

Les chiffres sont impressionnants. En 2012, plus de 3400 accidents du travail, de trajet ou cas de maladie professionnelle ont été enregistrés en Calédonie et généré 153 564 journées de travail perdues. C’est dans l’optique de les réduire que le code du travail impose aux employeurs de prendre les moyens pour protéger la santé physique et psychologique de leurs employés. Pour ce faire, toute entreprise d’au moins un salarié doit engager une démarche d’évaluation des risques auxquels ces derniers sont exposés. Échéance : le 31 décembre.

C’est pourquoi la Direction du Travail et de l’Emploi ainsi que la CAFAT avaient donné rendez-vous aux employeurs et salariés du Nord (entreprises, collectivités, administrations, etc.) désireuses de se mettre dans les clous. Une douzaine ont répondu à l’appel, notamment Jean-Paul (*), un fabricant de charpentes et toitures. « Dès qu’une personne est arrêtée, ça fait un trou dans l’entreprise. C’est dur de la remplacer car il manque de compétences dans le Nord », admet ce fabricant de charpentes et toitures. Il entend bien que moins de risques, c’est moins d’accidents et arrêts, un meilleur respect des commandes, des clients plus satisfaits, donc plus de commandes, des embauches, des bénéfices, etc. Bref, c’est entrer dans un cercle vertueux.

Mais il y a du boulot car les risques professionnels sont partout, que l’on travaille dans une usine, sur un chantier, dans une administration ou autre. C’est la gravité et la fréquence qui varie selon le milieu. « Chez nous, les gens sont polyvalents, poursuit Jean-Paul. Donc forcément, ils sont exposés à une multitude de risques. C’est difficile à gérer. Par chance, les accidents ne sont pas graves : des poussières dans les yeux ou des coupures » Moins visibles que les blessures, les risques de maladies professionnelles peuvent également toucher les entreprises. « Les TMS (NDLR : troubles musculo-squelettiques) constituent 70 % des maladies professionnelles, alerte Laurent Grave, technicien en prévention des risques professionnels, à la CAFAT. Ce sont des douleurs très handicapantes. A la fin, tu ne peux même plus tenir des objets dans ta main. Les TMS ne sont pas des douleurs que l’on peut laisser au travail : on vit avec tout le temps ! »

Quel plan d’attaque, donc, pour réduire ces risques ? Les entreprises doivent identifier les situations dangereuses et pour chacune, évaluer la gravité des dommages et la fréquence d’exposition à ce risque. Et bien sûr, agir sur ce risque pour le réduire autant que possible. « Certaines choses peuvent être faites tout de suite. Qu’est-ce que ça coûte d’écrire et d’afficher des consignes de sécurité ? Ca peut être fait dans l’après-midi. Et qu’est-ce que ça coûte de réécrire le règlement intérieur et d’y interdire certains comportements ? »

« Je veux bien réduire les risques, mais j’ai du mal à faire respecter les consignes, dit Henri Séchet, de la Scierie Netchaott. On met tout sur le dos des employeurs, mais les employés doivent faire leur part et se responsabiliser. J’ai déjà surpris des employés en claquettes sur les toits ! » Nul doute, pour que les efforts en matière de santé et de sécurité soient rentables, ils doivent être l’affaire de tous.

(*) Prénom d’emprunt

Trois questions à Philippe Dimaggio, chef du service prévention des risques professionnels, Direction du Travail et de l’Emploi

Quel est le but de la réglementation ? Un accident coûte en moyenne 270 000 francs. Multipliez cela par 3371, soit le nombre d’accidents enregistrés en 2012, ça donne plus de 9 millions de francs. C’est énorme l’argent que cela représente et ce sont les entreprises qui payent cela. Plus il y aura d’accidents du travail, plus le niveau de leurs cotisations sera élevé. Il y a tout intérêt à faire diminuer les accidents. Pour la Calédonie de demain, nous voulons des entreprises solides, installées durablement, avec des employés qui ont une bonne qualité de vie au travail. En fait, il ne faut pas voir l’évaluation des risques comme une obligation réglementaire, mais comme un véritable objectif de qualité de vie au travail.

Les entreprises sont-elles aidées ? Il existe des outils gratuits à leur disposition. La Cafat offre des aides (pour financer des formations et des aménagements). Nous pouvons aider les entreprises qui ont besoin d’un appui technique, comme un bureau de contrôle, un médecin du travail, un consultant RH, un spécialiste en ventilation, un acousticien, un ergonome, etc. La loi n’exige que la présentation du dossier d’évaluation des risques, mais pour le réussir, il est vrai qu’il faut y mettre du temps. Tout dépend du sérieux et de la précision que l’on y met.

Et si l’entreprise ne se conforme pas ? Si le dossier n’est pas exhaustif, nous pouvons sanctionner : l’amende monte à 180 000 francs. La Cafat aussi peut sanctionner avec une majoration de cotisations. Mais le but n’est pas d’en arriver là : nous sommes plutôt dans une démarche de conseil et d’accompagnement des entreprises.

Photo : D. R.

Le coût du risque, Les Nouvelles Calédoniennes, 27 mars 2014.

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